«J'ai perdu six fois contre lui, mais avec votre support, je pourrai le battre.» Dans son français particulier, l'ex-Canadien-Anglais Greg Rusedski s'est trompé lorsqu'il a été invité à évoquer sa rencontre face à Pete Sampras après avoir disposé du Russe Evgueni Kafelnikov en demi-finale. Il n'a en effet pas eu besoin du soutien des spectateurs, enfin nombreux dans la phase finale du tournoi et en majeure partie favorable à son rival, pour remporter une première victoire sur le numéro un mondial, l'Américain Pete Sampras, battu en trois sets – 6-4, 7-6 (7/4), 6-3 – et marquer ainsi des points précieux dans la perspective de l'obtention d'une place au Masters de Hanovre.

Que trouve-t-on à l'origine de l'exploit réalisé par l'Anglais d'adoption? La question a évidemment été posée à un observateur idéalement placé, à savoir Pete Sampras en personne. «Greg a beaucoup progressé, notamment en passing et dans son déplacement.» Le vainqueur de la treizième édition de l'Open de Paris n'a pas dit le contraire: «Je suis un bien meilleur joueur maintenant que lorsque j'étais numéro quatre mondial il y a un an.» Rusedski attribue une bonne partie des progrès accomplis à sa collaboration avec Sven Groeneveld, ancien entraîneur de la Fédération suisse de tennis. «J'ai acquis les bases tactiques et techniques avec mes coachs précédents. Sans négliger ces deux aspects, Sven m'a beaucoup apporté sur le plan mental.»

La qualité nouvelle du jeu de Greg Rusedski a été très vite visible au cours de la finale qu'il a jouée contre Pete Sampras. D'emblée, l'Anglais s'est révélé plus solide sur son engagement qu'un Sampras apparemment un peu émoussé par rapport à ses deux prestations précédentes, face à Mark Philippoussis en quart de finale puis face à Todd Martin au tour suivant. L'Américain a néanmoins tenu le coup jusqu'à 4-4 mais, en commettant deux doubles fautes au neuvième jeu, il a placé son adversaire en position idéale pour gagner la première manche. Rusedski, peut-être le meilleur serveur du circuit, n'a pas laissé passer l'occasion et a réussi trois aces dans le jeu qui lui a permis de s'adjuger logiquement ce set initial.

Dans une finale jouée au meilleur des cinq sets, rien n'était joué, et Sampras n'a donc pas baissé les bras. La décision s'est faite au cours de la deuxième manche lorsque l'Américain, désireux d'obtenir un troisième titre à Bercy et de prendre le plus de points d'avance sur le numéro deux mondial Marcelo Rios avant d'aller à Hanovre, n'est pas parvenu à profiter du seul break réalisé aux dépens de Rusedski durant la rencontre. Servant à 5-3 pour le gain du second set, Sampras a joué selon ses propres dires un jeu de misère qui a eu de fâcheuses conséquences pour lui. Rusedski a en effet disputé peu après un tie-break de toute beauté, notamment en retour de service, et, avec un avantage de deux manches, rien ne pouvait plus faire douter un joueur qui avait, au cours de cette seconde manche si importante, servi un ace à 217 km/h sur une deuxième balle!

Dans le set final, Pete Sampras a accusé le coup. En commettant à nouveau deux doubles fautes dans son premier jeu de service, il a fortement compromis ses chances de succès, incitant même une partie du public à le siffler, de façon très injuste il faut bien le dire. L'Américain est un grand champion, et il l'a prouvé en sauvant deux balles de match au huitième jeu sur son service. Il n'a, hélas pour lui, fait là que retarder l'échéance car le problème posé est devenu beaucoup plus compliqué lorsque Greg Rusedski a eu à son tour le droit de servir, et c'est un ultime ace qui a mis un terme à ce que le vainqueur a appelé ensuite à juste titre le meilleur match de sa carrière.

Battu, Pete Sampras a affiché une déception mesurée alors qu'il venait de manquer une occasion d'ajouter un 57e titre à son palmarès. «J'ai davantage de regrets en ce qui concerne ma défaite en demi-finale à Stuttgart face à Krajicek il y a huit jours. On ne peut pas faire grand-chose contre Greg lorsqu'il joue ainsi sur surface rapide.» L'Américain, qui pourrait retrouver Rusedski sur son chemin cette semaine à Stockholm et dans quinze jours au Masters, ne doit pas trop se réjouir de ces possibles futures confrontations.