«L'UEFA n'a pas cherché à menacer la Suisse, ni à exercer sur elle une pression publique, puisque notre lettre était confidentielle. Notre comité exécutif, lassé et inquiet de la situation, voulait simplement rappeler à ses amis helvétiques qu'ils devaient, d'ici à la fin de l'année, apporter des améliorations significatives concernant les préparatifs à l'organisation de l'Euro 2008.» Le ton de William Gaillard, porte-parole de l'instance faîtière du football européen, se veut courtois mais ferme. La Suisse, désignée conjointement avec l'Autriche en décembre 2002 pour accueillir le tournoi, ne remplit pas, en l'état actuel des choses, toutes les conditions requises par un tel événement.

Si le souci numéro un concerne toujours la capacité de Zurich à offrir, ou pas, un stade digne de ce nom, un autre écueil se profile de façon de plus en plus sensible: personne ne se bouscule au portillon afin de prendre en charge les coûts liés à la sécurité. Heinz Keller, directeur de l'Office fédéral du sport, estime que les 10,5 millions de francs avancés jusqu'ici – 3,5 par la Confédération, 7 par les cantons – ne suffiront pas. Le temps presse, toutes les parties se renvoient la balle. «Nous assistons à un match de ping-pong, constate William Gaillard. Ce phénomène est typiquement suisse.» Sachant qu'il n'est nullement du ressort de l'UEFA de mettre la main à la poche, on se regarde en chiens de faïence. «Il est exclu que l'Etat prenne en charge tous les coûts, alors que les gains relatifs à la manifestation seraient réservés aux privés», a affirmé Heinz Keller à l'ATS. «Nous comptons sur la Confédération, les cantons et les villes, rétorque Christian Mutschler, directeur du tournoi pour la Suisse. En organisant l'Euro, nous offrons beaucoup au pays en matière d'image de marque. Chacun doit faire des efforts.»

L'automne s'annonce donc chargé en réunions. Mais l'UEFA exige du concret. S'est-elle autorisée à briser le caractère confidentiel de la missive adressée sous forme d'avertissement à l'Association suisse de football (ASF) afin de faire avancer le schmilblick? «La fuite ne vient pas de chez nous», assure William Gaillard. Du côté de l'ASF, où seules deux personnes étaient au courant dudit courrier – le président Ralph Zloczower et le directeur général Peter Gilliéron –, on ne crie pas à la conspiration mais on ne cache pas un net agacement: «J'ignore quel chemin cette lettre a emprunté pour atterrir dans les médias, mais tout cela est très négatif pour l'image du pays.» Quelqu'un cherche-t-il à semer le trouble à quelques mois de l'élection à la présidence de l'ASF? Joint au téléphone et de fort méchante humeur, Ralph Zloczower, qui possède bien des contradicteurs, n'a pas souhaité s'exprimer. «Ce sont des spéculations, arguë Christian Mutschler. Si des gens cherchent à nous nuire en espérant se mettre en avant, et en admettant qu'ils arrivent à leurs fins, ce sera de toute façon trop tard. Car l'élection aura lieu après (ndlr: en février 2005) l'ultimatum fixé par l'UEFA.»

Au-delà de possibles luttes de pouvoir, la priorité consiste donc à satisfaire l'UEFA au plus vite, notamment en ce qui concerne le stade zurichois. «La lettre que nous avons reçue ne nous apprend rien à ce sujet, reprend Christian Mutschler. Nous travaillions déjà d'arrache-pied pour trouver une solution.» La rénovation du Letzigrund apparaît comme la plus vraisemblable, le cas du Hardturm étant scellé. Cette incertitude, qui promet des nuits blanches aux responsables helvétiques, ne semble pas trop préoccuper le partenaire autrichien: «Nos journaux ont évoqué ce problème, mais sans catastrophisme, explique Christian Schmölzer, directeur du tournoi pour l'Autriche. Comme toutes critiques, celles de l'UEFA sont à prendre de façon positive. Nous ne sommes pas angoissés et nous avons bon espoir que tout soit réglé d'ici à la fin de l'année.»

Il le faudra. Car l'UEFA pourrait rapidement être mise sous pression et devoir rendre des comptes à certains pays alléchés par l'éventualité, encore peu réaliste, de récupérer la poule aux œufs d'or. «Les candidats à l'Euro 2008 qui n'ont pas été retenus sont très courroucés, admet William Gaillard. Certains (ndlr: il ne précise pas lesquels) se disent que l'élu n'est peut-être pas le bon. Par ailleurs, des grandes nations comme l'Espagne, l'Allemagne, la France ou l'Angleterre seraient tout à fait aptes à reprendre le flambeau. Elles n'ont pas encore manifesté leur intérêt, mais pourraient le faire.»

Il est bien trop tôt pour s'affoler. Mais la position, par exemple, de la Fédération suédoise de football, dont la candidature commune avec le Danemark, la Norvège et la Finlande avait été repoussée, dessine les contours d'une menace: «La situation n'alimente pas nos discussions pour l'instant, explique le porte-parole Sulne Hellstrœmer. Nous faisons confiance à la Suisse et à l'Autriche. Si l'UEFA venait à durcir sa position, tout serait différent. Et on pourrait reparler d'un Euro en Scandinavie.»