Montagne

La Suisse, incubateur de skieurs-alpinistes

Après les Portes du Soleil en 2008 et Verbier en 2015, la Suisse accueille une troisième fois les meilleurs skieurs-alpinistes du monde du 9 au 16 mars à Villars-sur-Ollon. La station vaudoise accueillera le ski-alpinisme lors des JOJ 2020

En Suisse, le ski-alpinisme est souvent synonyme de Patrouille des glaciers. Nombre de populaires pratiquent ce sport, mais peu savent que nos montagnes abritent de grands champions, les principaux fabricants de matériel et des stations qui soutiennent de plus en plus le ski de randonnée. L’une d’elles, Villars, accueille la crème mondiale du ski-alpinisme dès dimanche.

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En Coupe du monde, trois nations se partagent les podiums de ski-alpinisme: l’Italie, la France et la Suisse, qui a des chances de médailles dans plusieurs disciplines. «Nos coureurs sont très polyvalents», assure Pierre-Marie Taramarcaz, entraîneur assistant de l’équipe de Suisse et de la relève. Le Bernois Werner Marti et le Gruérien Rémi Bonnet, un spécialiste de vertical race, pourraient bien s’imposer à la maison. Côté féminin, l’étoile montante neuchâteloise, Marianne Fatton, troisième mondiale et meilleure sprinteuse du monde, se démarquera certainement durant l’épreuve de dimanche. Spécialiste des montées sèches, la Haut-Valaisanne Victoria Kreuzer a toutes ses chances dans la course verticale de mercredi. Mais l’offensive viendra certainement des jeunes, les Valaisans Aurélien Gay (qui domine le circuit de Coupe du monde en catégorie junior) et Emilie Farquet.

Une structure performante pour la relève suisse

Il n’y a pas de hasard dans ce haut niveau d’ensemble. «Nos jeunes profitent d’un suivi professionnel dès l’âge de 14 ans, ils peuvent s’entourer de structures privées comme Mountain Performance en Valais, puis, après sélection, intégrer l’un des trois centres régionaux de Suisse», explique Pierre-Marie Taramarcaz. Les meilleurs athlètes accèdent ensuite au Swiss Team. «A chaque étape, d’anciens athlètes et préparateurs physiques les cadrent, adaptent le volume d’entraînement, retiennent les jeunes qui ont tendance à trop s’entraîner et leur apportent des conseils sur la technique.»

Arnaud Gasser (22 ans, Verbier) est l’un des premiers produits de Mountain Performance, créée en 2015. «Quand j’ai commencé, la structure n’existait pas. Comme je rêvais d’intégrer l’équipe de Suisse, je me suis entraîné par mes propres moyens», explique cet étudiant en HEC. «Un jour, j’ai eu la chance de côtoyer Pierre-Marie, qui m’a permis de progresser, surtout techniquement. Avec cette nouvelle structure, les marches sont moins hautes et le Swiss Team est plus facile d’accès.»

Le jeune Bagnard sera au départ des trois courses individuelles, mais prendre part à une course par équipe lui ferait particulièrement plaisir. «La notion d’équipe est très importante pour notre sport. C’est l’esprit de cordée et de montagne.» Ces courses par équipe ou en relais ne sont pas des disciplines de Coupe du monde. Elles rencontrent en revanche un engouement populaire grandissant: la fameuse Patrouille des glaciers, le Trophée du Muveran ou encore l’Intégrale du Rogneux sont des compétitions qui accueillent de plus en plus de concurrents.

Les stations encouragent le ski-alpinisme

Pour s’adapter à ce nouveau paradigme, des dizaines de randoparcs ont été mis en place en Suisse romande et des pistes restent ouvertes au public la nuit tombée. En début de saison, plus de vingt stations accueillent des nocturnes de type verticales. Objectif: sécuriser la pratique du ski-alpinisme en proposant des itinéraires balisés, tout en autorisant les pratiquants à utiliser les pistes damées pour la descente. «Ces offres sont indispensables pour l’expansion du ski-alpinisme en Suisse. On n’y retrouve pas forcément la notion de compétition et c’est certainement ce qui attire de nouveaux adeptes», argumente Arnaud Gasser.

Côté équipement, les leaders du marché mondial sont suisses. Ils produisent du matériel de pointe pour offrir des skis toujours plus légers (Movement et Faction), des peaux (Colltex et Pomoca) qui adhèrent aux skis et des fixations (Fritschi) polyvalentes. Le constructeur neuchâtelois Alpride s’occupe, lui, d’offrir des airbags aux pratiquants de hors-piste.

Un entraînement grandeur nature pour les JOJ

Le rôle de la Suisse devrait sortir renforcé de ces Mondiaux, que les organisateurs ont préparés avec grand soin. Les 17 membres du comité d’organisation de Skimo-Villars œuvrent bénévolement. Pour eux, c’est aussi l’occasion d’une dernière répétition avant les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) en 2020, où le ski-alpinisme sera la huitième discipline au programme. «Avec des Championnats suisses en 2017 et une Coupe du monde l’année dernière, les Championnats du monde sont une expérience de plus en vue des JOJ», estime l’organisatrice Marie Tâche. Dimanche, plus de 130 VIP et des membres du CIO viendront observer le sprint. Côté médias, Canal9 produira des images du sprint qui seront retransmises en direct sur Skimo-villars.ch et l’application RTS Sport.

L’entraîneur Pierre-Marie Taramarcaz faisait également partie du comité d’organisation des Mondiaux de Verbier. Il n’a pas remarqué de retombées financières directes, mais un engouement grandissant pour ce sport: «C’est avant tout un événement fédérateur qui mobilise beaucoup de bénévoles et donne une belle vitrine pour le ski-alpinisme suisse.»


Une épreuve à taille humaine

Avec un budget de 450 000 fr. (contre plus de 1 million à Verbier), ces Championnats du monde seront à taille humaine et l’accent sera mis sur les courses et les athlètes: «Nous voulons présenter des compétitions à notre image, montagnarde», annonce fièrement Sergei Aschwanden, responsable de l’office du tourisme de Villars. Les retombées d’une telle organisation sont difficilement mesurables. «Nous estimons un impact de 3000 nuitées et la consommation dans les commerces de la station qui en découle.»

Selon Sergei Aschwanden, la station de moyenne montagne est le lieu adapté à la pratique du ski-alpinisme: «Les conditions d’enneigement sont beaucoup moins exigeantes que pour d’autres sports d’hiver, une fine couche de 10 cm suffit amplement. De plus, toutes les compétitions partiront du sommet de la gare du train au col de Bretaye, qui se trouve à 1800 m.»

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