«Le monde actuel du sumo est pourri.» C'est par cette délicatesse lancée lundi dernier, au terme du pénultième grand tournoi de l'année, à Tokyo, qu'un ex-sumotori russe de 20 ans a fait trembler l'ancestrale discipline. Monté dans la hiérarchie sous le nom de Wakanoho, récemment radié à vie par l'Association nationale de sumo japonaise pour possession de cannabis, Soslan Gagloev s'apprête à témoigner devant la justice de scandales multiples. Davantage qu'un règlement de comptes, ces révélations renvoient à un malaise profond.

Cannabis à profusion

Faisant tomber les paravents, Soslan Gagloev pointe les matches truqués, sujet sensible s'il en est. L'an dernier, le plus grand éditeur japonais, Kodansha Lt, lançait des accusations contre dix-sept lutteurs, dont le numéro un de la discipline, Akinori Asashoryu. Fort de son expérience personnelle, le Russe va soutenir l'éditeur. «J'ai été obligé de livrer des combats truqués contre de l'argent, dès que je suis entré en makuuchi [la première division du sumo].» Il a ajouté que le maître de son écurie et d'autres anciens lutteurs «savaient», mais que pour avoir connu pareille pratique, ils ne sont pas intervenus.

Le débat s'ancre, de surcroît, sur des scandales de dopage en série, qui s'ouvrent avec l'histoire d'un portefeuille perdu le 24 juin, celui de Soslan Gagloev, ramené au commissariat par une passante. La police finit par trouver 0,368 gramme de cannabis. Et par comprendre qu'il fume de la marijuana à l'intérieur de son écurie. Le 21 août, le garçon est déchu à vie, devenant le premier rikishi à subir telle peine. Début septembre, deux autres sumos russes sont exclus, contrôlés positifs à la même substance. L'un d'eux appartient à l'écurie de Kitanoumi, président de l'Association nationale du sumo japonais, ancien sumotori légendaire, contraint à la démission. Selon Soslan Gagloev, des maîtres d'écurie et des sumotoris fument du cannabis, comme lui-même, mais ils n'ont pas été punis.

Dans ce sport deux fois millénaire, les fleurs de cannabis ont suscité de vives réactions, à l'image de ce sumotori ivre qui a assailli un chauffeur de taxi ayant eu l'outrecuidance d'aborder le sujet. Le geste renvoie à d'autres violences. En juin 2007, un apprenti sumo de 17 ans a trouvé la mort, lynché par ses pairs à coups de battes de baseball, et frappé par son entraîneur avec une bouteille de bière, après avoir tenté de s'enfuir de son écurie. Le procès se tiendra ces prochains jours.

Entre meurtre et mensonges, le sumo n'en finit plus de défrayer la chronique. En outre, les puristes éprouvent une révulsion épidermique pour le meilleur lutteur actuel, le Mongol Akinory Asashoryu, sumotori iconoclaste dont les frasques rivalisent avec le talent. Exclu l'an dernier pour mensonge - il avait troqué un tournoi de sumo contre un match de football en prétextant une blessure - le virtuose a réclamé une augmentation de salaire pour les lutteurs, en évoquant la hausse du prix des carburants. Raffiné.

Conscients que, selon la sagesse japonaise, on ne peut pas chasser le brouillard avec un éventail, les défenseurs du sumo se tâtent. Un législateur du parti au pouvoir a proposé d'interdire la discipline aux étrangers. Porte-parole du gouvernement japonais, Nobutaka Machimura a souligné que les sumos «devaient se comporter comme il faut et se rendre compte qu'ils sont des héros appelés à être admirés». Pour que le sumo recouvre une once de légèreté.