Si l'équipe de Suisse a raté l'anniversaire de la descente du Lauberhorn, samedi à Wengen, enregistrant ses moins bons résultats depuis le début de la saison, les cadors de la discipline ont, eux, fêté dignement les 75 ans de la plus vieille épreuve du circuit de la Coupe du monde. Les conditions météo quasi printanières qui régnaient ce week-end sur la station bernoise ont attiré les foules au pied de l'Eiger, du Mönch et de la Jungfrau avec un nombre record de spectateurs – 27 500 personnes – pour la descente. C'est dans cette ambiance ensoleillée et festive que les coureurs ont assuré le spectacle sur une piste dure et rapide. Le visage radieux des premiers dans l'aire d'arrivée et lors de la conférence de presse qui a suivi disait le plaisir qu'ils ont eu à dévaler cette classique exigeante et physique.

A 29 ans, Michael Walchhofer, champion du monde en titre, s'est offert la deuxième victoire de sa carrière en Coupe du monde, et une belle revanche sur les éditions de 2002 et de 2003. «C'est le fruit de la patience», a souligné celui qui est monté sur le podium de toutes les descentes depuis le début de la saison, à l'exception de celle de Val Gardena, mais qui n'avait pas encore réussi à s'imposer. «Wengen, c'est spécial pour moi. En 2002, j'étais quatre dixièmes devant Stephan Eberharter quand je suis tombé à la Minschkante. En 2003, lors de la première des deux descentes, j'avais raté mon départ et on m'avait autorisé à remonter après tout le monde. Le lendemain, j'ai terminé deuxième derrière Bruno Kernen et c'était comme une victoire.»

L'Autrichien avoue s'être préparé tout particulièrement en vue de cette descente anniversaire. «Je sentais que je pouvais réaliser quelque chose ici et c'était vraiment mon objectif. Je me suis mis la pression et j'ai absolument tout donné, surtout dans le Carrousel («S» final), même si mes jambes me brûlaient. Je suis super-heureux car cette descente du Lauberhorn est ma préférée. En la survolant en hélicoptère pour venir de l'aire d'arrivée jusqu'ici (ndlr: l'école tenant lieu de centre de presse), j'ai ressenti une vive émotion en réalisant que j'avais été le plus rapide aujourd'hui.» Emotion également pour son compatriote et dauphin, Christophe Gruber, avec ce premier podium de la saison. Pour lui, Wengen revêt aussi une signification particulière. Son grand-père maternel, Leopold Brankowsky, faisait partie de la cordée qui faillit réussir en 1938 la première ascension de la face nord de l'Eiger.

Troisième, Bode Miller a évité une domination 100% autrichienne dans cette descente où les «Aigles» se sont octroyé quatre des cinq premières places. L'Américain était aussi euphorique que les deux premiers: «J'ai skié de manière très agressive, toujours à la limite. Je sais que j'ai perdu un peu sur la fin, mais le Carrousel est tellement exigeant… C'était une super-course. C'est le genre de descente que j'aimerais avoir tous les jours! Epuisante, mais tellement stimulante.»

Du côté helvétique, en revanche, c'était la soupe à la grimace. En avance au temps intermédiaire, Didier Défago est sorti de route dans le fameux Carrousel. Du coup, c'est Silvan Zurbriggen qui a signé le meilleur résultat suisse avec une 16e place, étant donné que Bruno Kernen, le tenant du titre, a terminé 20e. Tout penaud, le Bernois faisait presque pitié à voir dans l'aire d'arrivée. Lui qui espérait tant de cette descente chère à son cœur… «J'étais peut-être trop motivé. Dès le premier virage, ça n'a pas été comme je voulais. Je n'ai pas à me chercher d'excuses, j'ai vraiment mal skié. C'est ma faute.»

Martin Rufener, chef entraîneur de l'équipe masculine, estime que «Bruno avait trop de pression». Mais même cette excuse-là, Kernen la refuse. «A mon âge et avec mon expérience, on doit être capable de supporter la pression.» Pour Walchhofer, le vainqueur, «Kernen et Hoffmann skient très bien mais manquent de confiance en eux». De retour de blessure, le Grison n'a, paraît-il, pas encore retrouvé tout son potentiel.

Le week-end avait pourtant bien commencé pour les Suisses avec le podium de Didier Défago dans le supercombiné et l'encourageante quatrième place du jeune Daniel Albrecht, issu de l'équipe B de Coupe d'Europe. «C'est pour ça que le bilan n'est pas si mauvais, insiste Martin Rufener. La journée de samedi a été mauvaise, mais pas catastrophique. Avant sa chute, Défago était dans le coup et s'il n'avait pas perdu un bâton, Silvan Zurbriggen terminait dans les dix premiers. Et on est plutôt satisfait du slalom car, s'il avait mieux réussi sa première manche, Silvan aurait pu faire un podium.» Avec des si… Certes, le Grison a réalisé une belle deuxième manche, ce qui lui a permis de limiter les dégâts et de terminer à la huitième place du slalom remporté par l'Allemand Aloïs Vogl devant le Croate Ivica Kostelic et l'Autrichien Benjamin Raich. Mais il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer pour autant.