Football

Suisse-Danemark, du rêve au cauchemar en dix minutes et trois buts

Souveraine puis soumise, l'équipe nationale menait 3-0 après 83 minutes de jeu mais a concédé un improbable match nul au final (3-3). Un naufrage collectif qui interpelle, à défaut d'hypothéquer ses chances de qualification à l'Euro 2020

Mais que s'est-il passé ce mardi soir sur la pelouse du Parc Saint-Jacques de Bâle entre, approximativement, 22h35 et 22h45?

L'équipe de Suisse de football menait 3-0 contre le Danemark. Or dix minutes plus tard, le score final de la rencontre est de 3-3. Les hommes de Vladimir Petkovic n'avaient pas concédé plus de deux buts lors d'un même match depuis une défaite en Slovaquie en novembre 2015, et voilà qu'ils en encaissent trois en si peu de temps.

Une telle issue paraissait tellement improbable que bien des supporters danois avaient déjà quitté les tribunes dégoûtés lorsque la «remontada» a débuté. Ceux qui ont pris leur mal en patience ont été récompensés par une rafale d'émotions fortes. 84e minute de jeu: 3-1 par Mathias Jørgensen. 88e: 3-2 par Christian Gytkjær. 93e: 3-3 par Henrik Dalsgaard. Les Scandinaves exultent, leurs hôtes n'en reviennent pas. Mais que vient-il donc de se passer?

«Comme une défaite»

Quelques minutes plus tard, Åge Hareide se présente flegmatique devant des journalistes extatiques. A 65 ans, l'entraîneur norvégien du Danemark n'en est plus à s'émouvoir de si peu. «Le football est un sport difficile à comprendre, soupire-t-il. Nos adversaires étaient sans doute fatigués de leur long voyage vers la Géorgie. Peut-être avons-nous aussi eu un peu de chance. Mais ce qui est sûr, c'est que notre premier but nous a donné énormément d'énergie, et mes joueurs ont alors montré un caractère incroyable.»

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A la sortie du vestiaire, les footballeurs de l'équipe de Suisse n'ont pas eu le temps de prendre autant de recul. Avec son franc-parler habituel, Kevin Mbabu plaide coupable. «Ce résultat, c'est un véritable coup de massue. Nous ne pensions pas que cela pouvait se terminer ainsi. Nous avons fait preuve d'un excès de confiance, doublé d'un manque de concentration, et cela se paie cash.»

«C'est dur, très dur à encaisser, grimace Denis Zakaria. Au final, c'est un nul, mais je le vis clairement comme une défaite. Ce qui se passe dans les dernières minutes de jeu, cela ne doit jamais arriver.»

Fondations solides

Les deux Genevois de 23 et 22 ans ne se cherchent pas d'excuse, et filent déçus dans la nuit bâloise, comme leurs supporters avant eux. Ils auront le temps de réaliser que ce résultat n'hypothèque en rien leurs chances de participer à l'Euro 2020. Dans le groupe D, la Suisse et le Danemark font figures de grandissimes favoris devant la République d'Irlande, la Géorgie et Gibraltar, et les deux premières places du classement seront synonymes de qualification directe. De plus, comme le remarque déjà Denis Zakaria, «notre première partie de rencontre a été presque parfaite».

L'effondrement quasi instantané de la maison suisse est d'autant plus étonnant que ses fondations paraissaient solides. La formation de Vladimir Petkovic a rarement dégagé autant de sérénité que lors de sa première mi-temps ce mardi soir à Bâle. L'ouverture du score signée Remo Freuler était certes entachée d'une remise du bras d'Albian Ajeti, mais la Nati affichait une maîtrise du match impressionnante. Les statistiques à la pause le confirmaient: 64% de possession de balle, 90% de passes réussies.

En seconde période, l'équipe nationale a parfaitement géré le réveil danois. Sous pression, le patron de la défense Manuel Akanji et ses coéquipiers gardaient la tête froide dans les situations chaudes et ne concédaient pas de réelle occasion. Au contraire: Granit Xhaka pouvait doubler la mise d'une de ces frappes sèches et précises dont il a le secret peu après l'heure de jeu, tandis que Breel Embolo inscrivait le troisième but suisse d'un retourné acrobatique à bout pourtant, plus surprenant qu'impressionnant, dix minutes plus tard.

Un accident?

A la 79e minute, les quelque 18 000 supporters de la Nati offraient à Granit Xhaka une standing-ovation lorsqu'il cédait sa place à Djibril Sow. Avec le recul, il apparaît que ce moment a marqué le début de la fin. L'importance du milieu de terrain d'Arsenal au sein du dispositif de l'équipe de Suisse se mesure souvent en creux. Ce mardi soir, lui sorti, il manquait à la machine un rouage essentiel. Soudain, les sorties de zone se sont faites moins propres. Les transitions moins évidentes. Et l'avantage de la Nati, pourtant net, fut effacé en dix minutes.

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«Granit Xhaka souffrait des adducteurs, il ne pouvait plus courir et il n'y avait pas d'autre option que de le sortir», explique Vladimir Petkovic après la rencontre. Comme son homologue danois, le sélectionneur n'est pas homme à se démonter pour deux points de perdu, même de manière aussi rocambolesque que ce mardi soir. «Bien sûr, le résultat est difficile à accepter. Mais je préfère regarder ce qu'il y a de positif dans cette rencontre, c'est-à-dire 80% voire 90% de ce que j'ai vu. Nous avons marqué trois buts à une très bonne équipe, nous avons réalisé une excellente première mi-temps. Pour le reste, ces 10% de négatif, nous saurons en tirer profit pour l'avenir.»

En juin, l'équipe de Suisse de football disputera au Portugal la phase finale de la Ligue des nations, avec la perspective de remporter un titre international, avant de poursuivre sa campagne qualificative vers l'Euro 2020. Autant d'échéances qu'elle abordera avec l'intention de démontrer que ce qu'il s'est passé, le 26 mars 2019 sur la pelouse du Parc Saint-Jacques, approximativement entre 22h35 et 22h45, n'était qu'un accident.

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