La décision de l'IAAF de réduire la suspension de Javier Sotomayor n'est pas un cas unique dans l'histoire récente de l'athlétisme. La sprinteuse suédoise Ludmila Engquist, qui prétendait en 1995 que son ex-mari avait ajouté des produits dans ses repas, et le spécialiste du 400 m haies Danny Harris, gracié en 1994 après avoir fait usage de cocaïne, ont également bénéficié de la clémence du fameux Conseil de la Fédération internationale. Mais cette décision n'en constitue pas moins une catastrophe pour l'image du sport, et de l'athlétisme en particulier. En justifiant la requalification de Sotomayor par son simple palmarès, mais aussi en acceptant hier de réduire de moitié la suspension pour usage de nandrolone de la discobole brésilienne Elisangela Adriano, championne des Jeux panaméricains, les dirigeants ont ouvert la voie à une dangereuse dérive. «Tu es célèbre, tu peux obtenir un passe-droit. Tu es «petit», n'espère absolument rien…»

Au-delà du débat sur les vertus dopantes de la cocaïne, c'est aussi toute la crédibilité de l'IAAF et de son nouveau président qui en prend un grand coup. Dans un sport poursuivi depuis longtemps par les rumeurs de dopage, les dirigeants mondiaux ne pourront plus reporter la responsabilité de l'inconséquence dans l'application des sanctions sur les fédérations nationales, accusées à raison de traîner les pieds quand il s'agit de suspendre leurs champions.

Enfin, et surtout, cet épisode fait tache au lendemain de la validation du test de dépistage de l'EPO par le CIO et des experts médicaux. Alors que le signal envoyé aux tricheurs depuis Lausanne était fort, l'IAAF leur déplie le tapis rouge. C'est triste.

F. D.