Ce fut, de l'avis de beaucoup, un séminaire «enrichissant». Un «brainstorming» des dirigeants des clubs de Ligue nationale, destiné à réamorcer le dialogue après les dissensions apparues autour de la réforme du championnat, il y a dix-huit mois, mais aussi à évoquer l'avenir du football suisse. Réunis pendant deux jours dans les locaux zurichois de la Fédération internationale de football, les participants ont pu écouter les comparaisons internationales de Gerry Boon, le patron du «Business Sports Unit» de la société Deloitte & Touche, l'un des plus grands spécialistes de l'économie du ballon rond en Europe. Puis exprimer leurs idées. Au terme de ce week-end à huis clos, le directeur de la Ligue nationale, Edmond Isoz, revient sur les grands enjeux abordés.

Concentration ou régionalisation?

«Le football suisse a le choix entre deux philosophies. Soit il continue d'avoir deux ou trois équipes compétitives au niveau européen, comme la plupart des petits pays. Soit il considère la participation à ces Coupes d'Europe comme une cerise sur le gâteau et non comme une obligation. C'est tout le débat entre les tenants d'une concentration des moyens et les partisans de la représentation d'un maximum de régions dans l'élite suisse. Gerry Boon et les présidents de clubs de ligue nationale A se sont clairement exprimés ce week-end en faveur de la première option.» Si des ligues supranationales voient le jour (lire Le Temps du 1er février), il est important que des clubs suisses se montrent au niveau international pour attirer des sponsors. D'autant que notre football n'a pas à rougir de son niveau, au regard de ses moyens financiers. D'après l'analyse de Deloitte & Touche, il est même l'un de ceux qui ont le mieux résisté à l'arrêt Bosman, sur le plan des résultats.»

La «supranationalisation» du football

«La Ligue nationale n'a pas pris position sur ce sujet, mais je rejoins l'opinion exprimée il y a quelques années par l'ancien président du FC Sion, Christian Constantin: pour survivre sur le plan international, les petits pays doivent dépasser leurs cadres nationaux. Aujourd'hui, les droits TV créent un fossé croissant entre les cinq grands pays européens (ndlr: Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie) et les autres. Prenez l'exemple de la Juventus de Turin: 40% de son budget est assuré par la vente des droits de retransmission de ses matches, grâce notamment au «pay per view» (la télévision à péage). En Suisse, on estime le marché télévisuel à 4, voire 5 millions d'habitants. Ce n'est pas viable. Ce n'est pas non plus très logique qu'un club de deuxième division italienne soit plus puissant économiquement qu'un grand club suisse.

» Dans ce contexte, on peut tout à fait imaginer que certains de nos clubs participent à une compétition comme la Ligue atlantique (ndlr: le projet de championnat supranational étudié par des clubs belges, danois, néerlandais, écossais, portugais et suédois). L'Union européenne de football (UEFA) est opposée pour l'instant à ce type de championnats. Mais les économistes estiment leur création inéluctable, pour éviter que le football d'élite ne se limite à cinq pays.»

L'organisation de la Ligue nationale

«Les experts estiment que la structure professionnelle minimale d'une organisation telle que la Ligue nationale doit comprendre quatre managers: un responsable du marketing, un professionnel de la communication, un spécialiste des finances et un chargé de la compétition. Or, aujourd'hui, ces tâches sont assumées par une seule personne.» Les représentants des clubs ont confirmé leur volonté de voir l'organisation et la structure de la Ligue nationale professionnalisées. Celle-ci aura davantage de compétences. Nous allons sans doute renforcer notablement notre personnel, en commençant par engager un spécialiste du marketing et un autre de la communication.»

Quelles mesures concrètes?

«Ni le nombre de clubs ni la formule actuelle du championnat suisse n'ont été évoqués. Cela dit, le cas du Danemark est intéressant: après avoir supprimé la barre (ndlr: qui détermine les participants au tour final pour le titre et au tour de relégation au terme d'une phase qualificative), la première division danoise a vu son nombre de spectateurs diminuer de 35%.» Nous attendrons l'élection du nouveau président de la Ligue nationale (ndlr: probablement Jean-François Kurz), le 6 avril, pour discuter d'éventuelles mesures. Nous devrons être attentifs à la fois à l'évolution de la situation financière des clubs suisses et au nivellement par le haut du football européen. L'UEFA s'apprête à introduire une licence que les clubs devront posséder pour disputer les compétitions européennes. Or, aujourd'hui, seuls trois ou quatre clubs suisses répondent aux critères prévus, tels que la qualité du stade et les garanties financières pour la saison suivante. C'est insuffisant.»