Ça sonne creux, un stade vide. Dans le Parc Saint-Jacques, les officiels et les travailleurs des médias - qui sont désespérément seuls dans des tribunes pouvant accueillir 38 000 spectateurs - attendent le coup d'envoi en écoutant le tac-tac-tac du système d'arrosage automatique et la voix du speaker annonçant la composition des équipes de Suisse et d'Allemagne avec un écho de cathédrale au lieu des acclamations.

Dans deux semaines, les arènes du pays pourront être remplies aux deux tiers de leur capacité pour la reprise du championnat de Super League. Mais pour le début de sa Ligue des nations deuxième du nom, l'UEFA s'est voulue stricte à l'extrême. La rencontre du soir se dispute dans une vraie ville de football, située à la frontière entre les deux territoires qu'elle concerne, mais elle pourrait se dérouler sur la Lune, cela ne changerait pas grand-chose à l'affaire.

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Nouvelles ambitions

Au final, les supporters de la «Coronati» auront été privés du plaisir de débattre, devant un schüblig et une dernière bière, de la valeur du point obtenu par leurs favoris (1-1). Trois jours après avoir perdu en Ukraine (2-1), ceux-ci ont évité de s'enfoncer dans le groupe 4 de la Ligue A (qui comprend encore l'Espagne). Mais n'ont-ils pas manqué une occasion de repousser le spectre d'une relégation que, malgré le prestige tout relatif de la compétition, personne ne souhaite? Ah, si Ruben Vargas ou Granit Xhaka avaient à peine moins croisé leurs envois dans les derniers instants...

Tant pis pour le résultat, l'avenir dira s'il y a lieu de le regretter, il reste le jeu. Et de ce point de vue, l'affiche a tenu ses promesses. On annonçait une sous-Mannschaft, parce que privée de la plupart des stars du Bayern Munich et du RB Leipzig? Joachim Löw aligne tout de même des Toni Kroos, Timo Werner et autres Leroy Sané qui ne sont ni des inconnus, ni des maladroits. Et côté helvétique, le long voyage à Lviv et la défaite ramenée en (mauvais) souvenir n'ont pas entamé les nouvelles ambitions du sélectionneur Vladimir Petkovic: un pressing plus haut, une attitude plus agressive, une recherche plus obstinée de la profondeur.

Son équipe a atteint la mi-temps sur un score défavorable (0-1, belle frappe à ras-terre d'Ilkay Gündogan). Elle pouvait se reprocher un marquage un peu lâche sur Leroy Sané (le meilleur joueur sur le terrain en première période, sorti à la pause) et quelques errements à la conclusion (Haris Seferovic notamment), mais elle a surtout été très propre dans ses sorties de zone, et quelques fois brillante à la construction. Ce n'est pas une surprise: Granit Xhaka peut se montrer prodigieux lorsqu'il se décide à casser les lignes. Plus étonnant, Breel Embolo se révèle capable du meilleur dans un rôle plus axial et plus reculé que celui qu'il endossait par le passé en équipe nationale.

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Quelle place dans la hiérarchie?

Avant de sortir sur blessure à vingt minutes du terme de la rencontre, le joueur du Borussia Mönchengladbach a sans doute été le meilleur Suisse sur le terrain. Il n'a pas fait tout juste (là trop «perso», ici trop altruiste) mais il a offert l'égalisation à Silvan Widmer (57e) et il a surtout impressionné par sa capacité à donner de la vitesse à son équipe en un contrôle orienté, une course, une passe (véritable offrande pour Renato Steffen à la 26e). Plusieurs actions parties de ses pieds auraient pu connaître meilleur sort.

L'Allemagne aussi a gaspillé quelques occasions de faire la différence. Mais elle n'a en aucun cas surclassé une équipe de Suisse qu'elle avait battue 36 fois en 52 rencontres jusque-là. De quoi, encore et toujours, ressasser la question de la réelle position de la Nati dans la hiérarchie du football international.

Rencontré il y a quelques semaines, le directeur des équipes nationales au sein de l'Association suisse de football Pierluigi Tami nous disait qu'elle avait «franchi un palier ces dernières années» mais qu'elle n'était «pas encore au niveau des meilleures sélections européennes». «Dans ce contexte, il est important de se maintenir dans le premier groupe de la Ligue des nations car cela nous donne l'occasion d'affronter régulièrement des adversaires de tout premier plan», ajoutait le Tessinois.

Ce dimanche à Bâle, bien que privée de plusieurs de ses cadres (Fabian Schär, Xherdan Shaqiri, Remo Freuler, Denis Zakaria), la formation de Vladimir Petkovic n'a pas eu à rougir de sa prestation face à l'Allemagne. Elle s'y frottera une nouvelle fois le mois prochain, en plus de confrontations pas moins alléchantes contre l'Espagne (en Ligue des nations également) et la Croatie (en match amical). Il n'y aura sans doute pas plus d'ambiance qu'au Parc Saint-Jacques. Mais elle a prouvé que cela ne l'empêche pas de produire du jeu.