Le ski en Suisse, le football au Brésil, le vélo en France, etc. Chaque sport a plus ou moins son ou ses pays de prédilection. Pour le golf, c'est l'Ecosse. Pas étonnant dans ces conditions que le numéro un européen soit né à Glasgow, en 1963, et qu'il ait grandi sur l'un des plus célèbres parcours des îles Britanniques. Fils du secrétaire du golf de Royal Troon, Colin Montgomerie avait un destin tracé entre les fairways sablonneux et les bunkers impressionnants de ce terrain.

Le Temps: Comment avez-vous commencé le golf?

Colin Montgomerie: Mon père était un amateur «standard» et c'est très naturellement que je l'ai suivi sur le parcours, à l'âge de 5 ans. Très vite il s'est aperçu que j'avais du talent. Mais je n'avais pas encore d'ambition dans le golf. Je restais un pur amateur. Puis je suis parti aux Etats-Unis, où j'ai étudié le droit à l'Université de Houston. Je ne faisais pas partie du groupe des «golfeurs universitaires», mais je les battais régulièrement. Alors, à 24 ans, après avoir obtenu mon diplôme, j'ai pensé à passer professionnel car j'avais quelque chose en main et je pouvais me permettre d'échouer en tant que golfeur.

– Pensez-vous donc que la plupart des joueurs sont trop pressés de passer pro?

– Absolument. Ils ne se laissent aucune chance de revenir en arrière, ils veulent gagner de l'argent trop vite. C'est aussi une question d'éducation. Personnellement, je vais pousser mes enfants vers les études, je ne veux pas d'un autre golfeur dans la famille et je ne les encouragerai pas dans cette voie.

– Revenons sur votre saison 1999. Avez-vous atteint vos objectifs?

– Oui. Chaque année, mon unique objectif est de m'améliorer. Comme pour les douze années précédentes, j'y suis parvenu. Ce n'est pas quantifiable, cela ne se lit pas sur ma moyenne de scores, c'est uniquement un feeling qui m'est personnel. Je pense que je peux progresser encore quatre ans, après je vais décliner…

– N'êtes-vous pas fatigué de jouer en Europe?

– Pas du tout. J'ai défendu six fois consécutivement mon titre à l'Ordre du Mérite et je m'apprête à recommencer en 2000, avec la même motivation. J'espère simplement être plus chanceux dans les tournois majeurs. Si je gagne, tant mieux, sinon, tant pis. Je ne me mets pas de pression, malgré ce que tout le monde pense à ce sujet.

– Ces dix dernières années, quels ont été les principaux changements sur le circuit?

– Le niveau général s'est élevé, qu'il s'agisse des tournois, des joueurs, du sponsoring, etc. Les joueurs sont de plus en plus motivés, il faut dire qu'il y a tellement d'argent.

– Dans ce contexte, comment jugez-vous le développement du World Tour?

– Il est excellent. Nous avons eu trois superbes tournois en 1999. Il y en aura quatre en 2000. Et je pense que nous nous dirigeons vers un circuit qui ressemblera à celui de l'ATP Tour. Comme au tennis, nous pourrions avoir neuf tournois de haut niveau, les Super 9, et quatre tournois majeurs. Il faut donner la possibilité aux meilleurs joueurs d'être plus souvent confrontés les uns aux autres. C'est très bon pour le golf en général et pour l'Europe en particulier.

– On dit de vous que vous êtes un joueur très agressif, toujours à l'attaque.

– C'est partiellement vrai. Je cherche souvent le drapeau, mais quand les circonstances le permettent. Comme mon swing est très régulier, je peux prendre plus de risques qu'un joueur moins fiable. Et comme je maîtrise bien les effets, je peux toujours éviter la partie dangereuse du trou et du green.

– Quels joueurs vous impressionnent-ils le plus?

– Tiger Woods est dans une phase incroyable. Je pense que lors de ces cinq derniers mois, il a mieux joué que n'importe quel golfeur de l'ère moderne. Même Jack Nicklaus n'a pas connu une telle période de réussite. Son succès est incroyable eu égard à la compétitivité des tournois d'aujourd'hui. Sergio Garcia est aussi excellent. C'est bon pour le jeu qu'il y ait un équilibre entre l'Europe et les Etats-Unis. Le Vieux Continent a prouvé qu'il pouvait présenter une nouvelle génération de golfeurs. Je suis persuadé qu'il y a quelque part en Europe un gars de 15 ans qui est la star de demain. On le connaîtra bientôt, et il battra mon record et celui des autres.

– En dehors du golf, que faites-vous?

– Je consacre beaucoup de temps à ma famille, même si je sais que c'est insuffisant. Ma grande fille se rend compte de mes absences et elle en souffre. J'essaie de lui expliquer et d'être le plus souvent avec elle. Cinq à six fois par année ma famille voyage avec moi sur les tournois, mais c'est difficile à gérer avec un enfant de 18 mois. En termes de sport, je fais un peu de fitness à la maison, pour contrôler mon poids. Et c'est tout.

– Vous avez une nouvelle passion: l'architecture de golf. Parlez-nous en un peu.

– C'est vrai qu'au travers de ma

société, Nairn Design, je développe actuellement douze projets dans le monde. Le premier de mes parcours sera inauguré en septembre 2000, à Dubaï: Emirates Hills, un complexe 6 étoiles! Je travaille en collaboration avec la chaîne Westin Hotels et Sheraton. Cela représente aujourd'hui 20% de mon activité. Et puis, j'ai joué tellement de mauvais trous dans ma carrière que j'ai une assez bonne idée de ce qu'il ne faut surtout pas faire. Mes designers favoris sont Jack Nicklaus, Robert Trent Jones Jr, Pete Dye, Tom Fazio et Donald Ross. J'ai appris beaucoup en jouant leurs parcours. J'adore ce nouveau job, car ça va me permettre de laisser un nom sur quelque chose. C'est important pour moi.

– Comment procédez-vous pour élaborer un parcours?

– On commence par repérer le terrain par hélicoptère. Puis on va marcher pour voir la végétation. Quand c'est possible! A Dubaï, c'est extraordinaire car le désert laisse une liberté totale de dessin. En fait, l'habileté est de travailler avec la nature et pas contre elle. Une fois que les travaux sont finis, il faut qu'elle revienne imposer sa force.

– Dans le fond, avez-vous toujours autant de plaisir à jouer au golf?

– De plus en plus. Il y a quelques années, je ne pensais qu'au business. Aujourd'hui, même si mes affaires restent ma priorité, le jeu gagne en importance, le plaisir est là. Et quand la réussite suit, c'est encore meilleur!