«Viens voir, c'est le deuxième mondial qui s'échauffe.» Le petit ramasseur de balle, avec le t-shirt rouge des bénévoles, s'enthousiasme. Ses yeux brillent de fierté. Il peut côtoyer l'élite mondiale. Certes Ricky Molier, Laurent Giammartini ou David Hall ne sont pas aussi connus que Pete Sampras ou André Agassi, mais dans leur sport ils figurent parmi les meilleurs. Depuis mardi et jusqu'à dimanche, le 13e Swiss Open de tennis en fauteuil roulant accueille en effet, au Centre sportif du Bois-des-Frères à Vernier, une épreuve phare dans la saison du tennis handicap. L'étape genevoise, avec son prize-money de 16 000 dollars (dont 1900 dollars pour le vainqueur, soit 3200 francs suisses), est un des tournois les plus importants au monde, juste derrière le British Open et l'US Open. Sur les 91 participants, 27 sont inscrits en tableau Open, dont huit joueurs classés parmi les dix premiers mondiaux.

Peut-on considérer ces derniers comme de véritables professionnels? «Le tennis en fauteuil roulant est un sport à part entière. On peut même en vivre», répond Sybille Bonvin, directrice du tournoi. David Hall, troisième de la hiérarchie mondiale, n'hésite pas un instant: «Je suis un professionnel. C'est mon travail. Je voyage cinq mois par année. Je m'entraîne quotidiennement jusqu'à trois heures: deux sont consacrées au tennis et une à la condition physique.» L'Australien termine à Genève sa tournée européenne. Parti de Sydney il y a sept semaines, il en est à son septième tournoi d'affilée! Dimanche dernier, il s'est imposé à Vienne. La semaine prochaine, il rentrera enfin chez lui pour se préparer aux deux importants rendez-vous de fin d'année: l'US Open en septembre et les Paralympics, du 18 au 29 octobre prochain.

Depuis le début de l'année, il a accumulé 25 500 francs de gain. Une bagatelle en comparaison aux millions de dollars que gagnent les meilleurs tennismen de l'ATP-Tour. David Hall le sait: «Je joue pour gagner et parce que j'aime jouer. Pas pour l'argent.» Le Français Laurent Giammartini, actuellement huitième de la hiérarchie mondiale, mais numéro un de 1990 à 97, consacre lui aussi trois heures par jour à son sport favori. En déplacement depuis le 5 juillet dernier, il vient de passer par Paris, Nottingham, puis Vienne: «Nous sommes des pros dans le sens où nous faisons ce sport à plein-temps, dit-il. Mais au niveau financier, nous ne gagnons pas de grosses sommes.» En fait, grâce aux sponsors, il est entièrement équipé et couvre ses frais de déplacement – environ 37 500 francs par année –, mais il ne se considère pas pour autant financièrement comme un professionnel: «Le sport m'a aidé à surmonter mon handicap. Je suis autonome, je voyage, je peux faire le tour du monde et rencontrer beaucoup de gens. Mais, à la fin de l'année, il ne me reste pas grand-chose.»

Laurent Giammartini, qui pratique le tennis en fauteuil roulant depuis 1980 – le premier tournoi officiel a eu lieu aux Etats-Unis en 1977 –, a constaté une énorme évolution de son sport ces dernières années. D'ailleurs, depuis le 1er janvier 1998, la Fédération internationale de tennis en fauteuil roulant (IWTF) est même intégrée à la Fédération internationale de tennis (ITF). Le tennis devient ainsi le premier sport dont la Fédération réunit joueurs valides et invalides: «Nous sommes de plus en plus nombreux sur le circuit, dit le sociétaire du club de Toulon. Le jeu s'est énormément accéléré, le matériel a également subi de grandes améliorations. Par contre, médiatiquement, nous sommes peu considérés. Nous sommes encore loin du jour où une finale sera télévisée en direct.» David Hall ajoute sur le niveau de jeu qu'«il est de plus en plus difficile de gagner car le nombre de bons joueurs a augmenté» et sur les médias qu'«une plus grande exposition télévisuelle amènerait de l'argent».

Le Swiss Open permet en outre aux meilleurs joueurs nationaux de se confronter à l'élite. «La différence existant entre nous et les meilleurs, c'est comme le jour et la nuit, explique Ivano Boriva, 96e mondial. Ils nous sont largement supérieurs dans tous les domaines: technique, puissance, déplacement de la chaise.» Pourquoi venir à Genève? «Même si on ne passe qu'un tour, c'est très stimulant de se comparer aux meilleurs», répond l'Italien. Si le tennis en fauteuil roulant est une excellente façon de se réinsérer dans la vie sociale, pour tous ces athlètes, de toute évidence, c'est un véritable sport.