Les championnats de Suisse professionnels de football reprennent ce week-end avec leur lot de nouveautés évidentes. Le champion Young Boys a changé d’entraîneur avec l’arrivée de David Wagner; le FC Bâle et son nouveau propriétaire, David Degen, affirment des ambitions de reconquête; le FC Sion paraît serein avec l’élargissement de son staff et l’apaisement de ses relations avec Le Nouvelliste; les supporters se préparent bon gré mal gré à dégainer leur certificat covid pour accéder aux stades.

A ausculter le mercato des pensionnaires de la Credit Suisse Super League (nouveau sponsor titre), on remarque une tendance elle aussi inédite. L’an dernier, les dix équipes avaient recruté au pays, entre leurs propres centres de formation et le vivier de la Challenge League, et dans des clubs étrangers de seconde zone. Cet été, elles accueillent des joueurs en provenance de l’Inter Milan, de Liverpool, d’Arsenal, du Paris Saint-Germain et d’autres cadors européens.

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Ces deux campagnes de transferts très différentes traduisent pourtant le même phénomène de déclassement du Championnat de Suisse, aujourd’hui 19e de la hiérarchie continentale tenue par l’UEFA. Ce qui a évolué, c’est qu’il a désormais été largement identifié comme un territoire propice pour développer de (très) jeunes talents.

De l’Inter Milan, le FC Bâle n’a pas débauché Romelu Lukaku mais Sebastiano Esposito, bel espoir du football italien de 19 ans, et Darian Males, Lucernois de 20 ans, tous les deux en prêt pour une année. Même situation pour Leonhard Münst (19 ans) et Ousmane Diakité (20 ans), confiés par Stuttgart et Salzburg à Saint-Gall, ou encore Trae Coyle (20 ans), arrivé à Lausanne en provenance d’Arsenal. Plusieurs autres footballeurs encore sont appelés à s’aguerrir en Suisse avant de repartir, supposément plus forts, sous des cieux plus prestigieux.

Il y en a qui le font de leur propre chef après avoir échoué à s’imposer dans les grandes maisons où ils se sont formés. C’est le cas, à Bâle, de Sergio Lopez (22 ans, ex-Real Madrid B) et de Liam Millar (21 ans, en fin de contrat à Liverpool après des prêts à Kilmarnock et Charlton), ou, à Lausanne, de Maxen Kapo (20 ans, passé par le PSG).

La manœuvre fonctionne

Les clubs suisses savent que la manœuvre peut fonctionner pour avoir vu Kevin Mbabu, Djibril Sow, Miro Muheim et d’autres s’imposer jeunes en Super League après avoir terminé leur formation dans les très compétitifs secteurs de la relève de clubs anglais ou allemands. Young Boys retente d’ailleurs le coup en rapatriant Alexandre Jankewitz de Southampton, où l’international M21 a joué deux matchs de Premier League. Si tout se passe comme prévu, il jouera un rôle en vue à Berne avant de repartir à l’étranger, belle plus-value financière à la clé.

C’est aussi dans la perspective de développer des joueurs que les propriétaires de l’OGC Nice et de Wolverhampton contrôlent le Lausanne-Sport et Grasshopper, deux clubs où trois joueurs âgés de 20 à 22 ans ont débarqué cet été en provenance de la maison mère. Au moment de la dernière réorganisation majeure du football suisse, en 2003, ses responsables avaient pensé la Challenge League comme un tremplin pour les jeunes du cru. Ils n’avaient par contre pas anticipé que la Super League deviendrait l’incubateur des talents européens.