Comment battre la Grèce sur ses terres, solide favorite du groupe, lorsqu'on vient de sombrer devant le Luxembourg et de balbutier face à la Lettonie? Telle est la question prépondérante qui se pose à l'équipe de Suisse dans cette phase qualificative pour la Coupe du monde 2010. «Deux routes se présentent à nous, on verra bien laquelle nous prenons», résume le milieu de terrain Valon Behrami. Au royaume des clichés, on appelle ça la croisée des chemins. Une victoire et les actions helvétiques seront pleinement relancées; un match nul et rien ne sera tout à fait perdu; une défaite et tout s'annoncera très mal.Voilà pour la comptabilité. Ancien professeur de mathématiques, le sélectionneur Ottmar Hitzfeld cherche toutefois à assouplir la réalité des chiffres: «Quoi qu'il en soit, cette campagne est encore longue et il peut se passer beaucoup de choses.» Certes. Mais en cas de déconvenue au stade Karaiskaki, antre de l'Olympiakos Le Pirée, une éventuelle épopée sud-africaine aura du plomb dans l'aile: «Les Grecs peuvent se contenter d'un point, nous pas», abonde Valon Behrami. «Il ne s'agit pas d'avoir peur, mais la pression est sur nous. Nous devons tout faire pour gagner.»C'est-à-dire? «Marquer un but de plus que l'adversaire», diront les scientifiques. Mais encore? Pour espérer rentrer d'Athènes le sourire aux lèvres, il s'agit avant toute chose de retrouver une assise défensive, condition sine qua non pour exister dans le football contemporain. Or, l'arrière-garde suisse affichera un visage très expérimental. Privé de Patrick Müller, qui n'a pas encore fait son nid du côté de Monaco, de Philippe Senderos, dont la constitution souffre autant à Milan qu'à Londres, de Johan Djourou, commotionné samedi à Saint-Gall, et de Steve von Bergen, perclus de douleurs dorsales, Ottmar Hitzfeld n'a pas le choix: Stéphane Grichting et Mario Eggimann formeront la défense centrale.Le premier, honnête employé de l'AJ Auxerre et bonhomme compétent dans les duels en «un contre un», ne brille ni par sa rapidité, ni par son sens du placement; le deuxième, capitaine respecté à Karlsruhe ces dernières saisons, est devenu un second couteau en manque de repères depuis son transfert à Hanovre. Surtout, leur expérience commune se limite à quarante-cinq minutes devant la Lettonie samedi, et à quelques matches en sélection M21 «il y a sept ou huit ans». «Ce n'est pas un problème», coupe Eggimann, peu désireux de développer le sujet. «Même si elle est due à plusieurs forfaits, cette titularisation représente une chance pour moi. Et puis défendre, c'est la tâche de toute l'équipe.»Pas de quoi rassurer son monde, surtout lorsque se profilent des adversaires aussi percutants que Charisteas, auteur d'un doublé samedi devant la Moldavie, Gekas ou Samaras. Attaque d'un journaliste, mardi dans les salons feutrés d'un hôtel athénien: «Franchement, pensez-vous pouvoir tenir le choc avec une telle défense?» Riposte d'Ottmar Hitzfeld, qui en a vu d'autres: «Bien sûr. Je fais totale confiance aux joueurs que j'aligne. Ce match est spécial pour chacun d'entre nous. Si nous voulons aller en Afrique du Sud, tout le groupe doit repousser ses limites et, d'après ce que je ressens ces derniers jours, tout le monde est prêt à le faire.»Il le faudra, avec ou sans Tranquillo Barnetta, touché à une cuisse. «Face à la Lettonie, nous évoluions dans des circonstances difficiles», poursuit l'Allemand. «Dans le jeu, avec un peu plus de confiance, je suis persuadé que nous serons meilleurs.» Les consignes? Rester compacts. Tirer le maximum de soi. Prêter une attention toute particulière aux coups francs et corners, «la grande force des Grecs». Et puis, comme dit Mario Eggimann, «montrer qu'on est une bonne équipe».Oui, c'est l'endroit choisi, le moment idoine. Face au scepticisme exprimé par le monde extérieur, Ottmar Hitzfeld a tenu son rôle de pilier, de paravent mauvais. Question: «Une défaite signifierait-elle l'élimination pour la Suisse?» Réponse: «De toute ma vie, je n'ai jamais envisagé une défaite avant un match.» Relance: «Quand, en tant que coach, avez-vous abordé un match à quitte ou double pour la dernière fois?» Contre: «Je ressens cette même pression avant chaque match, cela fait partie de ma philosophie. La pression, c'est moi qui me l'impose. Je cherche à obtenir le meilleur résultat possible, tout le temps.» Le meilleur résultat possible est vivement recommandé ce mercredi. «On ne peut pas perdre, ce match peut et doit nous montrer la voie», répète Valon Behrami. En d'autres termes: surnager au Pirée, et puis mettre le cap vers de fructueux lendemains.