Documentaire

«Tandems», une confiance aveugle

Un documentaire relate la relation qu’entretient un guide de ski pour aveugles et malvoyants avec son binôme. Plein d’humanité, il offre au spectateur la possibilité de prendre la place de ceux qui ont dû se passer de leurs yeux pour dévaler les pentes enneigées

C’est une voix profonde. Elle vous enveloppe dès les premières images. Et vous niche dans un cocon apaisant malgré la succession d’ombre et de lumière qui heurte votre rétine. «Gauche, droite, laissez aller». Deny Eggiman est guide au sein du Groupement romand de skieurs aveugles et malvoyants (GRSA). Vêtu de sa veste rouge, il dévale une pente à toute vitesse entre les sapins. Derrière lui, Anne, silhouette souple et légère habillée de jaune suit son ombre et ses consignes.

Le documentaire Tandems, relate la relation qu’entretient ce guide de ski pour personnes handicapées de la vue avec ses binômes. Tourné en une quinzaine de jours répartis sur deux saisons en Valais, le moyen métrage de 52 minutes présente 12 protagonistes handicapés que Deny Eggiman, également coproducteur du film, a choisis.

Certains sont aveugles de naissance, d’autres ont perdu la vue, d’autres encore la perdent peu à peu. «Chacun vit donc son expérience de façon différente. Il y a eu de grands moments d’émotion», se souvient Cyril Delachaux, réalisateur neuchâtelois.

Expérimentation visuelle

Cela fait plus de dix ans qu’une relation d’amitié lie Deny Eggiman à Cyril Delachaux. «Un jour, en 2013, il m’a proposé de créer un court métrage au sujet d’un baptême de l’air en parachute de personnes en situation de handicap», relate ce dernier. Le résultat, sans prétention pour l’auteur, porte déjà des signes d’expérimentation visuelle que l’on retrouve dans Tandems.

Car au-delà d’être un documentaire, ce film est une expérimentation. A travers des images prises avec de faibles profondeurs de champs sur lesquelles la netteté demeure au premier plan, le spectateur est invité à se mettre dans la peau de ces aveugles ou malvoyants pour lesquels le fait de skier incarne une forme de pied de nez à leur handicap.

Chaque protagoniste a pour point commun de partager les vertiges de la glisse avec Deny, cet homme bienveillant dont on ne percevra jamais le visage. «De fil en aiguille, ne pas voir le personnage principal a été le concept du film», précise Cyril Delachaux qui s’est lui-même (comme à son habitude) chargé à la fois de l’image, du son et du montage de sa création.

Un schuss d’enfer

Les relations humaines se passent de regards ou de gestuelle. Seule la voix compte. Son intonation aussi. Et il y a le contact entre les êtres: simple, honnête et affectueux. Deny n’est pas qu’un guide. Non seulement il devient au fil des dénivelés dévalés un confident, mais il prête son regard à ceux qui en sont dépourvus. Il rassure lorsque le duo s’approche d’une tache d’ombre. La vue dont il jouit est partagée et décrite.

Comme toute relation, chaque tandem est différent. Et la manière de guider varie selon le handicap de la personne. Le guide se place devant le malvoyant, mais derrière l’aveugle. Toutefois, avec Max, c’est autre chose. Lui, c’est côte à côte avec Deny qu’il aime prendre de la vitesse. L’objectif de ce jeune massothérapeute, aveugle de naissance, est de battre son propre record de vitesse (88,4 km/h) en schuss sur une piste de Thyon avec pour seul repère la main de Deny dans la sienne.

Voir clair

Chacun a une confiance totale dans le guide. Ça n’a pas été tout de suite facile pour Anne qui avant d’être malvoyante était elle-même guide. Sportive accomplie, cette Valaisanne partageait sa passion du ski et de la montagne avec des personnes handicapées jusqu’au moment où un accident de parapente la propulse, de l’autre côté, «chez les jaunes». Depuis, elle combat et cherche un sens à son existence. Faute de voir, ses yeux pleurent. Mais le ski et Deny la consolent.

En pénétrant en partie dans l’univers obscur de la cécité, on découvre que le noir, aux yeux des handicapés de la vue, n’existe pas. Au contraire, il serait empreint d’une clarté étonnante. On apprend que, pour eux, les montagnes enneigées brillent aussi. On confirme le fait qu’une grande gamelle à ski ne fait du bien à personne, mais qu’en revanche, une bière après la journée sur les pistes passe bien pour tout le monde. A travers Tandems, le ski est avant tout un sport d’équipe.


 


Avant-premières en présence du réalisateur et de protagonistes du film: 

  • Lausanne, Oblò, le 30 octobre à 19h
  • Neuchâtel, Bio, le 31 octobre à 20h30
  • Sion, Capitole, le 5 novembre à 20h30
  • Genève, Bio, le 6 novembre (heure à déterminer)
  • Monthey, Plaza, le 12 novembre à 19h 
  • Vevey, Rex, le 15 novembre à 19h 
  • Martigny, Casino, le 19 novembre à 18h30 
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