Oui, les petits bateaux qui vont sur l'eau ont des ailes. Ou du moins certains. Comme le très attendu catamaran révolutionnaire Syz & Co. Après une gestation plus longue et plus difficile que prévu, ce prototype lémanique a enfin vu le jour. Arrivé par les airs - suspendu à un hélicoptère - à la Société nautique de Genève, c'est également en l'air - suspendu à une grue devant la terrasse du club genevois - qu'il a été baptisé hier soir par Alain Prost.

Ce catamaran de 35 pieds, qui flotte et qui vole, est un bijou technologique dessiné par Marc Van Peteghem du cabinet français VPLP, concepteur des grands trimarans océaniques français et du multicoque d'Oracle destiné à l'hypothétique duel avec Alinghi. «L'idée était de développer un nouveau concept de multicoque polyvalent, à savoir capable de fonctionner à la fois selon le principe traditionnel d'Archimède et en mode vol avec le corps hors de l'eau. Cela afin de pouvoir participer à des régates et tenter de battre des records», raconte Patrick Firmenich, l'un des quatre propriétaires de l'engin.

Cette idée, soulevée par quatre amis qui voguent sur le Léman depuis des années et avaient envie d'explorer des voies nouvelles, a donné des cheveux blancs à Marc Van Peteghem. «C'était un exercice extrêmement difficile. Et, par moments, j'ai eu des doutes quant à notre capacité à réaliser ce projet, concède l'architecte français. Nous sommes partis d'une vraie feuille blanche. Nous savons faire des bateaux qui flottent, nous savons faire des bateaux qui volent, mais nous n'avions jamais essayé les deux à la fois. Or là, l'objectif était de concevoir un bateau polyvalent pouvant participer à une régate normale avec 3 nœuds de vent et capable ensuite, au fur et à mesure que les airs augmentent, d'adapter sa géométrie afin de voler complètement au-dessus de l'eau.» Le bureau d'architectes, en collaboration avec l'ingénieur Clemens Dranfeld de la Fachhochschule Nordwest Schweiz, a planché pendant de longs mois, étudiant toutes les solutions possibles et testant de nombreuses configurations avant d'opter finalement pour un catamaran à foils (ailes) verticaux qui se replient sur la coque par petit temps.

«Ce bateau se rapproche à la fois de la F1 et de la haute horlogerie, insiste Patrick Firmenich. Chaque pièce a nécessité une grande réflexion afin d'assurer solidité et légèreté.» Car qui dit envol dit légèreté. Le poids a donc été l'ennemi numéro un des concepteurs de ce voilier high-tech dont la plate-forme a été réalisée au chantier Psaros et les fameux foils construits par Yvan Ravussin. Ce bateau innove à tous les niveaux. Même sa garde-robe est inédite. North Sails, tenant compte du fait que le bateau vole, a en effet utilisé une méthode, développée par Edouard Kessi et Gérard Gauthier, qui permet de faire des voiles beaucoup plus légères.

La complexité de ce catamaran révolutionnaire a retardé sa naissance de plusieurs mois. «Il est assemblé, c'est déjà une bonne chose, se réjouit Alex Schneiter, membre de l'heureux quatuor de propriétaires. Mais il reste encore quelques petites pièces clés à terminer avant de pouvoir le mettre à l'eau fin octobre.» Commencera alors une longue et délicate mise au point. «Je pense qu'il va fonctionner, mais que le mode d'emploi va être long à découvrir et à maîtriser», insiste encore Marc Van Peteghem.

Même si aucun objectif chiffré de vitesse ne figurait au cahier des charges, les concepteurs de ce voilier hybride estiment qu'il devrait pouvoir monter jusqu'à 35-40 nœuds. Ce qui est énorme si l'on songe que la vitesse maximale d'un D35 se situe autour de 24 nœuds.

Dans les sports mécaniques, la quête de vitesse a un prix. Souvent élevé. Il n'est pas certain que l'on connaisse un jour celui de Syz & Co. Une donnée que ses propriétaires ne souhaitent pas dévoiler pour l'instant.