L’œil du court

Ces surprises qui n’en sont pas

Si Roger Federer et Rafael Nadal montent en puissance à l’US Open alors que les éternels espoirs ont encore déçu, c’est parce que les Grands Chelems sont des tournois à part, estime Marc Rosset dans sa chronique au «Temps»

Après deux premiers tours assez bizarroïdes, les choses semblent rentrer dans l’ordre pour Roger Federer. Face à Tiafoe et Youzhny, il s’était embarqué dans des matches en cinq sets alors que rien ne le justifiait vraiment. Quand vous menez 6-1 4-2 contre un adversaire (Youzhny) qui ne vous a pris que trois sets en quinze matches, ça ne doit normalement pas arriver.

Ces baisses de régime sont liées à ses problèmes de dos. Je ne suis pas dans son corps mais je ne pense pas qu’il ait vraiment mal. C’est surtout un problème d’appréhension. Cela m’est arrivé une fois à la Hopman Cup. Le dos se bloque. Après, ça se décoince mais il reste un doute parce que vous savez que si ça revient, vous êtes cuit. Et le problème, c’est qu’on ne sait pas quel mouvement peut raviver la douleur. Alors on se retient un peu, on réfléchit davantage et on se pollue le cerveau avec ça.

Dans ses deux premiers matches, Roger Federer a commis 56 et 68 fautes directes; c’est typique d’un joueur qui n’y est pas mentalement.

Pour son troisième match, je l’ai vu plus concentré, il se déplace mieux. Feliciano Lopez y a aussi contribué: l’Espagnol a un jeu simple et direct qui lui convient bien. En plus, il donne beaucoup de points et n’a quasiment pas réussi un passing de revers.

Un tableau digne d’un ATP 250

«Rog'» est là et, comme d’habitude, les Zverev, Kyrgios, Dimitrov, Tsonga n’y sont déjà plus. Pour moi, ce n’est pas une surprise parce que c’est toujours la même chanson. A Melbourne et à Wimbledon, on avait déjà promis les pires difficultés à Federer et un tableau d’enfer. On veut faire de jeunes joueurs qui ont bien joué dans un tournoi préparatoire de potentiels vainqueurs. C’est de la foutaise!

Un tournoi du Grand Chelem n’a rien à voir avec un Masters 1000. Regardez Alexander Zverev: il gagne Rome en battant Djokovic et perd derrière au premier tour à Roland-Garros, il bat Federer en finale à Montréal et se fait sortir ici au deuxième tour par Coric. Pour moi, la seule vraie surprise est l’élimination de Marin Cilic, même s’il n’avait pas joué depuis Wimbledon et même si Diego Schwartzman a fait un super match.

Les multiples forfaits avant cet US Open et les sorties de route de quelques outsiders montrent que derrière, il y a des trous. J’aime bien le jeune russe Andrey Rublev, à qui j’avais donné une wild-card en 2015 à Genève, mais il est dans le haut du tableau avec Nadal et Federer. Le bas du tableau, lui, ressemble à un ATP 250. Bon allez, disons un premier tour de Grand Chelem. N’importe qui peut en sortir.

Comme ils doivent tous se dire que c’est la chance de leur vie, ça risque de se jouer dans la tête, ce qui donne un petit avantage aux plus expérimentés, comme Kevin Anderson ou Sam Querrey.

L’ITF est fautive, pas Murray

Je ne fais pas partie de ceux qui reprochent à Andy Murray d’avoir déclaré forfait au tout dernier moment et je ne crois pas un instant qu’il l’ait fait exprès pour placer Federer et Nadal dans la même moitié de tableau (et ainsi en priver un des deux de 480 points ATP). Vous pensez sérieusement qu’il n’a que ça à faire? Non, je crois qu’il a tout tenté pour jouer, qu’il s’est sans doute senti mieux mais qu’en augmentant les charges d’entraînement à mesure que le début du tournoi approchait, sa douleur à la hanche s’est réveillée.

Il est normal qu’il ait tenté sa chance. J’en veux davantage au règlement stupide de l’ITF qui stipule qu’en cas de forfait de l’une des quatre premières têtes de série, la numéro 5 la remplace. Pourquoi ne pas simplement décaler tout le monde d’un rang? Federer serait passé numéro 2 et aurait basculé dans l’autre moitié de tableau. Aucun match n’avait encore été joué et tout le monde aurait pu rêver d’une finale Federer-Nadal, place de numéro un mondial en jeu.

Au lieu de ça, on risque de se retrouver avec un Nadal-Querrey ou un Federer-Anderson. Le tournoi et le tennis y perdront au change.

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