Costumes traditionnels et danses folkloriques en guise de bienvenue. Ottmar Hitzfeld et son adjoint Michel Pont s’empressent de dégainer leur appareil photo pour immortaliser l’instant. L’équipe de Suisse, qui a atterri jeudi matin à l’aéroport de Johannesburg, prend ses quartiers à 80 kilomètres plus au sud, dans une drôle de réserve: le Emerald Resort & Casino de Vanderbijlpark.

Fondée il y a une soixantaine d’années par l’ingénieur HJ van der Bijl, cette cité de 220 000 âmes semble ne pas avoir de cœur. Les spécialités locales? L’acier, la brique et le ciment – de quoi inspirer une tactique de rigueur à Ottmar Hitzfeld en vue de la confrontation de mercredi prochain face à l’Espagne. Les nombreux ouvriers logeant dans des townships aux alentours, la ville ressemble à une vaste zone résidentielle, coquette mais sans charme apparent.

Même s’il y a quelques soucis dans l’air (lire encadré), la délégation rouge et blanche ne paraît pas perturbée outre mesure au moment d’intégrer son bunker doré, sis en périphérie de la ville. Durant tout le séjour, l’hôtel quatre étoiles sera totalement inaccessible à tout corps étranger – outre les 43 agents de sécurité employés par l’établissement, une quinzaine de membres appartenant à une entreprise de sécurité privée londonienne sont là pour y veiller. On ne verra donc ni le splendide mobilier en teck, ni les merveilleuses sculptures dont un gardien nous a parlé, ni les œufs d’autruche qui font office de lampes. L’Association suisse de football a déboursé un demi-million de francs pour réserver les 77 chambres jusqu’au 30 juin. Si les Suisses sont encore là à ce moment, c’est qu’ils auront obtenu leur qualification pour les huitièmes de finale.

Le rêve est permis, surtout à Disneyland… Parce que le Emerald Resort n’est pas qu’un hôtel. C’est un somptueux parc de 28 kilomètres carrés, où un zoo d’environ 500 animaux reste ouvert au public – on a vu neuf antilopes depuis le bord de la route. Il en va de même pour le parc aquatique, le minigolf, le casino, le bowling, les trois restaurants et les boutiques. La plupart des représentants des médias nationaux sont logés à quelques kilomètres de l’équipe, dans des bungalows munis de barbecues. Même si un journaliste de la télévision alémanique se lance dans une imitation assez convaincante de Johnny Clegg, ça ne respire pas trop l’Afrique.

Changement de décor dans l’après-midi, avec un premier entraînement sur le sol sud-africain. Rendu «mondialo-compatible» grâce aux 150 000 francs déboursés conjointement par la ville de Vanderbijlpark et la FIFA, le terrain de la Vaal University est impeccable. Escortée par la police locale, l’équipe de Suisse reçoit à son arrivée au stade un accueil des plus chaleureux. Quelque 300 personnes garnissent l’unique tribune, dans un joyeux capharnaüm. Les inévitables vuvuzelas turbinent. Jeunes et vieux, dames et messieurs vibrent au rythme – peu soutenu – du footing initial. Toutes les personnes interrogées déclarent une flamme surprenante envers les joueurs d’Ottmar Hitzfeld; aucune d’entre elle, en revanche, n’est capable de citer l’un des vingt-trois noms. On en vient à se demander s’il ne s’agit pas d’un public de figurants rémunérés.

Au fil des minutes, la séance se corse un peu. Ulrich Pfister, ancien commandant de la police bâloise en charge de la sécurité nationale, n’a manifestement pas trop de soucis à se faire. Mais il reste en alerte. Il faut dire que vendredi matin, tout ce joli petit monde recevra la visite officielle de Doris Leuthard, présidente de la Confédération.