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En tennis, des joueurs à nationalité variable

Roger Federer affronte depuis 9h ce mardi matin le Slovène Aljaz Bedene. Comme la Bâloise Rebeka Masarova et d'autres, celui-ci a changé de nationalité 

Roger Federer fait ce mardi matin (9h en Suisse) son entrée à l’Open d’Australie face au Slovène Aljaz Bedene (51e mondial). Il y a peu, cette affiche aurait passionné la presse anglaise. Mais il y a peu, Bedene était Britannique. Il l’est toujours, mais il ne joue plus pour la Grande-Bretagne. En fait, il n’a jamais pu. C’est un peu compliqué? Tentons de résumer.

Espoir du tennis slovène résidant en Angleterre depuis 2008, Aljaz Bedene obtient en 2015 le passeport britannique. Il demande alors à pouvoir jouer la Coupe Davis pour la Grande-Bretagne qui, dans le sillage des frères Murray, commence à rêver du Saladier d’argent. Pas de chance, la Fédération internationale de tennis (ITF) vient juste de modifier son règlement: un même joueur ne peut plus désormais représenter plusieurs pays en Coupe Davis.

Bedene, qui a joué en 2012 pour la Slovénie, se battra longtemps contre ce règlement, avec l’appui de la Lawn Tennis Association, la fédération anglaise. Mais la loi est la loi et la Coupe Davis, remportée en 2015, plus vraiment un objectif pour Andy Murray. Alors en décembre 2017, Aljaz Bedene annonce qu’il rentre au pays. Le voici sportivement à nouveau slovène. Il ne gagnera sans doute pas la Coupe Davis, mais pourra participer aux Jeux olympiques 2020 à Tokyo.

«Acheter» une joueuse

Ce cas fait écho à celui de la Bâloise Rebeka Masarova. Née en Suisse d’un père slovaque et d’une mère espagnole, ce grand espoir (18 ans, vainqueur de Roland-Garros juniors en 2016, finaliste de l’Open d’Australie juniors en 2017) vient de choisir de représenter l’Espagne. A Melbourne, Belinda Bencic et Viktorija Golubic n’ont pas caché leur surprise et leur déception. Christiane Jolissaint s’y attendait un peu plus.

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«Il n’est pas dans nos principes d’«acheter» une joueuse, expliquait la vice-présidente de Swiss Tennis l’an dernier dans Le Temps. Ce sera donc à elle d’avoir envie de jouer pour la Suisse, en fonction de l’offre qu’on peut lui faire. Rebeka, ce qu’elle veut, c’est avoir sa place en Fed Cup. Elle l’aurait sans doute aussi en Espagne où, derrière Garbiñe Muguruza, il n’y a pas grand monde.»

Même Federer

Les joueurs qui changent de nationalité font le choix de la raison plus souvent que celui du cœur. En 1995, le Canadien Greg Rusedski décida de jouer pour la Grande-Bretagne (le pays de sa mère), alléché par la perspective de devenir le premier British à succéder à Fred Perry. Le Québécois poussa l’effort d’intégration jusqu’à prétendre ne pas parler français mais la greffe ne prit jamais totalement.

En Suisse, où ce sont souvent les enfants d’étrangers qui osent se lancer dans l’aventure incertaine du tennis professionnel, Henri Laaksonen représenta d’abord la Finlande, le pays de sa mère. La Bernoise Romina Oprandi porta les couleurs de l’Italie avant de revenir en Suisse, alors que le Genevois Jun Kato, partenaire de Federer chez les jeunes, joua en Coupe Davis en 2003 pour le Japon.

Ce furent souvent des choix par défaut. Les double-nationaux qui le purent firent toujours le choix de la Suisse. Jakob Hlasek et George Bastl auraient pu jouer pour la République tchèque, Stan Wawrinka pour l’Allemagne, Martina Hingis et Belinda Bencic pour la Slovaquie, Timea Bacsinszky pour la Hongrie. Et même Roger Federer pour l’Afrique du sud.

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