Le sablier est bientôt vide lorsque Ludovic Magnin, entré en jeu depuis quelques minutes, file sur son flanc gauche. Parfait, le centre du joueur de Werder Brême trouve la tête d'Alexander Frei. Plus providentiel que jamais, le buteur remplit son office. L'équipe de Suisse est enfin venue à bout de Chypre (1-0); les 16 000 spectateurs du Hardturm hurlent leur soulagement. Les protégés de Köbi Kuhn expriment une joie proportionnelle à l'angoisse qui les a tenaillés si longtemps. Ce but vaut de l'or. Parce qu'il conclut en beauté une soirée qui a failli tourner au cauchemar; parce que la victoire, arrachée in extremis, valide le point ramené de Paris samedi dernier; parce qu'il permet à la «Nati» de rester bien calée dans le peloton de tête du groupe 4 des éliminatoires pour la Coupe du monde 2006.

Le football est décidément farceur. Il distille ses vérités au jour le jour, selon l'humeur, sans le moindre égard envers toute forme de logique. Et la vérité qu'il a failli asséner au visage de l'équipe de Suisse, mercredi soir à Zurich, se serait avérée particulièrement cruelle et douloureuse. Les belles promesses brandies quelques jours plus tôt dans l'enivrante nuit parisienne se seraient, à quelques minutes près, évaporées.

Gênés aux entournures par l'engagement et la vivacité des Chypriotes, les joueurs de Köbi Kuhn sont passés à côté de leur première mi-temps. Les trois banderilles plantées par Alexander Frei dans la cuirasse des insulaires – tête stoppée par le gardien Nikos Panayotou (31e), volée au-dessus du but (37e) et but annulé pour hors-jeu suite à une frappe de Ricardo Cabanas (40e) – n'ont pas contrebalancé une prestation collective insuffisante. Sans allant ni liant, faute d'imagination aussi, les «rouge et blanc» ont été incapables de déjouer le pressing adverse.

Pire: à cause d'une certaine propension à la flânerie, pour ne pas parler de somnolence, la Suisse a frisé le code à plusieurs reprises. Le duo offensif composé de Ioannis Okkas et Michalis Constantinou a malmené une défense aux abois. Brouillons et imprécis, les latéraux Christoph Spycher – pas à la fête le jour de son 27e anniversaire – et Philipp Degen n'ont pas été à la hauteur. Dans l'axe, Patrick Müller et Philippe Senderos, régulièrement dépassés, n'ont pas réédité leur performance de samedi dernier au Stade de France. Et sans les interventions décisives de Pascal Zuberbühler, décidément en grande forme, Chypre aurait regagné les vestiaires en menant au score.

Sifflée dès la 29e minute par un public qui était pourtant accouru afin de lui faire la fête, la Suisse a séché. Köbi Kuhn, qui avait reconduit un «onze» de départ avec Alexander Frei comme seul attaquant nominal, a fait entrer Johan Vonlanthen en fin de première période. Puis Hakan Yakin à l'heure de jeu. Sans résultat concret, même si la «Nati» a peu à peu accentué sa pression sur le but de Nikos Panayotou – expulsé dans les arrêts de jeu pour une faute sur Vonlanthen.

Passes dans le dos, contrôles ratés, manque flagrant d'idées… La Suisse a appris – heureusement pas à ses dépens – qu'il pouvait être plus ardu de créer face à un opposant solide et compact que de contenir un adversaire prestigieux.

On s'acheminait vers une terrible désillusion lorsque Köbi Kuhn a eu la brillante idée de remplacer Christoph Spycher par Ludovic Magnin, avec la réussite que l'on sait. Encore agrémentée par le match nul (1-1 à Tel-Aviv) entre Israël et la France, deux autres prétendants à la qualification, la victoire de l'équipe de Suisse entretiendra l'espoir et l'enthousiasme récemment soulevés. En un mot, l'essentiel est sauf.