Football

Quand le supporter quitte sa place

En France, en Angleterre et en Ecosse, des fans mécontents s’en sont pris ce week-end directement et parfois physiquement à des joueurs de football. Des incidents qui traduisent un malaise persistant dans les tribunes

Six jours après une humiliante élimination en Ligue des champions contre Manchester United, le Paris Saint-Germain retrouve ce mardi la Ligue 1 française avec un déplacement à Dijon. Contre l’antépénultième équipe d’un championnat où ils ont remporté 23 de leurs 26 matchs, Kylian Mbappé et ses camarades s’attendent vraisemblablement à obtenir la victoire. Il faudra sans doute patienter un peu plus pour le pardon de leurs supporters.

Depuis la défaite concédée mercredi soir, ils s’emploient par tous les moyens à faire entendre leur grogne aux joueurs de Thomas Tuchel, qu’ils considèrent comme les responsables numéro 1 de la débâcle. Ce week-end, à Paris comme ailleurs en Europe, le supporter de football a quitté sa place, au propre comme au figuré, pour s’imposer comme acteur là où il n’est en théorie que spectateur.

Parfois cocasse, parfois inquiétant

C’est parfois plus cocasse et surréaliste que grave ou méchant. Comme lorsque ce vendredi un homme ulcéré par des coups de sifflet défavorables à ses favoris s’est introduit sur le terrain pour s’emparer du drapeau d’un arbitre-assistant et signaler un hors-jeu lors du match entre le Stade brestois et Valenciennes (Ligue 2). Mais dans d’autres cas, l’intrus pénètre sur le terrain animé d’intentions violentes beaucoup plus inquiétantes.

Vendredi en Ecosse, un fan d’Hibernian est descendu des tribunes à la mi-temps pour s’en prendre au capitaine des Glasgow Rangers James Tavernier. Il n’est pas parvenu à lui faire du mal, mais ce nouvel incident promet de relancer les discussions autour du comportement des supporters en Scottish Premiership, une semaine après le jet d’une bouteille en verre au visage de l’attaquant du Celtic Glasgow Scott Sinclair.

Coup de poing

Dimanche en Angleterre, un homme de 27 ans s’est immiscé sur la pelouse lors du derby de Birmingham, en deuxième division, pour asséner un coup de poing au visage du capitaine d’Aston Villa, Jack Grealish, qui lui tournait le dos. «J’étais en train de me mettre en position et j’ai senti un coup sur le côté du visage, a raconté le jeune joueur anglais à l’issue du match. Il y a évidemment de la rivalité dans le football, mais je ne pense pas qu’il y ait vraiment de la place pour ça…»

Le phénomène n’est pas inédit, mais tout de même assez récent. En avril 2017, dans la foulée de l’attaque à l’explosif du car du Borussia Dortmund avant un match d’Europa League, une succession d’incidents du même genre laissait dubitative la Française Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue de football professionnel: «Des supporters qui agressent des joueurs, c’est du jamais vu dans l’histoire de la Ligue 1.»

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Ce week-end, le Paris Saint-Germain craignait ainsi le pire pour la reprise des entraînements de son équipe après la défaite concédée contre Manchester United et quelques jours de repos, tant les supporters manifestaient leur colère. Vendredi, des tags vulgaires avaient été découverts au Camp des Loges, puis le Collectif Ultras Paris a appelé les joueurs à «plus de respect, plus de combativité, plus de professionnalisme, plus d’ambition» dans un communiqué conclu d’un cinglant «achetez-vous des couilles ou dégagez».

Les excuses des joueurs

Pour des raisons de sécurité, la séance de dimanche a été délocalisée du Camp des Loges au Parc des Princes et devait se dérouler à huis clos. Mais le club a finalement décidé d’autoriser l’accès au stade à quelques centaines des ultras présents dans un souci d’apaisement. Ils ne se sont pas privés de huer les joueurs, mais ont aussi saisi l’occasion de s’entretenir avec quelques-uns des cadres de l’équipe venus pour présenter les excuses de l’équipe.

La rencontre n’a pas dégénéré même si l’atmosphère est restée tendue. Elle préfigure sans doute l’accueil que les supporters réserveront aux membres du PSG mardi soir à Dijon et plus encore dimanche au Parc des Princes contre ce grand rival que demeure l’Olympique de Marseille. Surtout, elle offre une nouvelle illustration d’un malaise persistant en tribunes, où les fans les plus investis estiment que les joueurs qu’ils encouragent leur sont redevables, tandis que les clubs les tiennent pour indispensables lorsqu’ils animent le stade, autant qu’indésirables lorsqu’ils versent dans la revendication.


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