L’équipe de Suisse s’est inclinée 7-0 contre la Suède, ce mardi, au Mondial de hockey sur glace. C’est assez loin de constituer la pire défaite de son histoire (33-0 contre le Canada un beau jour de janvier 1924), mais cela faisait tout de même longtemps qu’elle n’avait pas connu pareille mise à l’amende.

Conséquence: les actes de contrition se sont multipliés dès la fin de la rencontre. «Beaucoup de choses n’allaient pas», a martelé le capitaine Rafael Diaz. «C’est inacceptable», a déploré l’attaquant Tristan Scherwey. Une nuit de repos n’a rien enlevé à la frustration du défenseur Romain Loeffel: «Nous devons absolument être plus conquérants et revenir à ce que nous avons montré lors des deux premiers matchs.»

Parce que oui: avant de sombrer contre des Scandinaves qui avaient perdu leurs deux premières rencontres, la Nati avait pour sa part réalisé un début de tournoi idéal à Riga (Lettonie). Samedi contre la République tchèque: une victoire 5-2, du jeu dans tous les sens, des fulgurances de Timo Meier et de Grégory Hofmann. Dimanche contre le Danemark: un succès chiche, 1-0, mais une prestation aboutie contre un adversaire qui n’a tiré au but que quatre toutes petites fois.

Anomalie statistique

Il n’en avait pas fallu davantage pour que les médias internationaux fassent de la Suisse l’une des formations favorites du tournoi. Sans que ses joueurs ne s’en effarouchent. «Si nous jouons ainsi, nous sommes très difficiles à battre», validait Christoph Bertschy dans la continuité du message martelé par tous ses coéquipiers depuis le début de la préparation: pourquoi s’interdire de rêver d’une médaille d’or parfois approchée (défaites en finale en 2013 et 2018) mais jamais accrochée?

Le sélectionneur Patrick Fischer s’évertue à mettre en place cet état d’esprit ambitieux depuis son arrivée à la bande en décembre 2015. Mais il n’est pas homme à s’émouvoir d’un rien. Après les deux victoires initiales, il rappelait que son équipe n’avait «encore rien fait» à Riga. Et après la claque suédoise, il était le seul à parvenir à regarder au-delà du résultat. «On ne méritait sans doute pas un tel score. Si nous n’avions eu aucune chance de marquer, cela aurait été gênant. Mais nous avons eu plus de tirs et d’occasions que nos adversaires.»

Ne pas prendre cette réaction pour celle d’un Calimero: elle résulte d’une observation correcte de la physionomie de la rencontre. «La Suède a bien joué et il y a eu quelques problèmes dans le jeu de la Suisse, note l’analyste hockey Thibaud Chatel, qui collabore avec le site NL Ice Data dans le cadre du Mondial. Mais le score résulte d’une anomalie complète: rien n’a fonctionné pour la Suisse, tandis que la Suède a eu énormément de réussite.»

De l’espoir au regret

Son constat se base notamment sur le modèle statistique des «expected goals», ou xG, qui signale combien de buts une équipe aurait dû marquer au cours d’un match en se basant sur la qualité de ses tentatives. En l’occurrence, la Suisse s’est créé presque autant de xG que la Suède (2,44 contre 2,47) mais elle n’a inscrit aucun but pendant que son adversaire en plantait sept. «Et alors?» serait tenté de rétorquer le pragmatique. «Alors, reprend Thibaud Chatel, la réussite peut jouer un rôle sur un match mais sur la longueur, quand on se crée des occasions, cela finit par rentrer.»

Lors de sa victoire contre le Danemark déjà, la Nati de Patrick Fischer aurait dû marquer beaucoup plus que le seul but victorieux de Timo Meier, puisqu’elle s’est créé 4,88 xG. Il s’agit donc de voir que, malgré sa maigre moisson offensive des deux derniers matchs, elle produit un jeu percutant. Et qu’il n’y a donc pas lieu de tout remettre en question après la déconvenue suédoise.

«Jusqu’ici, l’équipe de Suisse montre ce qu’il faut pour faire la différence: ses joueurs ne balancent pas le palet à la cage mais cherchent à se mettre en bonne position avant de tenter leur chance, applaudit Thibaud Chatel. Je ne serais pas surpris si cela devait se traduire par une grosse production offensive lors des prochaines rencontres.»

Face à la Slovaquie

Ce jeudi à 15 heures, les hommes de Patrick Fischer affrontent la Slovaquie, qui pointe en tête du groupe A après trois rencontres et autant de victoires. Il restera ensuite à jouer la Russie, la Biélorussie et la Grande-Bretagne pour accrocher une place en quarts de finale. A ce stade, tout ne tiendra plus alors qu’à la vérité d’une seule rencontre, et les goals qui auraient dû être marqués (mais ne l’auront pas été) ne seront plus des motifs d’espoir mais de regret.

Les propos des joueurs de l’équipe de Suisse et de Patrick Fischer sont issus de conférences de presse et d’interviews auprès de la RTS.