«Dans la vie, lorsqu'on est honnête avec soi-même, lorsqu'on garde confiance en ses capacités, on reçoit toujours une deuxième chance.» En quête de rédemption, Ottmar Hitzfeld philosophe. Il en a besoin, tant le camouflet essuyé le mois dernier face au Luxembourg pourrit son début de mandat à la tête de la sélection helvétique. A la veille d'un Suisse - Lettonie qu'il cherche à «dédramatiser», l'Allemand sait pourtant que ses joueurs n'ont plus droit à l'erreur dans les éliminatoires pour la Coupe du monde 2010. Car comme dit Alexander Frei, «nous sommes dos au mur et il y a déjà quelques trous dans le mur».

Le capitaine de l'équipe de Suisse est, malgré tout, d'humeur quasi badine ce vendredi matin à l'hôtel Panorama de Feusisberg. Un épais brouillard enveloppe le repaire de la Nati, le buteur maison tente de dissiper les inquiétudes: «Un quitte ou double? Qu'est-ce que ça veut dire? Vu mon expérience, je n'ai pas peur. Vous savez, j'ai davantage de pression quand je perds quatre fois de suite avec Dortmund. Certains d'entre nous ont profité des dernières semaines pour amasser de l'énergie positive dans leur club et je suis persuadé que nous allons faire un bon match.»

La délégation helvétique s'apprête à prendre la route pour Saint-Gall. Le hall d'entrée, où joueurs, clients, journalistes et amateurs de spas s'entrecroisent, est d'humeur joyeuse. Rien de tel qu'un bon éclat de rire pour chasser les fantômes. Primo, effacer le Luxembourg des têtes: «Il est impossible d'oublier une telle défaite, mais il ne faut pas y penser», résume Tranquillo Barnetta, un brin soucieux. Deuzio, ne pas projeter: «Prenons un match après l'autre, il ne faut surtout pas commencer à calculer. Il faut gagner samedi, et dès lundi on pourra penser au match de mercredi en Grèce», exhorte Alexander Frei. Tertio, s'alléger les méninges au maximum: «Le sport, c'est quelque chose de simple. Il ne faut pas le compliquer», préconise Ottmar Hitzfeld.

L'Allemand, qui met en jeu une partie de son immaculée réputation, exige «concentration, engagement total, audace et courage» de ses ouailles. Le secret de toute réussite? «Il faut regarder devant nous.» Avec un exemple sous les yeux, la méthode est encore plus efficace. Désireux de présenter à ses joueurs quelqu'un pour qui les ressorts de la compétition n'ont aucun secret, le sélectionneur national a ni plus ni moins fait appel à Roger Federer. Orchestrée en grand secret par le quotidien Blick, l'opération s'est déroulée mercredi soir à Feusisberg. Débarqué en voisin de son nouveau lieu de résidence schwyzois, l'ancien numéro 1 mondial s'est efforcé de distiller son vécu de champion: «Les joueurs ont été surpris par sa venue», raconte l'Allemand, satisfait de son effet. «C'était extrêmement intéressant. Federer est impressionnant par sa simplicité et son authenticité. Il a parlé aux joueurs de ses victoires, de ses défaites, de sa manière de se préparer, de la responsabilité qu'il endosse depuis des années. Tout le monde était enthousiaste.»

Mais revenons à nos Lettons. «Une équipe assez joueuse, qui se déploie vite et contre qui nous devrons être très attentifs en défense», dixit Ottmar Hitzfeld. Une équipe qu'il faut absolument battre, histoire de se replacer dans ce groupe 2, avant d'aller défier le leader grec sur ses terres. Gagner pour conserver un espoir, éviter une catastrophe sous forme d'élimination précoce. Tout le monde est au parfum: «Nous en avons parlé entre nous, c'était important d'entendre l'avis de chacun», reprend Alexander Frei, qui veut croire en un avenir meilleur. «Ce ne serait pas correct de dire, maintenant déjà, que tout va mal. Il faut laisser l'entraîneur travailler avec l'équipe et nous verrons le bilan dans un ou deux ans.»

Libéré de ses obligations médiatiques, le capitaine helvétique s'accorde un espresso. Au-delà des discours de circonstances, il sait que la Suisse doit faire ses preuves au plus vite. Ses coéquipiers défilent, bagages à la main. Il y a ceux qui ne se dérident pas, ceux qui concèdent un signe ou un sourire, et ceux qui s'arrêtent pour tailler une bavette. Ultimes discussions de couloir, derniers échanges sur le perron. En substance: «A demain, pour ce match de la peur dont on ne doit surtout pas avoir peur.»

Les troupes prennent place dans le car. Passe enfin le général Ottmar Hitzfeld, qui a troqué son survêtement pour un costume. Le véhicule s'ébroue, le brouillard fait mine de se lever. L'unique horizon de l'équipe de Suisse, c'est samedi 17h45; la Lettonie à Saint-Gall. Un match pour sauver la face d'un football helvétique fort malmené cet automne. Une espèce de «deuxième chance», comme dirait le sélectionneur, de celles qu'on reçoit «lorsqu'on est honnête avec soi-même et lorsqu'on garde confiance en ses capacités».