De Jonzac en Charente-Maritime, le Tour a entamé jeudi sa remontée vers Paris. Ça sent l'écurie. L'épreuve est jouée et la lassitude domine dans le peloton et parmi les suiveurs. L'arrivée jeudi à Poitiers, après 187 kilomètres de transition, annonce l'ultime contre-la-montre qui se déroulera samedi autour du Futuroscope. A l'image des machines que les coureurs chevaucheront, les bâtiments du «temple de la science» frappent par leurs formes audacieuses. Symboliquement, la halte sur ce site dévolu à l'évolution technologique questionne sur la place du progrès dans le vélo.

«Je n'ai observé aucune innovation marquante sur ce Tour», regrette Antoine Vayer, directeur d'une structure de recherche pour athlètes de haut niveau et entraîneur cycliste. Ce Français passe pour un marginal dans le milieu. Lui-même se définit comme un «intello du vélo». Il n'est pas tendre avec la famille, dont il se distancie: «Le conservatisme et la frilosité dominent et freinent le développement et la diffusion de l'innovation.»

Antoine Vayer évoque avec délice le début des années 90, quand le cyclisme connut un boom de l'expérimentation technologique. Les épreuves contre-la-montre constituaient le terrain privilégié pour procéder à des tests. Nouveaux matériaux, cadres futuristes induisant des positions aérodynamiques, roues lenticulaires ou au rayonnage réduit, casques profilés donnant aux coureurs des allures d'extra-terrestres: les innovations fusaient, non sans provoquer la controverse. L'équité entre coureurs était menacée, estima le milieu. Au nom de l'égalité des chances, les instances du cyclisme décidèrent de rendre plus sévères les normes d'homologation des bicyclettes. Dernier pas dans cette direction, l'Union cycliste internationale (UCI) a la volonté d'uniformiser la forme des vélos en l'an 2000. «Au risque de réduire à néant les progrès accomplis en matière d'ergonomie», s'inquiète-t-il.

Les avis d'observateurs européens et américains concordent: les technologies les plus prometteuses ne concernent pas la mécanique des bicyclettes, mais l'accès des coureurs à une meilleure connaissance de leurs performances. «La télémétrie fera fortement évoluer le cyclisme ces dix prochaines années», pronostique Antoine Vayer. Des instruments électroniques miniatures placés sur le vélo (un pédalier expérimental a été développé par le chercheur allemand Uli Schoberer) ou sur le corps du cycliste (cardio-fréquence mètre) sont reliés, par ondes, à des ordinateurs. Ces «puces» donnent à lire, à distance, des informations en continu sur le comportement et la performance du sportif. «C'est un vaste champ d'expérimentation, qui nous éloigne du dopage», se persuade Antoine Vayer.

Plutôt qu'augmenter artificiellement ses performances, le coureur gagnerait à connaître parfaitement son corps pour en tirer le maximum: c'est le pari d'Antoine Vayer, pourfendeur redouté du dopage sur le Tour après avoir découvert la tricherie chez Festina où il fut entraîneur durant trois ans: «Je place tous mes espoirs dans la nouvelle génération de coureurs et d'entraîneurs. A quelques rares exceptions, seuls les jeunes qui démarrent dans le peloton sont ouverts à faire le saut qualitatif.»