On prend les mêmes et on recommence. A partir d'aujourd'hui samedi, et jusqu'au 14 mai, les seize meilleurs pays se retrouvent à Saint-Pétersbourg en Russie pour les championnats du monde du groupe A. On retrouve les seize équipes qui participaient à l'édition 99 en Norvège, car en hockey sur glace, le renouvellement n'est pas chose facile. Et comme chaque année, toutes les stars encore engagées outre-Atlantique dans les play-off de National Hockey League (NHL) manquent à l'appel, donnant une fois de plus à la manifestation un air de Coupe du monde de football sans Zidane ni Rivaldo.

L'une de ces stars, pourtant, a répondu présent: le Russe Alexeï Yashin, en délicatesse avec son club des Ottawa Senators depuis plusieurs mois, et qui était venu se mettre au vert à Kloten cet hiver, auprès de son mentor Vladimir Jurtsinov. Il avait brillé l'an dernier en Norvège, mais la NHL s'oppose à ce qu'il participe aux Mondiaux dans son pays. Interview de René Fasel, président de la Fédération internationale (IIHF, pour International Ice Hockey Federation), qui lutte pour défendre les intérêts de cette dernière..

Le Temps: Alexeï Yashin sera-t-il autorisé à jouer avec la Russie?

René Fasel: Ce n'est pas encore décidé. La NHL souhaiterait que sa suspension (n.d.l.r.: pour cause de contentieux financier avec son club) s'étende au-delà de l'élimination de son club, les Ottawa Senators, des play-off. Or, en vertu d'un accord entre la NHL et l'IIHF, une équipe éliminée des play-off doit mettre ses joueurs à disposition des championnats du monde. La Fédération russe a déposé un recours auprès de l'IIHF, qui a désigné un arbitre cette semaine à Zurich. Il s'agit d'un juge américain qui procèdera à des auditions ce samedi à New York et rendra son verdict dans les 72 heures.

– Sa non-participation ne ferait pas votre affaire.

– C'est clair, étant donné que les Mondiaux ont lieu en Russie, où ses supporters pourraient mal prendre la chose. Mais pendant dix ans, j'ai exercé comme arbitre. Il faut parfois faire respecter le règlement, et ce n'est pas au président de la Fédération internationale de ne pas le faire appliquer.

– En tant que président de la Fédération internationale, justement, qu'attendez-vous de ces Mondiaux?

– J'espère tout d'abord que cette situation empoisonnée se résoudra et qu'elle n'affectera pas tous les championnats. A part cela, je pense que nous aurons des championnats superbes à Saint-Pétersbourg, une ville très agréable et très belle, d'art et de culture. Le président russe Vladimir Poutine prendra part à la cérémonie d'ouverture. Il est lui-même président du comité d'organisation. Cela vous montre l'importance du hockey dans ce pays, et le souci des Russes de bien faire. Ils ont constitué une équipe très compétitive.

– Cette année, on va retrouver les 16 mêmes équipes que lors des Mondiaux de Norvège, dont le Japon, invité pour qu'il y ait un représentant asiatique. Y a-t-il encore la place pour une surprise?

– Oui. Même si la Suède, la Finlande, la Russie et la Tchéquie demeurent les principaux candidats à la victoire finale. Ensuite, il y a toujours des trouble-fêtes comme le Canada, la Slovaquie et la Suisse, ou encore la Lettonie. Il y a toujours des possibilités de surprise, même si le titre va se jouer entre les quatre grands.

– Vous le dites vous-même: «les quatre grands». Y a-t-il un lien entre ce manque de renouvellement et la baisse des audiences TV que vous déplorez régulièrement?

– On pourrait effectivement revenir à huit équipes. Mais si nous avons ouvert la compétition à seize, c'est précisément pour donner la possibilité à un outsider, comme la Suisse en 1998, de se hisser en demi-finale. Il est très difficile de trouver la bonne formule pour plaire à la télévision, d'autant que la compétition se déroule en mai, à une époque estivale où, par ailleurs d'autres sports sont très présents à la TV. On a bien étudié un changement de date, mais c'est impossible.

– Déplacer les Mondiaux en février est donc définitivement exclu?

– Oui. Nous n'aurions pas les joueurs de NHL, donc pas d'équipe compétitive d'Amérique du Nord. Enfin, les pays scandinaves ne voient pas d'un bon œil l'arrêt de leurs championnats juste avant les play-off, à cause des risques de blessures. Nous avons bien réfléchi à une formule au mois de septembre. Mais certains joueurs de NHL jouent jusqu'en juin, et ils ne sont pas chauds à l'idée de reprendre l'entraînement dès la mi-juillet pour préparer les Mondiaux.

– Vous parlez de Saint-Petersbourg, ville d'art et de culture. Finalement, à vous entendre, cette période estivale traditionnellement vue comme un handicap devient un avantage.

– Oui. A la différence du football, nous n'avons pas de hooligans dans le hockey, et après le match, les supporters se retrouvent ensemble pour boire des verres. Les Mondiaux, c'est vraiment la fête de fin de saison où tout le monde se retrouve.

– Quelles sont les principales grandes stars attendues pour ces Mondiaux?

– Pavel Bure, je l'espère, sera là cette année. Les Américains, eux, ont malheureusement toujours des réticences à se rendre en Russie, pour des raisons de sécurité. C'est du moins ce qu'ils disent. Des côtés américain et canadien, il n'y aura donc pas de grands noms. En revanche, côté européen, la présence de plusieurs joueurs de NHL est pratiquement assurée, comme chaque année.

– Présence du président russe Poutine, soucis de sécurité: ces éléments rappellent que du temps de la guerre froide, le hockey a été l'un des rares sports collectifs où les deux blocs pouvaient s'affronter, parfois violemment. Le hockey a-t-il souffert de la disparition progressive de sa dimension idéologique?

– Absolument. Maintenant que l'opposition Est-Ouest a disparu, il faudrait pouvoir susciter une rivalité entre l'Europe et l'Amérique du Nord. Car le sport vit de ces contrastes. La Ryder's Cup de golf (n.d.l.r.: Europe contre Etats-Unis) est l'exemple parfait d‘une compétition où tout un continent s'enflamme. Mais la NHL a peur de s'engager dans ce débat, parce qu'elle n'a pas les meilleures cartes en main. Mon rêve serait que le vainqueur de la ligue européenne rencontre le vainqueur de la Coupe Stanley, et que l'on puisse aussi organiser un match opposant une sélection européenne à une sélection nord-américaine.

– Il a fallu l'éclatement de l'Union soviétique puis la partition de la Tchécoslovaquie pour voir apparaître de nouvelles équipes dans l'élite (Biélorussie, Ukraine, Lettonie, Slovaquie). Est-ce à dire que seuls les bouleversements géopolitiques permettent le renouvellement du hockey?

– Oui (rire), on pourrait imaginer que le Québec fasse sécession. Il devrait commencer dans le groupe C, comme la Slovaquie, qui a ensuite gravi les échelons pour se hisser dans le groupe A. Plus sérieusement, notre sport demeure très cher et concerne surtout l'hémisphère Nord. C'est ce qui complique son développement. Même la France et l'Italie, malgré leur potentiel, souffrent de son prix élevé.