Cela devait être une grande fête. Ce fut un drame. La nuit de mercredi était attendue comme celle du renouveau d'un champion. Elle restera peut-être comme la nuit de sa dernière apparition sur les terrains. Ronaldo retournait sur un terrain après une longue absence. Cent quarante-trois jours depuis son opération au tendon rotulien du genou droit, le 30 novembre dernier, qui se voulait une intervention destinée à mettre un terme aux ennuis à répétition du Brésilien qui, à 23 ans, présente un dossier médical plus fourni que de nombreux retraités: opération à la rotule droite en 96, problèmes au genou gauche et un mystérieux malaise lors du Mondial 98, plusieurs semaines de repos forcé en 99 pour une douleur chronique aux tendons rotuliens.

Mais, en ce 12 avril, les tifosi et la planète football allaient enfin retrouver le «joueur» Ronaldo qui, depuis deux ans, avait fait place à un homme surexposé médiatiquement, objet publicitaire plus qu'athlète. «Ronaldo» n'était plus qu'une marque déposée. Dans l'inconscient collectif, il était devenu impalpable, une sorte de personnage de cartoon, un mythe qui, pour un spot publicitaire, n'avait pas hésité à prendre la place du Christ de Corcovado. Son visage et son sourire d'adolescent étaient partout sauf sur un terrain de football et l'occasion de le revoir un ballon entre les pieds réjouissait tout le monde.

Le cœur des tifosi n'aura battu que 6 minutes et 12 secondes. 22h00, 13e minute en seconde mi-temps, l'entraîneur Marcello Lippi décide que le moment est venu de confronter Ronaldo avec la réalité du terrain. Le Brésilien a les yeux qui brillent. Ces derniers mois, il a passé plus de temps avec son physiothérapeute personnel qu'avec sa jeune épouse Milene. Des heures et des heures à effectuer de fastidieux exercices de gymnastique isométrique, des doubles séances quotidiennes de piscine et de musculation.

En foulant la pelouse, il se signe. Trois fois. 22 h 07, Ronaldo enchaîne les feintes dont il a le secret, jusqu'à un double passement de jambes qui lui sera fatal. En prenant un appui, seul, il s'effondre comme un pantin. Un hurlement transperce la nuit. Il se tient le genou, le visage déformé par la souffrance. Certains joueurs s'approchent, baissent la tête et comprennent aussitôt. C'est grave. Le tendon recousu a lâché. Plus tard, l'arbitre Pellegrino déclarera avoir entendu «un violent craquement».

Le charisme de l'ex-Ballon d'or est plus fort que les rivalités entre supporters et lorsque la civière l'évacue, un cœur repris par le stade entier s'élève du Stade Olympique: «Ronaldo, Ronaldo.» Un rare moment d'œcuménisme. Dans les vestiaires, Ronaldo continuera de crier sa douleur tandis que les téléphones portables crépitent: les amis, les managers, les sponsors veulent savoir. Après avoir joint au téléphone le professeur Saillant – le chirurgien qui l'a opéré –, le médecin de l'Inter, Piero Volpi, décide que Ronaldo rentrera dans le même avion que l'équipe.

Après une courte nuit à son domicile milanais où ses parents et son épouse l'attendaient en larmes, Ronaldo s'est envolé hier pour Paris à bord d'un jet privé. A 13 h 40, il entrait dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière. A 16 h, après avoir effectué une résonance magnétique, le diagnostique du professeur Saillant tombe comme un couperet: «Rupture du tendon rotulien déjà opéré en novembre. Ronaldo sera réopéré à 18 h 40.»

Le drame personnel de Ronaldo a ému l'Italie. Evidemment, ce triste épisode est loin des tragédies qui affligent la planète. Néanmoins, la chute d'un héros est aussi épique que ses moments de gloire. L'émotion s'accompagne de questions pertinentes. Etait-il raisonnable de prendre le risque de faire jouer Ronaldo si tôt? La première intervention chirurgicale était-elle un échec? Le Ronaldo médiatique va donc de nouveau éclipser l'athlète Ronaldo. D'autres hôpitaux l'attendent, d'autres interviews de football virtuel, d'autres doutes et de soupçons sur le mal dont il souffre.