Il y a longtemps que les observateurs le voyaient venir, Juan Martin Del Potro, avec ses jambes interminables et sa stature de futur grand. A 20 ans et 11 mois, l’échalas argentin a simplement confirmé, dans toute sa précocité innée, une aptitude naturelle à «sentir» le tennis, dans un style éminemment moderne – l’agressivité en fond de court.

L’aplomb manifesté à ce niveau d’achèvement démontre à quel point le prodige y était préparé, conditionné, éduqué. Aujour­d’hui, il n’est jamais qu’un champion à maturité, une démarche aboutie. «Juan Martin a toujours eu une approche très professionnelle du tennis, depuis l’âge de 10 ans», rapporte Guillermo Vilas, ancienne idole argentine.

«Je vis un rêve de gosse, a sobrement commenté le géant. J’ai toujours eu un faible pour l’US Open. En cet instant, mes pensées sont confuses. Je sais juste que, au début, j’étais très nerveux et fatigué. Je sortais d’une nuit blanche; impossible de fermer l’œil. Le matin, je n’ai pas pris mon petit déjeuner.»

Pour Juan Martin Del Potro, il y a bien eu un «momentum», une sorte de basculement, dans cette finale sans queue ni tête: «Après le premier set, j’ai eu envie de briser une raquette. J’y ai renoncé par respect envers le public, et parce que Roger a toujours un comportement de gentleman. Ensuite, j’ai débreaké à 5-4 dans le deuxième set et tout a changé. J’ai commencé à croire en moi. J’ai réalisé que je vivais un moment rare, que je défiais le plus grand joueur de tous les temps, et que je n’avais rien à perdre. J’ai eu progressivement de bonnes sensations en coup droit, et ce fut la clé.»