«Il faut tout changer!», affirme Sergei Aschwanden, judoka helvétique présent aux Jeux olympiques d'Athènes 2004. «En Suisse, être sportif de haut niveau n'est pas considéré comme un métier.» «Il faut une vraie prise de conscience politique, assène à son tour Michel Pont, entraîneur assistant de l'équipe suisse de football. Notre pays manque totalement de vision à long terme. On végète.» Responsable de la sélection M18 (ndlr: l'équipe de football des «moins de 18 ans»), Claude Ryf s'empresse de relayer ces propos: «Pour réussir, un sportif suisse âgé de 16 à 20 ans doit être un phénomène. Car il n'existe aucune structure scolaire réellement adaptée aux jeunes talents.»

Ces mots très durs résument une opinion largement partagée au sein des athlètes et leur encadrement vis-à-vis de la politique fédérale du sport. En ligne de mire, le manque d'engagement manifeste des autorités pour le développement des filières sport-études. Une carence récemment soulignée par le fiasco du ski suisse (LT du 10.02.2005).

Ailleurs, l'herbe est souvent plus verte pour les futurs champions. Comme en France, où les jeunes espoirs bénéficient d'un encadrement optimal. C'est le cas, par exemple, des footballeurs admis au Centre technique national de Clairefontaine, en région parisienne. L'institutionnalisation et la centralisation en vigueur dans l'Hexagone profitent aux futurs champions, bichonnés par l'Etat, qui prend notamment en charge les frais d'écolage.

«Le fédéralisme nous empêche d'appliquer une formule à la française, rétorque Erich Hanselmann, chef de la promotion de la relève à Swissolympic, association faîtière du sport helvétique. En Suisse, l'écolage est une mission des cantons et des communes, explique-t-il. De plus, un élève coûte en moyenne 12 000 francs par an durant l'école secondaire, et 17 000 francs par an pour l'obtention d'un diplôme; des montants énormes comparés aux sommes déboursées chez nos voisins.» En d'autres termes, Berne ne dispose pas des ressources nécessaires. Il incombe donc aux cantons et aux communes de mettre en place les infrastructures appropriées, tout en composant avec la législation fédérale.

Certaines solutions existent, comme l'atteste le Centre sport-études de Lausanne (CSEL), qui reste un pis-aller malgré les efforts consentis. Fondé en 2001, le CSEL est destiné aux jeunes gens (filles et garçons) qui se dirigent vers une carrière de haut niveau. Il offre aux clubs et aux fédérations un soutien et des infrastructures adaptés. Sous l'égide d'une fondation (regroupant la Ville de Lausanne, le canton de Vaud, Solidarité olympique, le FC Lausanne-Sport et le Lausanne Hockey Club), le centre fonctionne comme une plate-forme de coordination entre le milieu scolaire et sportif. Le CSEL héberge 15 footballeurs, 5 hockeyeurs, deux tennismen et un haltérophile. Le tarif pour un interne est de 500 francs par mois. «C'est l'exemple d'une ville et d'un canton, se félicite Jean-Marc Gerber, directeur du Centre, mais l'initiative devrait venir d'en haut, non d'en bas! Le problème, c'est que les autorités fédérales diluent la manne financière à disposition. En voulant aider le plus grand nombre, on pénalise les sportifs de pointe. Comment comprendre que certains athlètes helvétiques doivent payer de leur poche leur voyage aux Jeux olympiques? C'est aberrant.» Et d'ajouter: «Chez certains responsables, on perçoit une volonté de repenser le système, mais personne n'ose appuyer sur le bouton pour enclencher les réformes nécessaires. Alors, les autorités se fixent d'autres priorités.»

«Il reste beaucoup à faire», confirme Michel Ritschard, instructeur à l'Association suisse de football (ASF) et à la FIFA. «En Italie et au Portugal, les plus jeunes suivent l'école continue (de 8 h à 14 h), ce qui ménage une grande plage horaire pour leur pratique sportive. C'est une bonne solution, dont la Suisse pourrait s'inspirer. Mais le vrai problème pour les sportifs helvétiques survient vers 15 ans, lorsque certains espoirs s'engagent sur la voie ardue du professionnalisme. A ce stade, l'Etat ne s'engage pas suffisamment. Il renvoie la balle dans le camp des fédérations sportives.»