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Guillaume Hoarau (99) ouvre le score pour Berne d'un acrobatique ciseau retourné. L'image symbole de ce superbe match entre les deux meilleures équipes du pays
© PETER KLAUNZER/Keystone

Football

Super League, capitale Berne

Dans une ambiance de finale de coupe, Young Boys et Bâle se neutralisent (2-2). YB, qui rêvait d’une victoire pour s’assurer pratiquement le titre, devra encore patienter quelques semaines. Rien d’insurmontable pour un club qui attend depuis 1986

Un lundi de Pâques, un Wankdorf à guichets fermés, un stade tout de noir et jaune, une ferveur inhabituelle sous ces latitudes, deux équipes portées vers le but adverse et un match superbe: ce Young Boys-Bâle avait tous les atours d’une finale de coupe. Et puis, au coup de sifflet final, il n’y eut pas de vainqueur (sinon le football suisse), pas plus de prolongations que de tirs au but, et l’on se souvint que ce n’était qu’une rencontre de la 27e journée du championnat de Super League.

L’épique bataille que se livrèrent Bernois et Bâlois relevait d’abord d’une symbolique passation de pouvoir. Avec seize points d’avance (et un match en plus), Young Boys sera bientôt sacré champion de Suisse pour la douzième fois de son histoire, la première depuis trente-deux ans. Ce sacre annoncé mettra fin à huit ans de domination bâloise, champion sans discontinuer depuis 2010. YB voulait y mettre la manière, et battre son rival comme on plaque les deux épaules de son adversaire dans la sciure, à la lutte.

Le FC Bâle lui refusa ce plaisir, bien plus parce qu’il tente de se relancer que parce qu’il croit encore au titre. La saison est ratée. Certains seront tentés d’y voir l’échec des Valaisans du FCB: le président Bernhard Burgener, le directeur Jean-Paul Brigger, l’entraîneur Raphaël Wicky. Nous préférons relever le courage qu’a eu le club bâlois de totalement remettre en question son mode de fonctionnement alors qu’il venait de fêter un huitième titre consécutif, acquis à si journées de la fin du championnat, avec 17 points d’avance sur… Young Boys.

Un coup à jouer

Le changement a sans doute été trop brutal. Tout l’organigramme bâlois (il faut ajouter au trio susmentionné le directeur sportif Marco Streller, son conseiller Alex Frei, l’entraîneur adjoint Massimo Lombardo et le responsable de la formation Massimo Ceccaroni) était nouveau et sans doute un peu inexpérimenté à ce niveau.

Cette politique paiera peut-être la saison prochaine mais en 2017-2018, il y avait un coup à jouer, que Le Temps avait d’autant mieux identifié que le calendrier proposait d’entrée un YB-Bâle au Wankdorf. «La saison de Super League va peut-être se jouer dès la première journée, écrivions-nous le 21 juillet. Si Young Boys gagne, les Bernois prendront confiance. Si Bâle s’impose au Stade de Suisse, on recommencera à compter les journées sans défaite et les points d’avance. Peu importent les transferts, le changement doit se faire dans les têtes. Le FC Bâle sera invaincu aussi longtemps que ses adversaires le croiront invincible.»

Le 22 juillet au soir, YB était fixé: Bâle n’était pas invincible, et déjà plus invaincu (2-0). Les Bernois bouclèrent le premier tour avec deux points d’avance après en avoir compté jusqu’à sept. Mais Bâle, affaibli durant le mercato d’hiver, rechuta à la reprise alors que YB, qui avait su convaincre ses éléments les plus convoités de rester six mois de plus, repartit pied au plancher: aucun point perdu en 2018, avant de recevoir Bâle.

Retournement total

Il y a une certaine logique à ce que ce soit Young Boys qui succède au FC Bâle. Tandis que Grasshopper, puis Zurich, puis Sion s’enfonçaient, le club s’est progressivement imposé comme le premier des viennent-ensuite. Deuxièmes en 2008, 2009 et 2010, les Bernois le furent aussi les trois dernières saisons.

Il est seulement surprenant que YB soit sacré avec autant d’aisance. Comme la Ligue 1 (PSG, +17 points), la Liga (Barça, +9) et la Premier League (Manchester City, +16), la Super League va connaître un nouveau champion avec une marge considérable. Cela ne signifie pas qu’un règne bernois va succéder à un règne bâlois. D’une part parce que YB devra démontrer sa capacité à durer et à compenser les inévitables départs. Ensuite parce que le principe de la brèche dans la digue est devenu une caractéristique du sport moderne. Une petite différence peut vous faire gagner longtemps, mais une petite faiblesse peut vous abattre totalement.

