Soleil et climat printanier, vendredi à Belgrade, au moment de se rendre à l'entraînement matinal de l'équipe suisse de football. D'un côté, les morsures d'années de guerre se lisent encore sur les immeubles ou sur les bas-côtés des routes, de l'autre les installations du Partizan Belgrade feraient pâlir d'envie bien des entraîneurs de Suisse. Quatre terrains sur des centaines de mètres carrés. Et quelle magnifique pelouse! Un exemple qui rappelle, si besoin est, que la Yougoslavie vit pour le football. A n'en pas douter, toute une nation et quelque 35 000 spectateurs seront au stade, ce samedi soir (20 h 15), pour soutenir leur équipe nationale.

D'autant que la Yougoslavie n'a joué qu'une seule rencontre qualificative à la Coupe du monde 2002 (victoire au Luxembourg) et que c'est son premier match à domicile depuis l'accession au pouvoir de Vojislav Kostunica, le 5 octobre dernier. A l'époque, à cause de la situation politique instable, la FIFA (Fédération internationale de football) avait renvoyé deux matchs de l'équipe nationale, fixés à Belgrade. Côté suisse, le début de cette phase éliminatoire n'a pas apporté beaucoup de satisfactions: une défaite imméritée à Zurich face à la Russie, un match nul lors du déplacement en Slovénie et une facile victoire face aux îles Féroé.

Avec seulement quatre points, le faux pas est de toute évidence interdit. Une défaite éliminerait pratiquement l'équipe d'Enzo Trossero de la course à la première place, la seule directement qualificative au Mondial. Le deuxième du groupe doit en effet gagner un match de barrage pour se rendre au Japon et en Corée du Sud. Les données sont claires, mais il demeure plusieurs interrogations. De la faculté de répondre à celles-ci dépend en grande partie l'issue de la rencontre.

Un groupe moralement affaibli?

La défaite à Larnaca (Chypre) en match amical face à la Pologne (0-4), le 28 février dernier, a été comparée à un véritable naufrage collectif. Enzo Trossero, conscient de cela, n'a pas tiré un trait sur cette rencontre. En début de semaine, il est parti de cet échec pour commencer son discours. Il a montré la vidéo de la rencontre aux joueurs en mettant le doigt sur l'importance de l'organisation: les buts encaissés ont découlé de mésententes. «Il fallait revoir ce qui n'avait pas fonctionné. Nous avons beaucoup parlé entre nous et envie d'effacer cette défaite. A nous d'avoir une belle réaction», explique Sébastien Fournier.

Blessés dans leur fierté, les joueurs ont l'opportunité de montrer leur valeur. De toute évidence, vendredi, ils semblaient concernés par l'événement: lors du petit match d'entraînement, ils ont montré une rapidité d'exécution étonnante et une grande concentration. Les joueurs pourraient également profiter d'un adversaire qui les snobe. «On nous donne perdants. Tout le monde parle de la Yougoslavie et de la Russie comme des favoris du groupe… Cela peut être notre chance», glisse Johann Lonfat.

Quelle équipe de Suisse?

En ce moment, le sélectionneur n'a pas abondance de bien. Le renoncement de Kubilay Türkyilmaz à l'équipe nationale (lire nos éditions du 12 mars dernier) le prive de son meilleur argument offensif, de l'homme capable de résoudre le match sur un ou deux gestes. A cela s'ajoute une longue liste de blessés: Sforza, Sesa, Wicky, Comisetti et Cantaluppi. Alors que Sascha Müller a terminé l'entraînement en trottinant. Un contexte idéal pour mettre en évidence les valeurs collectives davantage qu'individuelles de l'équipe. «Nous avons défini un système clair. Mais le mental, dans des matchs comme celui-là, est souvent plus important que la tactique», insiste Sébastien Fournier.

L'entraîneur sera-t-il écouté?

Enzo Trossero veut onze lions sur le terrain samedi soir. Il connaît les lacunes de son équipe – blessés et manque de buteurs – et souhaite par conséquent des joueurs de caractère. Dans ce contexte, la présence de quatre Valaisans – Yvan Quentin, Marco Pascolo, Sébastien Fournier et Johann Lonfat – n'est pas une surprise. Ce dernier synthétise la pensée du sélectionneur: «Il désire que l'on montre du caractère et que l'on sorte du terrain avec le sentiment d'avoir tout donné. Il veut des gars qui se transcendent sur le terrain. C'est l'aspect primordial à ses yeux.» Une agressivité qui ne va pas sans organisation et discipline. «Il faut rester très haut pour empêcher que les Yougoslaves développent leur jeu, explique Sébastien Fournier. Si nous les laissons faire, ils deviennent redoutables.»

Un adversaire insurmontable?

Battue lors du dernier championnat d'Europe en quarts de finale par les Pays-Bas (6-1), la Yougoslavie a subi passablement de changements depuis lors. Vujadin Boskov a cédé sa place à Ilija Petkovic, lui-même remplacé par Milovan Djoric. L'ancien sélectionneur des moins de 21 ans a été nommé il y a moins d'un mois. Bosko Djurovski, adjoint de Lucien Favre au Servette FC, le connaît bien: «C'est un gagneur, un excellent motivateur. Il prône un jeu agressif et tourné vers l'offensive. Il va faire l'amalgame entre les jeunes et la vieille garde.» S'il a évincé de sa sélection Stojkovic et Mijatovic, il reste toujours une ossature expirementée: Mihajlovic (Lazio), Djukic (Valence), Jugovic (Inter Milan), Jokanovic (Chelsea), Djordjevic (Olympiakos Pirée) ou encore Milosevic (Parme). A côté d'eux, deux jeunes pointent leur nez: Drulic (Etoile Rouge) et Kezman (Eindhoven). Ce dernier est un véritable joyau, convoité par de grands clubs européens, notamment la Juventus Turin et Barcelone. Son prix est estimé à 50 millions de francs.

Milovan Djoric devrait présenter un visage résolument offensif (3-4-3) face à la Suisse: «Nous ne devons pas seulement gagner, mais aussi marquer le plus possible de goals au cas où la différence de buts serait décisive.»