Il était une fois les Jeux d’hiver en Suisse. La série à tiroirs, plus ancienne que Les Feux de l’amour, a été produite en 1928 à Saint-Moritz, avec un remake vingt ans plus tard dans la même station. Depuis, eh bien!, c’est le grand désert blanc. Désignée ville organisatrice pour 1976, Denver se désiste via un scrutin financier négatif de la population. Le CIO demande à Sion… qui se déclare inapte. Innsbruck viendra secourir le mouvement olympique.

Quant aux essais de Sion 2002 puis 2006, on en connaît l’épilogue: deux défaites en finale, respectivement face à Salt Lake City et ­Turin. Et l’on ne parle même pas de Berne 2010, balayée devant le peuple du canton par 80% des votes exprimés.

Toujours les Grisons

Maintenant, après avoir mis au panier un double pré-projet Suisse centrale et Valais-Vaud-Genève, la machine grippée tente de repartir pour l’édition 2022. Mercredi, le Conseil fédéral a consacré une part de sa séance hebdomadaire à ce dossier désormais grison (Saint-Moritz et Davos), chargeant le département concerné – le DDPS – de lui soumettre d’ici à la fin de l’année une proposition pour la suite des opérations. Cela en sachant que les coûts d’une candidature sont estimés à 36 millions de francs, et que Swiss Olympic devra fournir au CIO le nom de son éventuelle ville requérante en janvier 2013. La sélection des finalistes interviendra courant 2014, l’élection de la cité hôte en octobre 2015.

Du point de vue de l’officieux tournus géopolitique, l’Helvétie aurait raison de se lancer après Vancouver 2010, Sotchi 2014 (située en Europe ou en Asie?), et Pyeongchang 2018. Mais elle se heurterait à une concurrence élevée, qu’elle soit européenne (Split, Helsinki, Nice, Munich, Oslo, Zakopane, Brasov, Barcelone, Lviv), ou nord-américaine (Denver, Lake Tahoe). En outre, on doute que d’ici trois ans, le CIO aura pardonné à feu son membre suisse Marc Hodler d’avoir dénoncé publiquement le scandale de corruption autour de Salt Lake City 2002. Pour l’instant, c’est «niet».

Un paramètre, en tout cas, ne changera pas selon plusieurs insiders de l’aréopage: sa majorité estime la Suisse déjà suffisamment servie avec le siège du CIO et ceux des principales fédérations sportives internationales, présences qui débouchent sur moult Championnats d’Europe et du monde en football, hockey, ski, basketball, gymnastique, patinage artistique, bobsleigh, etc. En l’état, le CIO ne veut pas donner les Jeux à la Suisse. La méthode Coué n’y fera rien.