Dommage pour Kim Clijsters qui, à force de prendre du recul, n'avance plus, ou si peu, battue en cadence par Justine Henin (6-3 6-2). Dommage surtout pour Nicole Vaidisova, nouvelle curiosité du tennis, un jeu mirifique et un destin classique: origines ouvrières, apprentissage de l'hostilité chez Nick Bollettieri, éleveur de blondes valeureuses, des humeurs chipies, 17 ans seulement.

Au moment de servir à 5-4 dans le deuxième set, la Tchèque a brusquement compris qu'elle ne serait jamais plus une néophyte (5-7 7-6 (7/5) 6-2). Tout est devenu facile pour Svetlana Kuznetsova, 21 ans, descendante d'une longue lignée de coureurs cyclistes - vingt records du monde pour la mère, une médaille d'argent olympique pour le père. Depuis son sacre inattendu à l'US Open, la Russe était retournée à son anonymat, pour n'en sortir que brièvement, un mois plus tard, à l'occasion d'un contrôle positif à l'éphédrine. L'imprudente a bredouillé quelques explications plausibles entre ses dents cerclées de fer. De toute façon, le tournoi, non officiel, échappait à la juridiction de la WTA.

Svetlana Kuznetsova a beau gagner, elle demeure l'éternelle invitée surprise, celle que personne n'attend et, surtout, jamais à pareille fête. Peu enjouée, peu déroutante, elle est la moins glamour et la moins médiatisée - pléonasme? - de ses compatriotes, dont elle n'a ni la plastique ni les appétences. Manque de chance, son triomphe à l'US Open est passé totalement inaperçu, en pleine prise d'otage de Beslan. Jamais Wladimir Poutine, depuis, n'a pensé à l'honorer de la poignée de main rituelle.

Sous son bonnet de laine, ses airs absents et ses raideurs de mère supérieure, Svetlana Kuznetsova serait pourtant la plus humaine des poupées russes. Après son triomphe à l'US Open, l'élève d'Aranxta Sanchez a offert une bonne partie de la dotation à son père, afin qu'il puisse construire la piste de cyclisme dont il a toujours rêvé. Samedi, elle disputera une seconde finale du Grand Chelem. Un exploit inattendu.