«Rodgeur, Rodgeur, Rodgeur…» Des hourras envahissent la salle. Sur sa première balle de match, Roger Federer dégaine un ace. Après 2 heures 55 de combat, Jan-Michael Gambill dépose les armes. Dominé pour la 4e fois en 4 matches par son adversaire du jour, le golden boy de Seattle a perdu plus qu'un match. Car la Suisse obtient ainsi le point qui la qualifie pour les quarts de finale de la Coupe Davis. C'est carnaval avant l'heure à Saint-Jacques.

Phénoménal Roger Federer. Distillant un tennis de rêve tout au long du week-end, il a éliminé les Etats-Unis à lui tout seul. Secondé par un excellent Lorenzo Manta lors du double samedi (6-4, 6-2, 7-5), il a porté l'estocade dimanche en dominant Jan-Michael Gambill (7-5, 6-2, 4-6, 6-2). De un partout vendredi, c'était désormais trois à un pour la Suisse. A l'heure du bilan, ses adversaires n'en revenaient pas. «Je ne peux pas avoir de regrets, lâchait Gambill. Roger était simplement meilleur. Il a un potentiel énorme. Son jeu me fait parfois penser à celui de Pete Sampras…» Sampras, le modèle. «Quand j'étais plus jeune, c'était mon idole, confiait le Bâlois. Mais pour espérer lui ressembler, je dois continuer ma progression…»

Il y a peu, on doutait de la capacité de Roger Federer à gagner successivement trois matches de Coupe Davis. Sa démonstration lors des deux premières journées a inversé la tendance. Ainsi, dimanche matin, le sort de Jan-Michael Gambill semblait scellé. «Victoire en trois ou en quatre sets?», rigolait-on dans les couloirs de la halle Saint-Jacques. Encore hypothétique, le duel contre la France (lire ci-contre) occupait déjà toutes les discussions. Certains se demandaient si Arnaud Boetsch, Français de cœur, serait malgré tout au micro de la TSR au côté de Pierre-Alain Dupuis. D'autres pestaient sur les dimensions réduites de la patinoire du Littoral de Neuchâtel, théâtre désigné d'un éventuel quart de finale.

Le talent de Roger Federer n'expliquait pas à lui seul cet optimisme béat. La performance quelconque de l'équipe américaine de double, samedi, avait convaincu les derniers sceptiques. Au côté d'un Justin Gimelstob (no 96) plus comique qu'efficace, Jan-Michael Gambill n'avait pas fait grande impression. La qualité de sa relance – sur le service de Roger Federer notamment – était particulièrement visée. «J'ai joué bien en dessous de mon niveau. Demain est un autre jour», avertissait le numéro un américain à l'issue de la partie.

Jan-Michael Gambill a tenu promesse. Agressif, constant dans ses services comme dans ses retours, il a posé de gros problèmes à Roger Federer dimanche. Dans le premier set, le Bâlois a dû sauver 3 balles de set sur sa mise en jeu. Avant de prendre le service de son adversaire dans le 10e jeu pour conclure. «Sur ma première balle de set, Roger a réussi un lob venu d'ailleurs, commentait l'Américain. C'est décourageant.»

Après un 2e set mené au pas de charge (36 minutes) par «Rodgeur», la 3e manche voyait la renaissance de Gambill. A nouveau combatif, il croyait emporter enfin le premier set de sa carrière face à Federer. A 30-40, sur le 2e service du Suisse, un juge de ligne donnait la balle faute. Dans la même seconde, l'arbitre annulait cette décision et permettait à Federer de servir à nouveau. Fureur de Patrick McEnroe, le capitaine américain. Une mauvaise humeur de courte durée, puisque Gambill remportait le set dans la foulée grâce à un passing long de ligne.

Dans le quatrième set, Roger Federer serrait sa garde et dominait largement un Gambill décidément bien inconstant. Et permettait ainsi à la Suisse de venger la défaite de Fort Worth (1992). Pour l'anecdote, le jeune Andy Roddick a dominé George Bastl 6-3, 6-4 dans l'ultime simple de la journée.