Portrait

Sylvain Gaeng, surfeur philanthrope

Passionné par le surf et l’océan, le sportif est à la tête de Ride for the Cause depuis neuf ans, un événement caritatif de stand-up paddle. Une manière de surfer en Suisse en récoltant des dons pour son ONG, Waves for Development

Lorsqu’il évoque l’océan, les yeux de Sylvain Gaeng se mettent à pétiller. Il s’anime, le ton de sa voix et ses expressions transpirent une passion qui l’habite au plus profond de lui. «Observer l’océan sur une plage m’absorbe complètement. Par l’énergie qu’il dégage, par le fait que dans l’instant présent, il change tout le temps. Chaque vague est unique. Face à un tel spectacle, le temps s’arrête et je pourrais passer des journées entières à le regarder sans m’en rendre compte!»

Embarqués par son récit, on l’imagine aisément ne faire qu’un avec cet élément qui le fascine, l’électrise, l’ensorcelle. «La vague est le deuxième système énergétique naturel le plus puissant du monde. Il y a une telle force, une telle puissance qui propulse le surfeur… c’est à la fois magique et effrayant. Il faut vraiment avoir un bon mental et un bon physique.»

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Le surf comme vecteur éducatif

Pourtant, Sylvain Gaeng n’a jamais aussi peu assouvi sa passion depuis qu’il a fondé l’ONG Waves for Development en 2008 et l’événement Ride for the Cause en 2009. Tout commence lors d’un voyage en 2006, dans le petit village péruvien de Lobitos. Il y fait la connaissance de Christian, un surfeur américain, et tous deux font l’amer constat que très peu d’habitants du village ne sont à l’eau avec eux. De rencontre en rencontre, ils sont une centaine de surfeurs à partager ce point de vue.

Pendant plusieurs mois, ils échangent alors leurs idées par le biais d’un groupe Google, par e-mail et par Skype. Convaincus par le modèle du volontourisme, ils mettent en commun leurs compétences et choisissent d’utiliser le surf comme vecteur éducatif. Ils mettent donc sur pied le programme de l’ONG, qui inclut des cours d’anglais, de préservation de l’environnement et de surf notamment.

La vague est le deuxième système énergétique naturel le plus puissant du monde. Il y a une telle force qui propulse le surfeur… c’est à la fois magique et effrayant

Sylvain Gaeng

Ils sont finalement huit à se retrouver au Pérou en 2008 pour la fondation de Waves for Development (Water Adventure Voluntourism Education Sustainability). «Ce qui est intéressant, c’est que nous avons créé une ONG purement digitale. Nous n’avions communiqué que par Internet et nous nous sommes rencontrés pour la première fois pour le lancement de notre programme. Et ça fonctionne depuis plus de dix ans!»

L’éducation et l’environnement

De retour en Suisse, Sylvain Gaeng se met à la recherche financements. Il pense tout de suite à utiliser le surf pour créer un événement caritatif. A cette époque, le stand-up paddle n’avait fait qu’une timide apparition dans la contrée lémanique, encore bien loin de sa cote de popularité actuelle. Le pétillant personnage décide alors de s’en servir et de mobiliser «l’esprit et le mode de vie» du surf pour créer un événement lui permettant de lever des fonds et sensibiliser ses concitoyens au programme de son ONG.

Ride for the Cause naît ainsi en 2009, avec un seul paddleur, une trentaine de personnes et quelques centaines de francs récoltés pour WAVES for Development. Dès l’année suivante, Sylvain Gaeng invite l’organisation suisse Summit Foundation, qui deviendra bénéficiaire des dons dès 2013, et apporte ainsi une cohérence environnementale à son événement.

Autrui avant tout

De bouche à oreille, l’événement grandit de manière exponentielle. Pour sa 8e édition l’année dernière, il a réuni 1000 paddleurs, 5000 participants et récolté 45 000 francs. Et chaque fois, un thème et un défi différents pour rassembler tout ce monde au sein d’une communauté de partage. «Une vraie communauté de surfeurs, sans laquelle rien n’aurait été possible», ajoute Sylvain Gaeng. Il tient à préciser que depuis la première édition de l’événement, l’intégralité des fonds récoltés est reversée aux deux associations, quels que soient les frais d’organisation, toujours plus importants.

Passion et travail sont les deux valeurs qui font avancer le dynamique organisateur. Engagé corps et âme dans le développement de ses projets, il n’a plus de temps pour profiter de la passion qu’il promeut. «Ride for the Cause, c’est mille heures de travail annuelles pour moi, soit quatre mois et demi à plein-temps. Je les fais sur mes week-ends et sur mes nuits, à côté de mon emploi à 100%. C’est beaucoup de sacrifices, mais j’ai ça en moi, ces projets m’animent complètement et j’ai la chance d’être soutenu par ma famille.» Sylvain Gaeng peut également compter sur le dévouement de plusieurs personnes à l’année, et de plus de 200 aides le temps du week-end de l’événement, le tout de manière entièrement bénévole.

Sa flamme, le Pérou

A l’écouter raconter ses nombreuses anecdotes, on se dit alors que ses années passées à bourlinguer sur les plages du monde, à flirter avec la puissance de l’océan, l’ont façonné à l’image de cet élément qui le fascine tant. Et lorsqu’on lui demande pourquoi le Pérou, une autre lueur se met à scintiller dans ses yeux. «Je suis arrivé à Lobitos un peu par hasard. J’ai été très bien accueilli par un groupe de locaux, qui m’ont prêté une planche. J’y suis donc resté un moment… et j’ai rencontré Monica, qui est ma femme depuis maintenant vingt ans.»


Ride for the Cause, 26-27 août à la plage du Pierrier à Montreux.


Profil

1997 28 novembre, rencontre avec sa femme, Monica.

2006 Naissance de l’idée de Waves for Development au printemps.

2008 En février, lancement à Lobitos du programme de Waves for Development.

2008 Naissance de son premier fils, Mathis.

2009 1re édition de Ride for the Cause, le 20 juin.

2010 Naissance de ses jumeaux, Jeremy et Patrick.

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