L'Italie avait envoyé un signal fort aux autres équipes en dominant la Turquie 3-0 en ouverture de l'Euro. Elle a confirmé cette excellente impression initiale en donnant une leçon à l'équipe de Suisse sur le même score.

Ce mercredi au Stadio Olimpico de Rome, dans une ambiance sympathique co-produite par les tifosi locaux et une jolie cohorte de supporters helvétiques, la Nazionale a enchaîné son 29e match sans défaite et son 9e sans prendre de but. Elle a livré une prestation quasi parfaite dans l'organisation, relevée d'une impressionnante capacité à mettre le turbo, et ponctuée par deux réussites de Manuel Locatelli et une de Ciro Immobile.

Le premier, demi de Sassuolo, a repris un centre parfait de Domenico Berardi pour ouvrir la marque à la 26e minute de jeu, puis il a laissé Yann Sommer sans réaction sur une belle frappe des vingt mètres à la 51e. Le second, attaquant de la Lazio, a conclu le festival peu avant la fin du temps réglementaire. Avant cela, un but avait été refusé au vétéran Giorgio Chiellini (36 ans) pour une faute de main en début d'action.

Notre gros plan: A l'Euro, la renaissance italienne

Vraiment: cette équipe d'Italie a séduit, tant par son engagement que par l'harmonie collective qui s'est dégagée de ses mouvements collectifs. Elle est l'une des rares, depuis le début du tournoi, à se montrer capable de dominer, d'attaquer plus que de défendre, de marquer régulièrement et de gagner sans trembler. «C'est toujours difficile d'établir si le vainqueur a été bon, ou si le perdant a été mauvais, a soufflé Vladimir Petkovic après le match. Pour moi, le fait marquant de la soirée, c'est que l'Italie a été très forte.»

La Nati face à ses limites

La Suisse? Eh bien, elle a souffert. Elle a fait ce qu'elle a pu. Que les cinq premières minutes de chaque mi-temps soient témoins de ses intentions. Elle voulait faire le jeu, porter l'assaut, entraver le fonctionnement de la belle mécanique de Roberto Mancini. Mais elle n'en a pas été capable longtemps. Dès que la Nazionale s'est emparée du cuir, elle lui a tourné autour comme au handball jusqu'à trouver l'ouverture en première période, et puis elle a marqué dès sa première phase de possession après la pause.

Cette semaine, Remo Freuler ou Denis Zakaria ont dit leur confiance quant à la capacité de la Nati de «poser des problèmes» à l'Italie, voire «de lui prendre les trois points». Personne ne leur reprochera ces déclarations, mais ils avaient tort. Les Transalpins les ont mis face à leurs limites.

Leurs limites collectives, d'abord, tant les schémas de circulation de balle éprouvés depuis des mois n'ont pas tenu le coup face à une opposition de ce calibre, donnant lieu à un surplus de passes hasardeuses, même parmi les plus simples qui furent. «Ce soir, nous avons commis beaucoup de petites erreurs qui nous ont mis dans des situations d'insécurité, ce qui n'est pas dans nos habitudes», a souligné Vladimir Petkovic.

Déficit de courses

L'Italie a aussi révélé les limites individuelles de plusieurs joueurs de la Nati. Ricardo Rodriguez est ainsi apparu bien emprunté sur son flanc gauche, dans un rôle de piston éreintant qui ne convient pas - ou plus - à ses capacités actuelles. Xherdan Shaqiri, comme contre le Pays de Galles, a raté à peu près tout ce qu'il a entrepris, même si ses premières prises de balle du match hurlaient son envie de bien faire. Haris Seferovic fut incapable d'offrir un point d'ancrage haut dans le terrain, qui aurait permis à d'autres de se projeter. Peu servi et à contre-temps lorsque le ballon lui parvenait enfin, l'attaquant du Benfica Lisbonne a cédé sa place dès la mi-temps à Mario Gavranovic qui, il faut le dire, n'a pas été plus dangereux.

Les trois défenseurs centraux, enfin, ne sont pas apparus à leur avantage non plus. Fabian Schär a d'ailleurs été rappelé sur le banc peu avant l'heure de jeu, fait plutôt rare pour un joueur installé en patron de la charnière défensive. A lui comme à quelques autres, et malgré le niveau de l'équipe adverse, il a manqué l'étincelle, le coeur à l'ouvrage, la débauche d'énergie qui aurait rendu le résultat un peu plus acceptable. C'est peut-être un détail, mais l'équipe d'Italie a couru quelque 111 kilomètres pendant le match, soit près de 7 de plus que la Nati.

«Contre la Turquie, il faudra tout donner pour l'équipe, parce que je pense que ce soir, tout le monde ne l'a pas fait, n'a pas hésité à lancer le Genevois Kevin Mbabu au micro de la RTS. Maintenant, il faut se poser les bonnes questions pour essayer de se qualifier.»

Les moins de 19 ans pour récupérer

Car non: la petite leçon reçue à Rome n'est pas rédhibitoire. L'équipe de Suisse conserve toutes ses chances de se qualifier pour les huitièmes de finale de l'Euro. Elle devra pour ce faire battre la Turquie, ce dimanche à Bakou, ce qui pourrait lui permettre de terminer deuxième ou troisième du groupe. «Nous avons encore une belle occasion de passer le premier tour, a validé Vladimir Petkovic. Alors bien sûr, ce soir nous sommes déçus. Mais demain, il faudra regarder vers l'avant, se montrer positifs, et faire en sorte de gagner notre dernier match.»

Battue par le Pays de Galles mercredi dans l'autre match du groupe A, la Turquie n'abordera de toute façon pas cette «finale» avec davantage de confiance que la Nati…

L'Italie, de son côté, peut tranquillement se projeter vers la phase à élimination directe, avec un statut d'équipe à battre renforcé. Profitera-t-elle de la réception du Pays de Galles, dimanche, pour laisser ses cadres souffler? «Je ne sais pas, c'est une décision que l'on prendra ces prochains jours en évaluant le niveau de forme de chacun», a esquivé Roberto Mancini. Ce jeudi, la Nazionale récupèrera en affrontant la sélection italienne des moins de 19 ans.

«J'ai la chance d'avoir des joueurs qui ont envie d'être ensemble sur un terrain, de s'amuser, de prendre des risques, et cela explique notre succès actuel», a encore insisté le sélectionneur. La Suisse, comme la Turquie, peuvent déjà en témoigner. En attendant les suivants.