Le vent violent qui a soufflé sur la Floride au cours de la dernière décade n'a pas exercé une influence que sur les trajectoires des balles au tournoi de Key Biscayne: c'est toute la hiérarchie du tennis mondial qui a subi les effets de ces bourrasques. Chez les dames, la domination de Martina Hingis a été fortement contestée. Chez les hommes, le phénomène s'est révélé davantage marqué encore puisque le numéro un du classement ATP Pete Sampras a dû abandonner sa place privilégiée après plus de cent semaines passées au sommet.

Si l'on peut admettre que le Lipton, comme l'appellent les joueurs, donne souvent de précieuses indications sur le déroulement du reste de la saison, il y a de quoi se réjouir. Le risque de devoir constater en 1998 sur le circuit une nette – et peut-être ennuyeuse – suprématie d'un ou deux éléments semble faible. Le tennis n'a pas les mêmes soucis que la Formule 1…

L'année dernière, c'est à Key Biscayne que Martina Hingis s'était hissée pour la première fois de sa carrière au premier rang mondial, succédant en la circonstance à Steffi Graf. On avait ensuite assisté à un long monologue de la Suissesse tout au long de la saison. Elle s'était imposée dans tous les tournois du Grand Chelem à l'exception de Roland-Garros, où elle avait malgré tout atteint la finale.

Cette année, les impressions laissées par les performances de la Saint-Galloise sur les courts de Floride ne sont pas différentes de ce que les observateurs ont noté depuis le début de la saison: Martina Hingis, lorsqu'il s'est agi d'aborder la difficile période de confirmation d'une irrésistible ascension, est parvenue à conserver un bon niveau, voire un très bon niveau de jeu, mais elle accuse un petit retard sur certaines de ses rivales sur le plan physique. Quand on connaît la fierté de la figure de proue du tennis helvétique, on peut être sûr que l'enterrer trop vite après les deux défaites essuyées en 1998 face à Venus Williams serait une grossière erreur. Même si son esprit est aussi occupé actuellement par son grand amour, le joueur de tennis espagnol Julian Alonso, elle doit songer en permanence, ou presque, à une prochaine revanche à prendre aux dépens de la Noire américaine.

Sa tâche ne sera pas facile, entre autres parce que Venus Williams possède une incroyable confiance en ses moyens. Balayée par Lindsay Davenport en quarts de finale du tournoi de Zurich en automne dernier, n'avait-elle pas déclaré: «Quand je reviendrai ici, je serai numéro un!» Mentalement et tactiquement, l'aînée des sœurs Williams a fait d'appréciables progrès. Venus Williams en tête du peloton à la fin de la saison? On en saura en tout cas plus à ce sujet à Roland-Garros.

C'est également à Paris qu'il faut donner rendez-vous à Marcelo Rios, second joueur de l'histoire du tennis après Ivan Lendl à devenir numéro un mondial sans avoir remporté de tournoi du Grand Chelem. Comme l'ancien champion tchèque, le Chilien a éprouvé de la peine à répondre présent lorsqu'il a été confronté à des échéances importantes. On se souvient notamment qu'une finale perdue chez lui à Santiago face à Julian Alonso l'a privé de Masters l'an dernier et on se rappelle aussi sa grosse contre-performance à Melbourne face à Petr Korda à l'ultime stade de la compétition au mois de janvier.

A Key Biscayne, le défi n'était pas moins grand. Affronter André Agassi dans une finale aux Etats-Unis avec la première place mondiale en jeu n'est pas une sinécure et Rios s'en est sorti de la plus magistrale des manières. C'est dire que le déclic a eu lieu et que le premier numéro un mondial sud-américain de l'histoire est prêt à marcher sur les traces de Lendl, vainqueur de son premier tournoi du Grand Chelem à… Roland-Garros avec la suite de carrière que l'on sait.