Les mots, autour de l'équipe de Suisse, se font inquiétants. La sélection de Köbi Kuhn serait un assemblage brinquebalant de blessés, de joueurs en méforme ou en disgrâce dans leurs clubs, un puzzle de soucieux pour leur avenir de professionnels dans un sport en crise financière. Le Blick, à l'occasion du match contre la Slovénie qui s'est déroulé hier à Genève, a compté: treize garçons seraient dans cet état dépressif. Une embarcation fragile pour une victoire «impérative» après deux défaites en 2004 en autant de matches sans saveur.

Cette humeur noire ira certainement en grandissant au fur et à mesure que le 13 juin approche, jour où la Suisse affrontera la Croatie à l'Euro portugais, son premier des trois matches de la phase qualificative. Au début du mois de juin, elle jouera contre l'Allemagne à Bâle. Alors seulement, il vaudra la peine de faire le décompte des bobos des 23 que Jakob Kuhn aura désignés pour défendre les couleurs suisses au Portugal. Jusqu'à cette date, il est permis de faire preuve d'un peu plus de naïveté. De penser, par exemple, qu'une rencontre comme celle d'hier se justifie aussi pour des raisons plus légères que celle d'égrainer un compte à rebours implacable. Retrouver du plaisir à jouer ensemble, par exemple, tant il est vrai que les prestations contre le Maroc et la Grèce ont montré un «onze» empoté.

Les Suisses ont emprunté pendant vingt minutes des voies engageantes: jeu à une touche de balle, déviations, retours énergiques des avants pour récupérer un ballon perdu. Le cœur de cette aisance retrouvée tient à la reconstitution du binôme Johann Vogel-Hakan Yakin. Le Genevois est décidément celui qui sied le mieux au jeu du génial gaucher. Il a les mêmes feintes, les mêmes caresses à une balle qui se dérobe aux adversaires. Hakan Yakin a virevolté hier. Il ne joue pas à Stuttgart, mais il s'entraîne apparemment avec une application redoublée. Durant cette première partie de match, le ballon chantait d'être échangé avec une telle célérité.

Mais en football aussi, la naïveté à ses limites. Le plaisir de jouer, seul, ne suffit pas. Les hommes de Kuhn ont construit des actions plaisantes mais sans danger pour leurs adversaires. Un tir de Hakan Yakin avant les 10 minutes de jeu, un centre de Stéphane Chapuisat pour Raphaël Wicky, resté trop poli avec le ballon pour inquiéter le gardien slovène.

On annonçait la Slovénie comme «une petite Croatie». Un modèle réduit de ceux que les Suisses devront battre à l'Euro. Il est à souhaiter qu'ils ne revivent pas, le 13 juin, la même 46e minute qu'hier. En quelques secondes et autant de passes, Stéphane Henchoz et Patrick Müller ont vu danser autour d'eux une joyeuse troupe de maillots blancs emmenés par Zlatko Zahovic. Le meneur de jeu slovène mit fin au supplice de la pire des manières: en marquant le 0-1. Le sifflet de l'arbitre désignant la fin de la mi-temps fut vite couvert par ceux des 7500 spectateurs, dont le nombre ridiculement bas pourrait priver Genève de la «Nati» pendant plusieurs années.

Repus de la joie de se retrouver, les sélectionnés de Köbi Kuhn ont commencé la seconde mi-temps bille en tête: se retrousser les manches pour égaliser. Hakan Yakin faillit y parvenir sur deux coups francs détournés. Sur son troisième, il glissa la balle à Fabio Celestini, entré à la pause, dont l'envoi du gauche eut raison de Borut Mavric. Le Lausannois a réveillé l'envie de gagner des Suisses. Les pointes se succédèrent contre le gardien slovène, qui a tenu jusqu'à la 84e: Daniel Gygax permettait à Hakan Yakin de marquer de la tête. Et de prouver que c'est de son talent que naissent les victoires suisses.

Stade de Genève

7500 spectateurs

Suisse 2

Slovénie 1

Arbitre: Vink (PB)

Buts: 46e Zahovic 0-1. 66e Celestini 1-1. 85e Hakan Yakin 2-1

Suisse: Stiel (46e Zuberbühler); Haas (78e Meyer), Henchoz, Müller (46e Grichting), Berner (58e Spycher); Huggel (46e Lonfat), Vogel (65e Celestini), Wicky (58e Gygax); Hakan Yakin; Frei (46e Rama), Chapuisat (81e Cabanas)

Slovénie: Slovénie: Mavric; Bulajic, Knavs, Cesar; Acimovic, Pavlin, Ceh, Keric (63e Kokot); Zahovic (89e Tanijca), Cimirotic (46e Koren); Siljak (87e Jakomin).

Notes: la Suisse sans Murat Yakin, Magnin, Streller et Zwyssig (blessés)