Sion 2026

Swiss Olympic fait face aux critiques

Jürg Stahl, président de Swiss Olympic et vice-président de la candidature valaisanne à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver en 2026, défend Jean-Philippe Rochat, mis en cause par «L'illustré»

Dans le train des pendulaires qui les conduisait tôt mercredi matin à une séance d’information avec la presse romande à Lausanne, Jürg Stahl, président de Swiss Olympic, et Roger Schnegg, directeur, ont certainement lu L’illustré.

L’hebdomadaire romand publie cette semaine une enquête du journaliste Christian Rappaz, lauréat du prix Jean Dumur en 2016 pour son travail sur la FIFA. L’article, titré «Sion 2026, grabuges en coulisses», liste plusieurs faits, connus ou révélés, que l’on peut qualifier de gênants pour les promoteurs de la candidature olympique Sion 2026.

L’étude d’avocats Kellerhals Carrard dont Jean-Philippe Rochat, le président du comité de candidature, est l’un des associés, est citée dans les Panama Papers. Fondée par François Carrard, ancien directeur général du CIO, elle compterait toujours le Mouvement olympique comme l’un de ses principaux clients, ce qui pose des questions de conflit d’intérêts.

Lobby suisse au CIO?

L’illustré rappelle que, dans un courrier adressé au président du CIO, le maire de Montréal (ville qui a renoncé à porter candidature) a dénoncé la présence de quatre membres suisses du CIO au sein de la task force de Sion 2026 (Gian-Franco Kasper, président de la Fédération internationale de ski, René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace, Patrick Baumann, secrétaire général de la Fédération internationale de basket, Denis Oswald, membre du comité exécutif du CIO).

Autre grief: le salaire de Jean-François Rochat serait de 500 000 francs par an (montant donné au conditionnel sur le site web du magazine romand), celui du vice-président de la task force Thomas Troger de 356 200 francs. Bref, «la candidature valaisanne pose plus de questions qu’elle ne convainc», résume l’hebdomadaire.

L’illustré bouclant le lundi après-midi et ayant eu la correction de contacter Jean-Philippe Rochat, celui-ci répliqua avant la parution en expliquant dans Le Nouvelliste daté de ce mercredi que si l’ancienne étude Carrard & Associés est effectivement mentionnée dans une liste des Panama Papers, celle-ci date de mai 2016. Il rappelle que «l’optimisation fiscale est légale» et que «l’étude a travaillé en conformité avec la Loi fédérale sur le blanchiment d’argent.»

Un débat passionnel

Ces explications semblent suffire à Jürg Stahl. D’emblée, le président de Swiss Olympic coupe court à toute spéculation. Jean-Philippe Rochat doit-il démissionner? «Non. Il n’y a aucune raison. Il a accompli jusqu’ici un énorme travail sous une forte pression. Nous connaissons tous ses mandats, tout est transparent, nous avons confiance en lui.» Jürg Stahl dément également le montant de 500 000 francs de salaire pour Jean-Philippe Rochat. «Il est prévu qu’il reçoive 100 000 francs pour 2018 et 220 000 francs pour 2019, pour un travail à plein temps.»

L’UDC zurichois, président du Conseil national jusqu’à lundi, semble vouloir jouer la transparence face à cette «tentative de déstabilisation.» Même si «25 ans de politique [lui ont] appris à affronter tous ces gens qui veulent d’abord vous expliquer pourquoi ce n’est pas possible», Jürg Stahl a conscience que le dossier Sion 2026 est très sensible et que la bataille se jouera sur le plan émotionnel.

Selon Swiss Olympic, certains arguments des opposants à la candidature valaisanne relèvent de l’irrationnel. Les multiples casquettes et possibles conflits d’intérêts des promoteurs du dossier? «La Suisse fonctionne sur le système de milice. Dans un pays aussi petit que le nôtre, il est illusoire de trouver des experts qui n’auraient pas d’autres activités», répond Jürg Stahl. Le poids des Suisses au CIO? «Vous pensez que les Américains n’ont pas aussi leurs réseaux?», rétorque Roger Schnegg. Le directeur de Swiss Olympic rappelle que si la candidature de Sion va jusqu’au bout, «les membres suisses du CIO n’auront pas le droit de voter».

Le soutien des Européens

En juin 1999, Gian-Franco Kasper présidait la FIS, René Fasel l’IHHF, Sepp Blatter la FIFA, Denis Oswald la Fédération internationale des sociétés d’aviron. François Carrard était directeur général du CIO, dont Marc Hodler était un membre à vie. Cela n’avait pas empêché Turin d’être désigné au premier tour par 53 voix contre 36.

Le soutien à la candidature suisse, Jürg Stahl et Roger Schnegg l’ont ressenti début novembre à Prague à une réunion des comités olympiques nationaux. «Les Européens et même les Nordiques nous soutiennent», s’étonne Jürg Stahl. Pour tous ces pays, la candidature suisse a du sens. Le sens de l’Histoire. «En 1948, la Suisse a organisé les premiers Jeux après la guerre dans une Europe à terre. Nous pouvons cette fois organiser les premiers Jeux qui rénoveraient les valeurs de l’olympisme.»

«Notre projet est le plus avancé de tous, reprend Roger Schnegg. Il reste des points à régler concernant le tremplin de saut à skis, l’anneau de patinage de vitesse et bien sûr les questions de sécurité. Pour estimer les coûts, nous avons fait appel aux meilleurs experts, parfois même à double, et toujours calculé l’option la plus onéreuse. Le budget opérationnel est solide. Après, bien sûr, personne ne peut dire ce que sera la situation mondiale en 2026.»

Les critiques sont constructives

La question la plus récurrente reste la couverture d’un éventuel déficit, surtout s’il est lié à l’explosion des coûts de sécurité. «On peut démolir tous les projets en disant «oui, mais si…», s’emporte Jürg Stahl. Dans la vie, il n’y a pas de garantie. Pourquoi on ne discute jamais des effets positifs? Un million de Suisses qui regardent émus Dominique Gisin parler au téléphone à son grand-père après sa médaille d’or à Sotchi, cela vaut quoi? Nicolas Bideau explique qu’Expo 02 a donné naissance à une génération d’artistes.»

Certes. Mais le milieu olympique a trop souvent menti, trop souvent déçu pour être cru sur parole. «L’échec de Sion 2006 est encore présent dans les esprits», reconnaît Jürg Stahl. Pour passer la rampe du vote populaire, le 10 juin 2018 en Valais, Swiss Olympic mise sur les anciens sportifs (qu’elle mobilise actuellement) et la majorité silencieuse. «Ceux qui sont pour Sion 2026 doivent aussi se faire entendre.»

«Nous sommes conscients qu’il y a un gros travail à faire pour convaincre, conclut Roger Schnegg. Dans ce sens, les critiques nous aident à nous améliorer.»

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