Place aux choses sérieuses... Après deux petites années de matches amicaux et un Euro 2008 «long» de quatre jours, l'équipe de Suisse retrouve l'inimitable parfum de la compétition, ce samedi soir à Tel-Aviv. L'entrée en matière, dans ces éliminatoires pour la Coupe du monde 2010, aurait certes pu s'annoncer moins périlleuse. Mais une victoire initiale, face à l'un des autres favoris du groupe - la Grèce, la Lettonie, la Moldavie et le Luxembourg complètent le plateau -, aurait le mérite de placer la Nati sur de bons rails avant la réception des modestes représentants du Grand-Duché mercredi à Zurich. «Je voue un immense respect à cette équipe d'Israël, très forte à domicile, sans doute la meilleure qui ait jamais été alignée, mais je suis optimiste», déclare le sélectionneur Ottmar Hitzfeld. «Nous voulons aller en Afrique du Sud et il est très important d'entamer cette campagne par un résultat positif.»

Dans le hall marbré de l'hôtel Hilton, où demeurent staff, joueurs et dirigeants, les touristes arborent leurs tenues de bain en dégustant des fruits frais. A travers la baie vitrée, une Grande bleue à 28 degrés fait de l'œil aux derniers estivants. «L'une des principales difficultés, ici, c'est ce contraste permanent entre le climat qui vous entoure et le fait qu'il y a un match hyper-important à disputer», signale en connaissance de cause Alexandre Comisetti, auteur du but qui avait permis à Grasshopper d'accéder à la Ligue des champions en 1995, aux dépens de Maccabi Tel-Aviv. «Parce qu'entre la chaleur, la mer et les paréos, tout vous rappelle les vacances», ajoute le consultant de la Télévision suisse romande.

Manifestement, la délégation helvétique s'est prémunie contre tout risque de relâchement intempestif. «Dans son premier discours, Ottmar Hitzfeld nous a prévenus qu'il n'y aurait aucune excuse, explique Blaise Nkufo. Nous sommes des professionnels, tous très concernés par l'objectif, et ce n'est pas la chaleur ou l'humidité qui vont y changer quelque chose.» Le buteur de Twente, l'un des plus efficaces ces dernières saisons aux Pays-Bas, peine à trouver ses marques au sein de l'équipe de Suisse. Samedi soir, il risque une fois de plus de se retrouver esseulé en pointe. «En tant que seul rescapé de l'attaque (ndlr: Mauro Lustrinelli est tout de même venu en renfort), il est vrai que j'endosse pas mal de responsabilités», poursuit-il. «Mais ça fait plaisir d'être là dès le début de la campagne, de monter sur un bateau à quai plutôt que de le rejoindre en plein océan. Et de toute façon, l'équipe doit s'exprimer d'une seule voix, pour marquer des buts comme ne pas en prendre.»

Attaquer, défendre... L'éternel dilemme du footballeur qui aimerait tant gagner mais ne veut surtout pas perdre. La Suisse se contenterait-elle du point de la parité? Le bilan d'Israël à domicile depuis 2001 - 15 victoires, 12 nuls et 3 défaites, dont une contre la France à Palerme - n'incite pas à la gaudriole. «On entre toujours sur un terrain pour gagner», assure pourtant Ludovic Magnin, capitaine en l'absence d'Alexander Frei. «On se rappelle évidemment qu'avec un match nul ici (ndlr: 2-2 le 9 octobre 2004), nous avions fini par nous qualifier pour le Mondial 2006. Mais, non, je ne signerais pas pour un point. On vient pour en prendre trois, c'est pour ça que nous avons bossé avec autant d'intensité toute cette semaine.»

Ottmar Hitzfeld ne s'est naturellement pas trop épanché quant aux méthodes envisagées afin de décrocher le jackpot. Mais le dispositif attendu, en 4-4-1-1, laisse entendre que la mission première, avant de lancer un éventuel contre fatal, consistera à ne pas se découvrir, à juguler les élans du détonateur Yossi Benayoun et de ses partenaires. «Nous l'avions oublié deux fois à l'époque, cela ne devra pas se reproduire», reprend le Vaudois. «Avec un tel public dans son dos, Israël est capable d'électriser le match. A nous de couper le courant, parce que si ça marche pour eux, ça peut faire beaucoup de bruit et devenir l'enfer dans ce stade. A l'inverse, les spectateurs peuvent vite céder à la déception...»

Afin de refroidir les 40 000 poitrines de l'enceinte Ramat Gan - il ne restait que quelques billets à écouler vendredi -, Ottmar Hitzfeld prône une «concentration maximale» afin de limiter les pertes de balle déplorées face à Chypre le 20 août dernier, et une «grosse compacité dans l'alignement» afin de réduire les espaces vitaux. «Si nous parvenons à rester bien organisés derrière tout en nous projetant rapidement vers l'avant lorsque nous récupérerons le ballon, alors, nous aurons de grandes chances de battre Israël», prophétise l'Allemand.

Un scénario qui serait accueilli comme une catastrophe nationale du côté de Tel-Aviv. Les médias locaux, qui n'y vont pas avec le dos de la cuillère, ont d'ores et déjà décrété qu'une défaite de leurs protégés équivaudrait à la fin de leurs espoirs de qualification. Cette pression populaire peut-elle rendre service à l'équipe de Suisse? Tout en espérant que oui, Ottmar Hitzfeld rappelle qu'il ne faut pas exagérer l'importance de cette rencontre; que, quoi qu'il advienne, il y en aura bien d'autres; que les choses sérieuses ne font que commencer.