Football

Super League, en VAR et contre tout

L'assistance vidéo à l'arbitrage fera son apparition en première division suisse la saison prochaine. Cela coûtera cher et cela ne résoudra pas tous les litiges, mais l'outil devient incontournable sur la scène internationale

Le 17 février dernier, le FC Sion s'incline au Parc Saint-Jacques de Bâle par le plus petit des scores possibles (1-0) et avec le plus désagréable des sentiments: celui d'avoir été victime d'une injustice. A l'origine du penalty qui a fait la différence, une intervention du gardien Kevin Fickentscher jugée fautive par l'arbitre de la rencontre, mais bien licite aux yeux des Valaisans. Le lendemain, le milieu de terrain Pajtim Kasami glisse dans un tweet les images de la scène et son verdict personnel: «Une preuve de plus que nous avons besoin de la VAR.»

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L'international de 26 ans n'a plus que quelques mois à patienter. L'assistance vidéo à l'arbitrage, entrée dans le langage courant sous l'acronyme anglophone de VAR (pour Video Assistant Referee), fera son apparition en Super League la saison prochaine. Les vingt clubs qui composent la Swiss Football League (SFL) l'ont décidé en novembre, et ce jeudi, l'instance a détaillé dans un restaurant bernois sa feuille de route en vue de l'application locale d'un outil qui s'impose de plus en plus largement dans le football international.

Développement rapide

Les premiers tests n'ont eu lieu qu'en décembre 2016, mais en deux ans et demi, la VAR est devenue incontournable pour toutes les compétitions qui comptent. Les championnats italien, allemand, portugais, belge, néerlandais et polonais s'y convertissaient dès le début de la saison 2017-2018. Un an plus tard, c'était au tour de la Ligue 1 française et de la Liga espagnole. La Premier League anglaise franchira le pas en même temps que la première division suisse. Sur les autres continents, c'est déjà fait notamment aux Etats-Unis, en Australie et en Chine. Sur le plan international, la Coupe du monde en Russie a ouvert une voie que suivra vraisemblablement l'Euro 2020, tandis que la Ligue des champions a intégré le système dès les huitièmes de finale de son édition en cours.

La tendance est nette, irrésistible et sans doute irréversible. Elle a un coût substantiel: l'Association suisse de football (dont dépendent les arbitres) financera 1,5 millions de francs de formation et de mise en place de l'outil, tandis que les clubs de la Swiss Football League se partageront 1,5 millions de francs de frais de fonctionnement. En Super League, le prix global de l'arbitrage passera de 2,5 à 4 millions de francs annuels.

Mais il y a VAR et VAR. Même pour ce montant, la configuration qui va être utilisée dans les stades du pays sera redimensionnée par rapport à celle à l'œuvre lors de la Coupe du monde 2018. En Russie, il pouvait y avoir trente caméras à disposition. En Suisse, il n'y en aura que six pour les matchs retransmis par Teleclub, et quelques-unes de plus pour ceux réalisés par la SSR. Au Mondial, quatre arbitres (dont trois assistants) et quatre opérateurs étaient postés dans le centre de visionnement des images. En Super League, ce sera un arbitre, un assistant, et un opérateur. «Déjà ainsi, cela représente un gros investissement pour un championnat comme le nôtre, souligne Claudius Schäfer, CEO de la Swiss Football League. Nous sommes obligés de faire avec nos moyens, même si nous voulons suivre le rythme du football international.»

La main de Maradona

Sur le principe, le fonctionnement de la VAR sera toutefois le même qu'à la Coupe du monde et qu'ailleurs sur la planète. La SFL s'en tient à appliquer le protocole édicté par l'International Football Association Board (IFAB), instance chargée de déterminer et de faire évoluer les règles du sport le plus populaire du monde. Et son but est extrêmement clair. «Il n'est pas question de prétendre que nous arriverons à 100% de bonnes décisions. Nous voulons qu'il y ait moins d'erreurs d'arbitrage claires et manifestes, martèle Dani Wermelinger, chef du département des arbitres de l’ASF. Pensez à la main de Maradona ou à celle de Thierry Henry. Il n'y a aucun doute sur le fait qu'une faute a été commise mais non sifflée. C'est ce genre de cas de figure que la VAR doit permettre d'éviter.»

Il n'y a que quatre types de situation lors desquels elle est susceptible d'être utilisée. Déterminer si un but est valable ou non, si un penalty doit être accordé ou non, si un carton rouge doit être brandi ou non, et enfin si un joueur visé par une sanction est bien le bon. Seul l'arbitre peut décider de l'utilisation de l'assistance vidéo, même si elle peut lui être recommandée depuis le centre de visionnement.

«Et alors se pose la grande question: est-ce que la décision initiale était clairement erronée ou pas?, interroge Hellmut Krug, ancien arbitre international et responsable de la formation à la VAR des arbitres suisses, après avoir rempli le même rôle en Allemagne. Si ce n'est pas le cas, si les images ne permettent pas de lui prouver qu'il a eu tort, alors il doit rester sur sa position.»

Bonne nouvelle pour les arbitres

Les 18 arbitres qui dirigent actuellement des rencontres de Super League et de Challenge League sont en pleine préparation pour être opérationnels fin juillet, au début de la nouvelle saison. Ce sont eux qui se retrouveront dans le centre de visionnement, avec un des dix assistants également en formation, et l'arrivée de la VAR à domicile est une bonne nouvelle pour leurs carrières. «Actuellement, nous n'avons pas d'arbitres suisses en Ligue des champions ou dans les grands tournois, mais nous espérons que cela changera bientôt, lance Dani Wermelinger. Dans cette optique, c'était une condition qu'ils aient l'habitude de travailler avec la VAR.»

Sur un grand écran, Hellmut Krug fait défiler des scènes de jeu litigieuses. «Et là? Si vous êtes dans le centre de visionnement des images, qu'est-ce que vous faites?» Les angles de vue se succèdent, les avis divergent et une évidence s'impose: il est toujours plus simple de commenter a posteriori que de trancher in situ. Pas sûr, donc, que le système ait changé quoi que ce soit dans l'affaire du penalty accordé au FC Bâle contre le FC Sion.

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