«Je rêve toujours du match parfait pour mon équipe. Ce ne peut être qu'un rêve mais je veux que la Suisse s'en approche de plus en plus.» Tel était le mot d'ordre lancé par Köbi Kuhn à la veille de la rencontre amicale de mercredi soir face à l'Italie, treize jours avant l'entrée en lice de l'équipe de Suisse au Mondial contre la France. Le score nul (1-1) acquis devant les 30000 spectateurs du Stade de Genève et face à l'une des plus grandes sélections européennes est favorablement significatif en vue du rendez-vous de Stuttgart. Décroché au terme d'une partie où personne ne s'est fait de cadeau, le résultat est de nature à soigner la confiance des troupes. La manière étaie, quant à elle, une volonté affirmée de «monter en puissance».

La perfection absolue dont rêve le sélectionneur helvétique ne fait toutefois - pour l'instant en tout cas - pas partie de son monde. Philipp Degen est là pour le démontrer. Le défenseur du Borussia Dortmund a directement amené l'ouverture du score de la Squadra Azzura après dix minutes de jeu. Très porté vers l'offensive, ce qui est bien, il a méchamment oublié son flanc droit, ce qui est mal. Obligé de déserter l'axe pour compenser l'absence de son coéquipier, Johan Djourou n'a pu empêcher Fabio Grosso de centrer vers un Alberto Gilardino aux aguets. Sur le coup, tant Pascal Zuberbühler que Philippe Senderos ont paru passifs.

Après cette entrée en matière douloureuse, la Suisse a su relever la tête pour regarder l'Italie droit dans les yeux. En première mi-temps surtout, nombreux furent les bons points à distribuer. En l'absence de Patrick Müller, ménagé en raison d'une blessure au pied droit, Johan Djourou a prouvé qu'il pouvait prétendre à une place de titulaire en défense centrale. A 19 ans. Dans l'entrejeu, avec un Johann Vogel nettement plus affûté que samedi dernier contre la Côte d'Ivoire dans son rôle de ratisseur, la Nati a dominé les débats avant de céder un peu de terrain en seconde période.

Question rythme et fond de jeu, l'amélioration fut également notoire. Pressing tenace, circulation du ballon à une touche, décalages intéressants sur les côtés: on a pu, par séquences, apprécier le style à la fois simple et efficace qui avait posé tant de soucis à la France et à la Turquie l'automne dernier. Ce concentré de fraîcheur et de talent a atteint son apogée sur l'égalisation de Daniel Gygax (32e). Chargé d'épauler Alexander Frei, seul attaquant nominal dans le dispositif suisse, le milieu de terrain offensif de Lille a réalisé une superbe percée pour battre Gianluigi Buffon d'une frappe magistrale.

Moins animée - c'est que la Coupe du monde approche... -, la deuxième mi-temps fut avare en occasions de but. Et la rentrée de Hakan Yakin pour la dernière demi-heure n'y changea rien. Chaleureusement encouragé par l'entraîneur adjoint Michel Pont durant la pause, accueilli sous les vivats du public, l'ex-banni ne toucha que peu le ballon. On le reverra sans doute contre la Chine, samedi à Zurich. Pour ce dernier match de préparation avant le départ pour l'Allemagne, Köbi Kuhn devrait en effet faire tourner son effectif. Le Zurichois n'a pas vu «un match parfait», mais il aura quitté Genève confiant. Les Italiens, amateurs de statistiques et plutôt superstitieux de nature, ont aussi de quoi se réjouir. Le 28 mai 1982 au Stade des Charmilles, ils avaient fait match nul face à la Suisse (1-1). Quelques semaines plus tard, ils étaient champions du monde.