Football

La Suisse à 180 minutes d’un premier titre

Les hommes de Vladimir Petkovic affrontent le Portugal ce mercredi en demi-finale de la Ligue des nations. Une nouvelle opportunité d’affirmer le statut auquel ils prétendent, dans une compétition que les internationaux ont petit à petit appris à aimer

Cinq jours et 180 minutes de football. C’est ce qui sépare l’équipe de Suisse du trophée de la première Ligue des nations, dont le Final Four se dispute cette semaine entre Porto et Guimarães. Pour le soulever, les hommes de Vladimir Petkovic devront se défaire du Portugal ce mercredi (20h45 heure suisse) puis du vainqueur de la rencontre opposant l’Angleterre aux Pays-Bas jeudi.

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La Selecção et les Oranje ont déjà remporté l’Euro (respectivement en 2016 et 1988), les Three Lions la Coupe du monde (1966). Pour la Nati, il s’agirait d’un tout premier titre. Qu’elle figure dans le dernier carré d’une compétition internationale officielle a, en soi, de quoi donner le vertige à ceux qui l’ont vue échouer à se qualifier pour la moindre phase finale pendant vingt-huit ans, entre 1966 et 1994.

Les esprits critiques préféreront souligner que cette Ligue des nations, inventée par l’UEFA pour réenchanter des périodes jusqu’alors dévolues à des matchs amicaux sans enjeu ni passion, n’a pas le poids symbolique des grands tournois. Ce n’est pas tout faux, comme l’illustre le calendrier. Les joueurs de Liverpool et Tottenham engagés au Portugal n’ont eu que très peu de temps pour récupérer de la finale de la Ligue des champions, disputée samedi. Xherdan Shaqiri n’a rejoint que lundi le reste de la sélection suisse, qui s’était elle réunie dès mardi passé. Soit une semaine ensemble avant d’entrer en lice, contre trois en prévision du Mondial en Russie. Incomparable.

12 millions à gagner

Il ne faut toutefois pas sous-estimer la valeur de la compétition, si récente soit-elle. Toutes les meilleures nations du continent figuraient sur la ligne de départ avec, à quelques exceptions près, leurs meilleurs éléments. Ce qui n’est par exemple pas le cas aux Jeux olympiques, où les sélections nationales sont composées en majorité de joueurs de moins de 23 ans. La France ou l’Allemagne n’ont pas fait un drame de leur élimination aux portes du Final Four, mais si ces équipes s’étaient qualifiées, elles ne se seraient pas privées de jouer le coup à fond. Ne serait-ce que pour les quelque 12 millions de francs suisses promis aux vainqueurs.

Depuis qu’ils sont réunis, les joueurs de l’équipe de Suisse martèlent le même message d’envie et d’implication, à l’instar de Granit Xhaka mardi soir encore. «Nous serions les premiers à remporter ce tournoi, ce serait historique. Forcément que c’est important», lance le milieu de terrain qui, en l’absence de Stephan Lichtsteiner (non convoqué), portera le brassard de capitaine. Dans la foulée, le sélectionneur Vladimir Petkovic se fait l’avocat passionné de la Ligue des nations: «Oui, au début, il a fallu se mettre dedans, comprendre comment cela marchait. Mais petit à petit, cela a pris. Cette compétition est utile, car elle permet d’affronter d’excellents adversaires, et je pense qu’elle va encore gagner en intérêt à l’avenir. Mais attention: cette année déjà, toutes les sélections européennes auraient aimé participer à ce Final Four.»

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Pour s’y qualifier, son équipe de Suisse a remporté un mini-groupe partagé avec l’Islande (qu’elle a battue 6-0 et 2-1) et la Belgique, qui l’a dominée 2-1 lors d’une première confrontation puis qu’elle a renversé 5-2 après avoir été menée 2-0. Cette «remontada» réussie contre de récents demi-finalistes de la Coupe du monde a été accueillie comme la preuve que la Nati avait franchi un cap après ses déconvenues lors des matchs couperets précédents, contre la Pologne et la Suède en huitièmes de finale de l’Euro 2016 et du Mondial 2018.

Ambitions affichées

Contre, aussi, le Portugal en octobre 2017 alors qu’il s’agissait de valider une qualification directe pour le tournoi russe. «Lors de ce match à Lisbonne, nous avons joué la peur au ventre. Nous avons manqué d’audace», analyse a posteriori Granit Xhaka. Le hasard des tirages au sort offre au demi d’Arsenal et à ses coéquipiers l’occasion de montrer qu’ils ont, depuis, tiré les leçons de cette partie qui avait ramené la Nati à ses petits souliers. «Le Portugal est une formation très solide, compacte, avec de bonnes individualités. Nous le savons. Mais nous savons aussi que nous pouvons la battre», assène-t-il.

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L’équipe nationale est-elle prête à briser son plafond de verre? «Je l’espère, lance Vladimir Petkovic. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a beaucoup évolué. Nous avons eu la chance de disputer beaucoup de matchs contre de bonnes équipes, récemment, et chacun d’entre eux permet d’avancer, surtout pour un groupe qui reste jeune comme le nôtre. Je sais que nous avons progressé. Mais maintenant, il faudra être capable de le prouver sur le terrain.»

Mercredi soir à Porto, l’Estadio do Dragão fera le plein. L’équipe de Suisse sera pratiquement au complet, seulement privée de Breel Embolo (dont l’absence pour blessure ouvre la porte à une titularisation d’Edimilson Fernandes). Le Portugal aussi. Ce sera un vrai match à enjeu, sous pression, le genre de défis que la Nati doit encore prouver qu’elle est capable de relever pour coller aux ambitions qu’elle affiche. Et pour ne plus se retrouver qu’à 90 minutes d’un premier titre international.

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