Le monde du sport suisse n’avait pas anticipé le mouvement. Mercredi, lors d’une conférence de presse du Conseil fédéral, Viola Amherd a adressé une passe en profondeur aux disciplines qui peuvent se pratiquer dans le respect des recommandations sanitaires, en suggérant qu’elles pourraient redémarrer dès le début du mois de mai. Le tennis, le golf, l’athlétisme et quelques autres se savent en excellente position. Reste à marquer le goal, et il n’y a pas de temps à perdre.

D’ici au lundi 27 avril, les fédérations nationales sont invitées à envoyer à l’Office fédéral du sport (OFSPO) un concept présentant leurs modalités de reprise en vertu des règles en vigueur (distance, hygiène, interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes). Ces projets doivent comprendre entre autres «une évaluation générale des risques, une réglementation vis-à-vis des voyages, des arrivées et des départs, ainsi que les dispositions prévues en matière d’entraînement», précise Swiss Olympic au Temps. Ils devront être approuvés par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et l’OFSPO. Il est ensuite attendu que le Conseil fédéral annonce, le 29 avril, quelles disciplines pourront reprendre dans l’enchaînement, au début de mai.

L’athlétisme en confiance

Swiss Olympic laisse le soin aux différentes disciplines de faire leurs preuves. Mais les plus «corona-compatibles» sont logiquement celles qui n’impliquent ni contact ni proximité trop importante entre les pratiquants et qui permettent de les «tracer» comme on le ferait pour des denrées alimentaires. Les arts martiaux ou les sports collectifs posent davantage de problèmes, même si la perspective d’un assouplissement des mesures d’interdiction a déjà convaincu le comité central de l’Association suisse de football de repousser sa décision finale sur l’arrêt définitif de tous les championnats amateurs.

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Mais le message d’espoir a été particulièrement apprécié dans les milieux qui se savent en première ligne. «C’est vraiment un développement positif, applaudit le directeur de Swiss Athletics, Peter Bohnenblust. Chez nous, les coureurs à pied n’ont jamais dû arrêter leurs entraînements individuels, mais on entrevoit maintenant la reprise dans les stades. Nous avons de bonnes chances de convaincre. Il est tout à fait possible de s’entraîner à 2 mètres de distance les uns des autres, par groupe de cinq au maximum, et à plusieurs groupes bien distincts, dans des espaces délimités, au sein d’un même stade.»

Constat similaire pour le tennis, où il faudra se passer des matchs en double mais où les simples laissent les adversaires à bonne distance l’un de l’autre, ou encore le golf, où les joueurs s’élancent à quatre au maximum, avec une heure de départ fixe, et la possibilité de se tenir à l’écart sans soucis.

Pas de «high-five»

Il y a des problématiques partagées par toutes les disciplines qui se remettent en ordre de marche, celle des espaces partagés et des vestiaires, notamment. «Ils resteront fermés s’il le faut», tranche Peter Bohnenblust, au diapason des autres responsables consultés. «Chez nous, il y a aussi la question de la réception, qui gère par exemple les réservations en direct. Nous travaillons à installer un système informatique en remplacement. Pour la sécurité de tout le monde, il faut que les personnes puissent arriver, jouer et s’en aller en se croisant un minimum», note Michèle Antipas, présidente du Tennis Club Stade-Lausanne, qui dispose de 19 courts à Vidy.

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Mais chaque sport a aussi ses propres défis à relever, notamment au niveau de la manipulation du matériel. Au tennis comme au golf, les balles concentrent une bonne partie de l’attention. «Il y a cette idée que chacune pourrait être précisément identifiée et réservée à un joueur», poursuit Michèle Antipas. C’est une exigence à laquelle Swiss Olympic rend attentives les fédérations qui rédigent leur concept de reprise, dans un document officiel: il s’agit de «privilégier l’utilisation de matériel privé» et de garantir «que le matériel devant être utilisé sera désinfecté et que suffisamment de matériel sera disponible pour permettre à chaque personne de disposer de ses propres engins pendant l’entraînement».

Il y aura aussi, bien sûr, un certain nombre de petites habitudes à modifier le temps que dureront les mesures liées à la pandémie. Impossible de se serrer la main en fin de partie, ni de claquer des high-five pour se féliciter d’un coup brillant. Mais ce sont des concessions que les sportifs sont prêts à faire pour retrouver le terrain. «Le sport est bien plus qu’un simple exercice physique, martèle Swiss Olympic. Pour de nombreuses personnes dans notre pays, cela revêt également une grande signification sociale, surtout en ces temps particuliers et difficiles.»