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Le «swiss made» des événements sportifs

Le 70e Omega European Masters de Crans-Montana débute jeudi et revendique un «petit truc en plus» qui séduit sportifs et sponsors. Ce n’est pas la seule manifestation en Suisse à se sentir à part

Dans l’immense tente médias installées en plein centre de Crans-sur-Sierre, Yves Mittaz ne se drape pas de fausse modestie pour décrire l’Omega European Masters de golf, qui se déroulera de jeudi à dimanche. «Notre tournoi est unique», s’enthousiasme le directeur. Il y a son ancienneté: la compétition, qui a vu le jour en 1939, sera organisée pour la septantième fois cette année sur le même parcours. Seul le Masters d’Augusta, disputé dès 1934, peut s’enorgueillir d’une histoire plus longue. Il y a aussi le soleil, qui brillerait 300 jours par an selon les habitants du coin. Mais ce n’est pas tout: le tournoi valaisan aurait ce petit truc en plus qui pousse les entreprises à s’engager et les sportifs à répondre présent.

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La semaine dernière, le patron d’Athletissima Jacky Delapierre tenait un discours comparable à celui d’Yves Mittaz dans «Le Temps»: les sponsors ne se défilent pas et les athlètes viennent avec plus d’entrain qu’ailleurs au meeting lausannois. Quelque temps auparavant, c’est le directeur des tournois de tennis masculin et féminin de Gstaad Jean-François Collet qui livrait un discours du même ordre. En matière de montres, de chocolat et de fromage, le label «swiss made» est synonyme de qualité; réputé à l’échelle internationale. En irait-il de même pour les événements sportifs?

Communauté de destin

Les plus importants du pays s’affichent en tous les cas en communauté de destin. Créée en l’an 2000, l’association Swiss Top Sport regroupe 21 des plus grandes manifestations sportives du pays et se bat pour leur obtenir les meilleures conditions-cadres possibles. Car, selon la structure, ces événements sont «un moteur pour l’économie suisse» et «contribuent considérablement à l’image de leurs régions et de la Suisse entière». Mais le soutien des pouvoirs publics n’est pas nécessairement à la mesure de l’engagement des sponsors et de la réputation auprès des sportifs.

A Crans-Montana, le budget de 12 millions de francs est couvert à 59% par des partenaires privés, que l’Omega European Masters fait tout pour fidéliser. Cela semble fonctionner: le sponsor-titre a prolongé le contrat qui le lie à l’événement jusqu’en 2022. «C’est une fierté, a assuré le président de l’horloger Raynald Aeschlimann en conférence de presse. Ce tournoi représente les valeurs de notre marque: qualité, fidélité, précision.»

Côté participation, l’European Masters a réuni un joli plateau emmené par l’Anglais Danny Willett, vainqueur l’an dernier et numéro 10 mondial. Surtout, certains joueurs font le forcing pour venir, à l’image de l’Américain Stewart Cink, un ancien du top 10. «Il nous a spontanément contactés pour dire qu’il souhaitait participer, se réjouit Yves Mittaz. Il paie son billet d’avion. Il voulait découvrir notre tournoi.» Et sa démarche n’est pas inédite: son compatriote Patrick Reed (actuel 14e mondial) avait fait pareil en 2015.

En famille

Les organisateurs se réjouissent de ce succès mais ne s’en étonnent plus. «Dans la majeure partie des tournois, les joueurs logent à l’hôtel et doivent compter 45 minutes de voiture pour se déplacer jusqu’au parcours, illustre Yves Mittaz. Ici, ils se déplacent à pied. A proximité directe du golf, ils trouvent des magasins, des bars, de la musique.» Un peu comme à Gstaad, où beach-volleyeurs et joueurs de tennis profitent de l’atmosphère d’une station huppée entre leurs rencontres. Comment combiner séjour de plaisance en altitude et compétition sportive. «Ça joue un rôle, nous assurait Jean-François Collet, rencontré avant son tournoi féminin en juillet. D’ailleurs, je remarque que beaucoup de ceux qui viennent régulièrement au Swiss Open (masculin) sont des joueurs mariés… Leurs épouses apprécient vraiment l’atmosphère et cela les incite à revenir.» Yves Mittaz fait le même constat en Valais que dans l’Oberland bernois: «A Crans-Montana, les joueurs viennent souvent en famille. Et nous avons un service qui s’occupe des activités avec les joueurs, des visites, des randonnées.» Troquez la montagne contre le lac et l’argument tient aussi pour Lausanne. «Personne n’embête les athlètes, ils peuvent aller manger une glace au bord du lac, faire un footing à Vidy. Jenna Prandini, médaillée du 4x100 m à Rio, m’a dit qu’elle avait découvert un paradis.»

Le «swiss made» des événements sportifs capitalise sur la tranquillité suisse et des sites de compétition idéalement situés. Mais il n’est pas question de se reposer sur le charme du paysage. «Chaque année, le but est de progresser dans trois directions, confie Yves Mittaz. Pour les athlètes, pour les sponsors, et pour le public. Car tout est lié.» Le trou numéro 13, qui ne présentait que peu d’intérêt golfique, a ainsi été repensé globalement il y a quelques années: il a été réaménagé pour stimuler davantage les participants; un espace VIP a été mis en place; une tribune publique a été installée autour du green.

Cette année, les habitués découvriront un parcours sans réaménagement majeur, mais dans un état «parfait», garantit Yves Mittaz. Le «swiss made», c’est aussi le soin apporté à la finition.

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