En l'espace de trois jours, le FC Servette livrera deux batailles d'une importance capitale: la première sur la pelouse de Tourbillon en Coupe de Suisse samedi prochain, la seconde dans le cadre plus feutré de l'étude de Me Dominique Warluzel le mardi 26 octobre. Les chances de succès apparaissent plus incertaines face aux représentants de la Fondation du Stade de Genève qui, à l'évidence, seront plus difficiles à manœuvrer que les footballeurs sédunois de la Challenge League.

Depuis la nuit du 21 au 22 février 2004 où Marc Roger avait convaincu ses interlocuteurs genevois de lui remettre le contrôle de la Société d'exploitation du Stade de Genève (Sesge), rien ne va plus entre les deux parties. Après huit mois d'un dialogue de sourds, cette réunion de la dernière chance risque fort de déboucher sur un constat d'échec. De part et d'autre, l'incompréhension est totale. Le repreneur estime avoir été floué dans cette reprise de la Sesge: «Il n'y a pas de recettes possibles! L'Event Center ressemble à un garage et les règles en vigueur ne permettent pas que des concerts puissent se dérouler au-delà de vingt-deux heures!», se lamente Marc Roger. Ulcéré, il poursuit: «Apparemment, il y a deux poids et deux mesures. Lors de l'Euro 2004, les écrans géants sur l'esplanade du Centre commercial ont attiré bien souvent dix mille personnes pour des soirées festives qui n'étaient pas silencieuses.»

De leur côté, les responsables de la Fondation rétorquent: «Marc Roger n'a pas découvert l'Even Center le jour où il a signé. Pourquoi tenait-il tant à reprendre en urgence la société d'exploitation? Nous étions disposés à lui laisser le temps de la réflexion. Lorsqu'il a rencontré des problèmes, comme dans l'affaire de l'annulation du concert de Florent Pagny, il n'a pas cherché le dialogue. Nous aurions pu obtenir les autorisations nécessaires. Il suffisait de frapper à la bonne porte. En huit mois, il n'a jamais répondu à un seul de nos courriers.»

Certes, le contact est rétabli depuis l'entrée en scène de Me Warluzel. Pour avoir exercé la présidence du club en 1990, ce dernier connaît mieux que quiconque les aleas de cette fonction. Il sait aussi qu'il y a plus à perdre qu'à gagner dans l'aventure. Il a toujours plaidé pour le retour au semi-professionnalisme. Aujourd'hui, le très médiatique juriste genevois défend un client qui joue la montre, fait de l'obstruction. Il ne manquera pas, lors de la réunion de la semaine prochaine, de déstabiliser la partie adverse en recourant à des formules choc. Ainsi, il rappellera que la Société d'exploitation n'est pas viable économiquement. Plutôt que de la pénaliser en lui imposant des charges fixes, il faut redéfinir les règles du jeu. Me Warluzel prend pour exemple les accords passés entre les firmes commerciales qui travaillent sous licence avec Alain Delon Diffusion SA: «Celles-ci paient des royalties pour autant qu'elles gagnent de l'argent avec le produit! C'est exactement le même cas de figure avec la Seges et la Fondation.» A noter que le siège de la société du célèbre comédien français est situé dans le même immeuble que l'étude de l'avocat genevois.

Un brin provocateur, Me Warluzel n'exclut pas le pire, soit le dépôt de bilan ou même la faillite de la Société d'exploitation: «Rien n'empêcherait le FC Servette de jouer ses matchs dans un autre stade!», ajoute-t-il. Mais la vraie menace n'est pas là. C'est l'existence même du club qui est en cause. Jusqu'à quand Marc Roger et ses partenaires accepteront-ils de perdre mois

après mois des centaines de milliers de francs? Ils donnent déjà de premiers signes d'essoufflement.