Valeureux centenaire, le Tour semble éternel. Cela n'empêche pas les temps de changer. La première étape de l'édition 2003 s'est élancée dimanche de Montgeron, dans l'Essonne (sud de Paris), là où la grande aventure avait commencé, le 1er juillet 1903. Devant le Réveil Matin. Cette auberge traditionnelle, symbole de l'éveil de toute une nation au cyclisme, s'est muée en un hideux pub tex mex le 16 décembre dernier.

«Il a fallu s'adapter aux critères économiques de notre siècle, s'excuse Roland, le directeur des lieux. La cuisine du terroir ne fait plus recette.» Nostalgiques s'abstenir. Rarement le mauvais goût n'a trouvé plus parfaite expression. La façade, orange et mauve, donne le vilain ton. L'intérieur, où cohabitent fort mal tristes briques, boiseries sombres, banquettes lie de vin en faux cuir et parois aux coloris – rose bonbon, vert pistache, jaune canari – grotesques, parachève le tableau. L'harmonie a manifestement pris des vacances.

Le carrefour à l'intersection des routes de Corbeil et de Melun, où est sise la verrue, est reconnaissable, lui. Dans le décor, seuls les képis de la gendarmerie nationale et les uniformes des membres d'une fanfare entonnant la «Marseillaise» paraissent d'époque. La foule, bien plus compacte qu'en 1903, les yeux rivés sur le peloton, fête ses héros avec ferveur. L'accueil chaleureux et bon enfant que réserve le public aux coureurs est rassurant. Les temps changent, mais la passion demeure.