Contrairement à ses prédécesseurs, arrivés en pleine nuit après un laborieux tour de la Guadeloupe dans des airs absents, Dominique Wavre a pu rallier Basse Terre, à Pointe-à-Pitre, en un temps express. La coque bleue de son monocoque filait dans la brise, éclairée par une douce lumière chatoyante. Le Genevois a coupé la ligne samedi en fin de journée après 13 jours et 9 heures de mer. «Une journée de trop», lâcha-t-il à peine le pied posé sur le ponton. Néanmoins, le plaisir des derniers milles a pu effacer quelque peu la déception d'avoir laissé s'échapper la troisième place et de devoir finalement se contenter de la cinquième. Entretien.

Le Temps: Il y a deux jours, vous souhaitiez presque que la course continue, mais là vous semblez content d'arriver...

Dominique Wavre: Oui, parce que la dernière nuit a été pénible. Je n'avais pas de vent. Il y avait quelques risées qui partaient dans tous les sens et le bateau se faisait secouer. Des conditions détestables dans lesquelles on s'éloigne du but plus que l'on s'en approche. Et ceci est d'autant plus frustrant lorsque l'on sait que les concurrents directs, eux, ont du vent et sont sur le point de conclure. Il faut essayer de rester zen. Alors, j'en ai profité pour tirer le bilan de cette Route du Rhum et dresser la liste des choses à modifier sur le bateau pour la suite.

- Etiez-vous à ce point-là désœuvré?

- Au bout du cinquième café, après avoir écouté dix fois le même CD et m'être rendu compte que je n'avais fait que 100 mètres en une heure, j'ai préféré essayer de me rendre utile à quelque chose.

- Et quel bilan dressez-vous?

- Je suis content du bateau, mais pas du bonhomme. Il faut que je digère certaines choses, des bêtises que j'aurais pu éviter. Stratégiquement, je n'ai pas été bon. Ce n'était pas une bonne idée de passer au nord des Açores. Et sur la fin de la course, j'ai payé le fait d'être décalé dans l'Est par rapport aux autres. Ce handicap est devenu dramatique lorsque l'Alizé s'est cassé la figure.

- Ne partiez-vous pas avant tout pour étalonner votre nouveau bateau?

- Oui, et à ce niveau-là, le bilan est très positif. C'est incroyable ce que l'on apprend et réalise en course. Cela n'a rien à voir avec une qualification ou un convoyage. Les skippers des deux autres bateaux neufs ont abandonné. L'un sur avarie et l'autre pour des raisons humaines. Je suis donc content d'avoir pu terminer cette Route du Rhum. C'était l'objectif premier. Car on sait qu'un nouveau bateau ne peut pas être tout de suite au point. Il faut le découvrir. A plusieurs reprises je l'ai surtoilé (ndlr: exposé trop de surface de voile au vent).

- Avant le départ, vous supputiez son potentiel de vitesse. Qu'en est-il réellement?

- Il a des capacités de vitesse phénoménales. C'est un énorme acquis par rapport à Téménos I.

- Par rapport à la Transat anglaise où vous aviez terminé deuxième?

- Je l'aurais pulvérisée. La puissance de Téménos II au près (vent de face) et au reaching (vent de travers) est vraiment impressionnante. Au portant aussi, mais il faut beaucoup barrer. C'est plus délicat.

- S'il est plus puissant, n'est-il pas aussi plus stressant que votre précédent bateau?

- Il l'est pour l'instant, dans la mesure où je ne connais pas encore tous ses comportements. Et notamment ses bruits. Cela exige d'être davantage aux aguets. A un moment donné, par exemple, de l'eau s'est invitée mystérieusement dans un ballast (réservoir). J'ai dû repasser mon diplôme de plombier avant de résoudre le problème. Mais cet apprentissage est passionnant. J'aime être un pilote d'essai.