Championnats, coupes, compétitions internationales: le football a habitué son public comme ses principaux acteurs à un flux continu de rencontres à suivre ou à disputer. Mais elles restent relativement peu fréquentes celles qui, en 90 minutes, peuvent faire basculer le destin d’une équipe d’un côté ou de l’autre. Celles qui sont réellement décisives. Le Suisse-Ukraine de ce mardi à Lucerne (20h45) en fait partie.

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Si la Nati s’impose 1-0, 2-1 ou par au moins deux buts d’écart, elle demeurera au premier échelon hiérarchique de la Ligue des nations, avec les meilleures équipes européennes. Elle conserverait le privilège de les affronter régulièrement, et donc de calibrer ses ambitions sur le plus haut niveau qui soit. Tout autre résultat la condamnerait par contre à la relégation et à des affiches moins clinquantes dans le cadre de cette compétition récente. Ce serait une mauvaise nouvelle non seulement sportivement mais aussi économiquement, lorsqu’il sera de nouveau possible de vendre des billets pour les matchs.

Difficile, à l’approche de l’échéance, de ne pas repenser au huitième de finale de la Coupe du monde 2006, perdu contre l’Ukraine sans être capable d’inscrire le moindre tir au but lors de la séance fatidique qui a suivi un pénible 0-0. Mais au-delà du souvenir douloureux, y a-t-il le moindre enseignement à tirer d’une rencontre que certains des internationaux actuels étaient trop jeunes pour avoir regardé à la télé?

Bons souvenirs lucernois

En revanche, l’équipe de Suisse a disputé des rencontres décisives dans un passé plus récent, déjà sous la houlette de Vladimir Petkovic (arrivé en septembre 2014, juste après la défaite en huitième de finale du Mondial contre l’Argentine). On pense à l’élimination enregistrée aux tirs au but contre la Pologne à l’Euro 2016. Ou à celle, pas moins frustrante, contre la Suède à la Coupe du monde 2018 (1-0). Cette courte liste ne rassure pas quant à la capacité de la Nati à se sublimer quand cela compte vraiment.

Son sélectionneur recadre: «Moi, je préfère le positif: vous auriez aussi pu parler de notre qualification pour le dernier Mondial, en barrage contre l’Irlande du Nord. Mais même. A vrai dire, il faut relativiser la signification de ces précédents. Chaque match décisif a son histoire particulière.»

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Il y en a une autre que Vladimir Petkovic aurait pu choisir de rappeler. Le 18 novembre 2018, c’est-à-dire il y a deux ans presque jour pour jour, ses protégés effaçaient un début de match catastrophique pour terrasser la Belgique 5-2, réussir une de leurs meilleures prestations à ce jour et décrocher leur qualification pour la phase finale de la première Ligue des nations.

Ambiance pandémique

C’était à Lucerne, comme le duel qui s’annonce face à l’Ukraine. «Oui, mais le match que nous allons disputer contre l’Ukraine n’a rien à voir avec celui-là, comme il n’a rien à voir avec une partie à élimination directe dans un grand tournoi, balaie Xherdan Shaqiri. Il est important pour le maintien en première division, important aussi pour ne pas finir l’année sans victoire. Mais il n’y a pas de comparaison à faire avec le passé.»

D’autant qu’il se déroulera dans l’ambiance très particulière imposée par la pandémie. Les 17 000 sièges de la Swissporarena resteront vides, tandis que le Covid-19 perturbe les équipes. Trois joueurs ukrainiens (Eduard Sobol, Yevhen Makarenko et Dmytro Riznyk) ont été déclarés positifs ce lundi, tandis que deux Suisses (Jordan Lotomba et Silvan Widmer) ont dû quitter le rassemblement en cours de route.

Pour compenser ces défections, mais aussi l’indisponibilité de Nico Elvedi et de Remo Freuler (sanctions disciplinaires), Vladimir Petkovic a convoqué trois renforts: Michel Aebischer, Michael Lang et Pajtim Kasami. Il ne prévoit en revanche aucun changement de ligne de conduite, refusant de remettre en question une philosophie de jeu qui n’a encore pas permis de gagner en 2020. «La clé, c’est de rester fidèles à notre style de jeu tout en étant plus réalistes», martèle-t-il.