Football

Suisse et Belgique, football cousins

De bons joueurs, une équipe nationale performante, mais un championnat peu attractif et des clubs dépassés sur le plan européen: les Suisses et les Belges, qui s’affrontent dimanche à Lucerne, ont beaucoup de points communs

Le classement FIFA vaut ce qu’il vaut, mais il place actuellement la Belgique (1re) et la Suisse (8e) dans le top 10 mondial. En cas de victoire suisse dimanche à Lucerne, les deux équipes se retrouveraient à égalité de points (9) dans le groupe 2 de la Ligue A des nations.

Il y a beaucoup de similitudes entre le pays d’Eden Hazard et Kevin De Bruyne, brillants demi-finalistes de la dernière Coupe du monde, et celui de Xhaka et Shaqiri, poussifs huitièmes de finalistes. C’est le sens d’un ouvrage collectif, En marge des grands. Le football en Belgique et en Suisse, publié cet automne*. Les auteurs, historiens, démographes, sociologues, travaillant pour certains à l’Université de Lausanne ou au CIES de Neuchâtel, se sont intéressés à ces pays que l’on délaisse trop souvent au prétexte qu’ils ne sont pas des «grands pays de football».

Des grands pays de football

C’est historiquement faux, souligne d’emblée l’historien du sport Paul Dietschy. La Suisse et la Belgique sont deux pays pionniers en ce qui concerne le football. Hors Grande-Bretagne, ils sont parmi les premiers à se doter d’une fédération (1895 pour les deux), d’un championnat, d’une équipe nationale. En 1904, la Suisse et la Belgique figurent parmi les sept fondateurs de la FIFA. L’année suivante, la Belgique compte déjà 58 clubs et 4000 joueurs. Grands voyageurs (de commerce), les Suisses fondent des clubs partout en Europe: on leur doit le FC Barcelone, le Genoa, le Torino, le Sporting Bastia.

Dans l’entre-deux-guerres, les deux équipes comptent parmi les meilleures d’Europe. Avant la création de la Coupe du monde (1930), la Belgique est championne olympique en 1920 à Anvers, la Suisse vice-championne olympique (et officieuse championne d’Europe) en 1924 à Paris. Les deux pays votent en 1928 la tenue deux ans plus tard de la première Coupe du monde, à laquelle seule la Belgique participera. La Suisse se console avec la Coupe des nations, prestigieux tournoi international par équipes de club organisé à Genève pour l’inauguration du nouveau stade des Charmilles.

Les Belges et les Suisses ont bonne réputation parce qu’ils sont bien formés et s’adaptent partout.

Stéphane Henchoz, entraîneur-assistant à Neuchâtel Xamax

Aujourd’hui, les deux pays brillent surtout par leur équipe nationale. Au niveau européen, les footballs de clubs belge et suisse sont tombés dans le rang après avoir brillé (à des degrés divers) au même moment. Entre 1976 et 1988, Anderlecht remporte deux Coupes des vainqueurs de coupe (C2) et une Coupe de l’UEFA (C3), Malines une C2. Le Standard de Liège est en finale de la C2 en 1982 contre le Barça. Les Suisses s’arrêtent en demi-finales: Coupe des clubs champions pour le FC Zurich (1976/1977), C3 pour Grasshopper (1977/1978). Six clubs suisses participent à des quarts de finale européens dans les années 1980, avec en exergue les victoires de prestige de Neuchâtel Xamax sur le Real Madrid (1986) et le Bayern Munich (1987).

Faible stabilité des contingents

Le déclin des clubs suisses et belges survient au moment de l’industrialisation du football, dans les années 1990. Les droits télé n’explosent pas comme dans les autres pays et les sources classiques de financement (sponsoring, billetterie, mécénat) deviennent insuffisantes. Les championnats belges et suisses, qui pouvaient attirer des stars comme Rummenigge, Stielike, Rensenbrink, Hrubesch, peinent désormais à retenir un espoir plus de six mois. Ils se spécialisent dans la formation-vente de jeunes joueurs, plutôt suisses en Super League, majoritairement étrangers dans la Jupiler Pro League. Selon une étude du CIES, les deux ligues se singularisent par la très faible stabilité des contingents, y compris des clubs de tête. La belge devient la proie des affairistes les moins recommandables, la suisse se protège un peu mieux, mais n’évite pas les faillites.

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Si les clubs peinent à s’exporter (à l’exception du FC Bâle), les joueurs plaisent à l’étranger. Les formateurs suisses et belges ont su se remettre en question. Le modèle belge est aujourd’hui une référence, même si Michel Renquin, ancien joueur du Standard et de Servette, estimait en novembre 2015 dans Le Temps «qu’en matière de formation, le top reste le système mis en place par Roy Hodgson et Hansruedi Hasler en Suisse, en 1994.» «Les Belges et les Suisses ont bonne réputation parce qu’ils sont bien formés et s’adaptent partout, résumait Stéphane Henchoz dans le même article. Ils proviennent de petits pays multiculturels qui profitent à plein de l’apport de joueurs issus de l’immigration.»

La Suisse et la Belgique ont encore en commun d’avoir complètement raté l’Euro qu’elles ont coorganisé, en 2000 pour la Belgique (avec les Pays-Bas), en 2008 pour la Suisse (avec l’Autriche). Malgré cela, Simon Kuper et Stefan Szymanski, auteurs de Soccernomics, ne les considèrent pas comme des petits pays voués à jouer les seconds rôles. Au contraire, la Suisse et la Belgique remplissent, selon eux, tous les critères des nations les mieux armées pour réussir sur le plan international: petits pays riches d’Europe occidentale, dotés d’un climat tempéré, d’un système politique social-démocratique, avec une forte densité de population, beaucoup de mixité, des échanges fréquents avec les pays voisins et une ouverture sur les autres.

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* En marge des grands. Le football en Belgique et en Suisse. Coordonné par Thomas Busset, Bertrand Fincoeur et Roger Besson. Editions Peter Lang, 2018.

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