Golf

La Suisse rêve d’une star des greens

L’Omega European Masters se dispute cette fin de semaine à Crans-Montana sans qu’un joueur local paraisse en mesure de lutter pour les premières places. Les responsables veulent faire en sorte que cela change

Le monde entier envie à la Suisse les greens de Crans-Montana, où se déroule depuis jeudi l’Omega European Masters. «C’est bien simple: c’est l’un de mes endroits préférés sur terre pour jouer au golf», valide Miguel Angel Jiménez, co-leader du classement après la première journée. La Suisse, elle, envie à l’Espagne ce champion inusable (53 ans), à la Suède le vainqueur de l’an dernier Alex Norén, à la Grande-Bretagne les Tommy Fleetwood, Lee Westwood et Matthew Fitzpatrick… Bref: elle envie au monde entier ses grands joueurs. Car si le pays compte davantage de golfeurs chaque année (près de 90 000 en 2016), il n’a jamais produit de champion majeur.

«En Suisse, nous avons les meilleurs joueurs de tennis et les meilleurs skieurs. Pourquoi n’aurions-nous pas les meilleurs golfeurs?»

Keith Marriott, patron de la Swiss PGA

En 1998, au bout de la meilleure saison de sa carrière, le Tessinois Paolo Quirici se hissait au 54e rang de la hiérarchie européenne. En 2008, le Genevois Julien Clément prenait la troisième place du tournoi de Crans-Montana. Ces performances constituent jusqu’ici les sommets du golf professionnel suisse.

Cette année, six joueurs jouent à domicile lors de l’étape valaisanne du tour européen. Ils ne doivent leur participation qu’à des invitations et, après le premier des quatre rounds, ils sont déjà distancés de la tête du classement.

Les deux meilleurs Suisses du moment absents

Les deux meilleurs Suisses du moment – le Thurgovien Joel Girrbach et le Zurichois Marco Iten – ne sont pas là. Ils ne pouvaient se permettre une trêve prestigieuse dans leur lutte acharnée pour s’affirmer sur le Challenge Tour et le Pro Golf Tour, les deuxième et troisième divisions continentales.
Mais les responsables ne désespèrent pas de voir un grand champion émerger. «En Suisse, nous avons les meilleurs joueurs de tennis et les meilleurs skieurs, pose Keith Marriott, patron de la Swiss PGA. Pourquoi n’aurions-nous pas les meilleurs golfeurs?»

Son organisation – qui regroupe les joueurs professionnels du pays – et l’Association suisse de golf (ASG) viennent de s’associer pour renforcer leur soutien au sport d’élite. Un poste de «performance manager» a été créé. Le Gallois Stuart Morgan aura pour mission d’encadrer les joueurs prometteurs dès qu’ils ambitionnent de faire du golf leur métier.
Le difficile premier hiver

La transition du monde amateur au milieu professionnel est très délicate

«Lorsqu’un golfeur décide de devenir pro, il passe d’une structure bien cadrée chez les amateurs à une situation où il se retrouve un peu seul, constate Jean-Marc Mommer, président de l’ASG. Nous devons les aider à mieux se préparer à ce qui les attend.» Gestion du planning, planification des déplacements, recherche de soutiens financiers: le cahier des charges de Stuart Morgan sera vaste, et individualisé. «Je vais traiter davantage avec des hommes qu’avec des golfeurs, assure-t-il. Aujourd’hui, nous avons moins un problème sportif, technique, qu’un manque de structures.»

Contacté par téléphone, l’ancien grand espoir du golf suisse Julien Clément partage le constat et salue la démarche. «La transition du monde amateur au milieu professionnel est très délicate. D’un coup, un jeune doit gagner sa vie, se construire une image et apprendre à gérer un tas d’aspects complexes différents. Lorsqu’on arrive à son premier hiver, que les conditions d’entraînement deviennent déplorables pendant trois mois en Suisse et qu’on se dit en même temps qu’on devrait passer huit heures par jour à s’entraîner car c’est notre métier, on est un peu perdu. Engager une personne pour mieux accompagner cette période est une excellente idée.»

Le Genevois ne va toutefois pas jusqu’à regretter qu’un tel poste n’ait pas existé lorsqu’il avait lui-même décidé de faire de ses clubs des outils de travail.

Talents inexploités

Aujourd’hui directeur sportif de l’Association suisse de golf, Paolo Quirici estime pourtant que certains joueurs talentueux n’ont pas pu exploiter leur potentiel en raison de conditions-cadres peu favorables. «Avec le soutien que nous mettons en place aujourd’hui, certaines carrières n’auraient pas été les mêmes.» La sienne? «Non. Pour ma part, j’ai notamment beaucoup bénéficié des structures qui existaient déjà à l’époque en Italie. C’était il y a trente ans! Il faut bien se rendre compte qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas en train d’innover. Nous rattrapons juste notre retard.»

Nous nous donnons clairement les moyens de créer une star

La Suisse dispose d’une génération intéressante pour introduire ces aménagements. En juin dernier, Joel Girrbach (24 ans) a remporté le Swiss Challenge sur les bords du lac de Sempach. Il pointe actuellement au 28e rang du classement de deuxième division européenne et peut envisager une promotion. Marco Iten (27 ans) affiche également une progression remarquable. Plusieurs joueuses sont aussi aux portes du professionnalisme. «Lorsqu’on a fait ses preuves au niveau amateur, tout peut arriver, estime Julien Clément. Mais il faut se rendre compte que pour percer au plus haut niveau, la marche est encore conséquente.»

Avec les nouvelles structures mises en place, l’Association suisse de golf et la Swiss PGA espèrent faire la courte échelle à leurs talents. Keith Marriott, lui, est convaincu que la démarche sera déterminante: «Nous nous donnons clairement les moyens de créer une star!» Le golf suisse attend son Roger Federer, ou son Didier Cuche.

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