Eternels deuxièmes

Rejoints un peu contre le cours du jeu (Xhaka, 35e) puis menés dès la reprise (Suchy, 47e), les Bernois réagirent rapidement (égalisation de Fassnacht sur un superbe travail d’Assalé, 56e) là où autrefois ils auraient implosé. Car YB fut longtemps un club de perdants, capable de perdre deux fois le titre chez lui lors de la dernière journée (2008, 2010). Capable aussi de laisser filer trois finales de coupe, toutes à domicile, contre Sion: deux (1996, 2009) après avoir mené 2-0 et une (2006) alors que les Valaisans évoluaient en Challenge League. «A Berne, on sent cette mentalité d’éternel deuxième. Les supporters ont développé une forme d’habitude», racontait l’an dernier l’ancien milieu de terrain Xavier Hochstrasser.

Ces dernières années, le club a travaillé à combler son retard. Depuis 2010, les frères Andy et Hans-Ueli Rihs ont investi plus de 50 millions de francs dans le club, selon leur propre estimation. Leur premier gros coup fut la signature en 2014 du buteur français Guillaume Hoarau. Le Réunionnais, sous des dehors tranquilles, s’attacha à décomplexer ses équipiers, notamment en Coupe d’Europe où YB signa quelques succès de prestige (victoires sur Naples, le Shaktar Donetsk, Sparta Prague). Lundi, il ouvrit le score d’un magnifique ciseau retourné (24e). Un but plein d’audace et de confiance, comme un symbole.

En 2016, l’arrivée comme directeur sportif de l’ancien joueur Christoph Spycher acheva de stabiliser le club. Malgré le départ cet été de trois cadres (Yvon Mvogo à Red Bull Leipzig, Denis Zakaria au Borussia Mönchengladbach, Yoric Ravet au SC Freiburg), YB possède le meilleur effectif du pays. Samedi, la Berner Zeitung a listé treize secteurs, de la qualité de l’effectif au style de jeu en passant par l’entraîneur, la politique des transferts, la profondeur du banc et l’organisation du club, où YB fait mieux que Bâle.

Romande et francophone

Il restait à se débarrasser de ce fichu statut de loser, et de ce complexe face au FC Bâle. C’est fait: ce 2-2 est le septième match sans défaite pour YB, qui n’a plus connu la défaite face à Bâle depuis l’été 2016. Cette saison, Berne a enregistré une victoire et deux nuls en championnat, ainsi qu’une victoire en coupe (2-0 en demi-finale, le 27 février). Young Boys peut même rêver du doublé le 27 mai prochain.

Comme un clin d’œil aux clichés récemment resservis par Rolf Fringer, et en opposition au risque de consanguinité du projet bâlois, le futur champion s’appuie sur un fort contingent romand, aussi bien sur le terrain (le capitaine neuchâtelois Steve Von Bergen, le latéral droit genevois Kevin Mbabu, le latéral gauche vaudois Jordan Lotomba) que dans les coulisses (l’entraîneur fribourgeois de la réserve Joël Magnin, le chef scout vaudois Stéphane Chapuisat, le responsable genevois de la formation Gérard Castella).

L’équipe la plus francophone dans le vestiaire est aussi la plus «française» dans son expression sur le terrain. Les amateurs de passes redoublées et de déplacements dans les espaces resteront sans doute sur leur faim; l’entraîneur autrichien Adi Hütter a mis en place un football comportant beaucoup de force et de vitesse, au service d’un jeu très vertical. Son classique 4-4-2 repose sur un ensemble de duos: la meilleure charnière centrale du pays (Von Bergen-Nuhu), un milieu récupérateur sobre et dur au mal (Sow-Sanogo), deux paires qui coulissent sur les côtés (Benito-Fassnacht à gauche, Mbabu-Suleijmani à droite) et deux attaquants complémentaires, le grand Hoarau (1,92m) et le petit Assalé (1,67m).

Péché d’orgueil

Lorsque Christian Fassnacht égalisa, Roger Assalé se précipita pour récupérer le ballon et le replacer. Young Boys voulait la victoire et faillit payer très cher cette gourmandise. Partis à l’abordage, les Bernois se découvrirent outrageusement, laissant deux fois les Rhénans en situation de deux contre un devant le but. Valentin Stocker, le talisman des années où tout rigolait pour Bâle, manqua à chaque fois son affaire (retour in extremis de Von Bergen sur la première, poteau sur la seconde), comme si les losers avaient changé de maillot.

Incrédule, Adi Hütter fit sortir un attaquant (Assalé) pour un milieu (Bertone) afin de préserver ce match nul et le statu quo au classement. C’est pourtant Bertone, servi en retrait par Hoarau, qui faillit marquer le but vainqueur. Après tant d’années de frustration et d’humiliation, c’était bien le tour de Berne de faire un peu preuve d’arrogance.

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