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Avec les finales de la Fed Cup et de la Coupe Davis, Palexpo va devenir l’épicentre du tennis mondial.
© Keystone/Salvatore Di Nolfi

Sport

Le tennis mondial veut jouer à Palexpo

Dans sa volonté de réformer le format de la Coupe Davis et de la Fed Cup, la Fédération internationale de tennis (ITF) propose Genève comme cadre unique pour les finales. Une vitrine extraordinaire pour la ville à l’étranger

Mercredi, le conseil de la Fédération international de tennis (ITF) a retenu la candidature de Genève pour devenir, durant trois ans, la ville hôte des finales masculine et féminine de la future World Cup of Tennis. Cette décision fera partie d’un paquet de mesures pour moderniser la Coupe Davis et la Fed Cup que l’ITF soumettra au vote lors de son assemblée annuelle, du 1er au 4 août à Hô Chi Minh-Ville (Vietnam). Si le projet est accepté, Palexpo accueillera les équipes finalistes du 17 au 25 novembre 2018.

Pour le président de l’ITF, c’est comme si c’était fait. «En offrant à Genève une année complète pour organiser et promouvoir cet événement, il sera possible de maximiser le potentiel de la manifestation et de l’amener à des standards comparables à ceux d’un tournoi du Grand Chelem, s’est enthousiasmé l’Américain David Haggerty dans un communiqué. Tout est réuni pour en faire vraiment un événement de classe mondiale.» «Ce festival de tennis deviendra un nouveau rendez-vous incontournable à l’agenda international et contribuera à développer le tennis encore davantage en Suisse», espère René Stammbach, le président de Swiss Tennis, dans un autre communiqué.

Un gros coup pour Genève

Le conditionnel reste de rigueur mais c’est un gros coup pour Genève. «En sport, il faut rester concentré jusqu’à la balle de match mais c’est en bonne voie», se réjouit Sami Kanaan, conseiller administratif chargé du Département de la culture et du sport. «Genève est reconnue comme ville internationale et pour l’horlogerie. Qu’elle se distingue par son savoir-faire sportif est une très bonne chose qui, au passage, enterre définitivement la vieille querelle locale entre sport populaire et sport d’élite.» Robert Hensler balance également entre prudence et satisfaction. «Ce n’est pas définitif mais c’est bien réel», résume le président du conseil d’administration de Palexpo.

Pour être excellente, cette nouvelle est d’abord surprenante. Seules quelques personnes étaient au courant de cette désignation, et même que Genève y postulait. Swiss Tennis et Palexpo ont déposé leur dossier il y a quelques mois, après des premières discussions, remontant à environ un an. C’est René Stammbach, président de Swiss Tennis mais aussi vice-président de l’ITF, qui a le premier senti que Genève avait un coup à jouer.

Devant Miami ou Istanbul

La cité du bout du lac l’a emporté devant des villes comme Copenhague, Miami, Istanbul, Turin et Wuhan. «Souvent, ce genre de votes bascule sur des jeux d’alliance où la Suisse n’a pas beaucoup d’atouts, reprend Robert Hensler. Nous l’avons emporté sur la qualité de notre dossier, parce que nous avons pu faire valoir 25 ans d’expérience dans l’organisation de rencontres de tennis sur un site au cœur de l’Europe, proche de l’autoroute et de l’aéroport.» «La grande force de Palexpo, c’est sa modularité», estime Sami Kanaan. Prévue pour accueillir un maximum de 18 000 spectateurs, la configuration de la halle peut être réduite au gré de l’affiche. «Cela fonctionne, les gens de l’ITF ont souvent pu le constater de visu», ajoute l’élu socialiste.

Les autorités genevoises ne feront sans doute pas le voyage du Vietnam au mois d’août. «Ce n’est pas comme la désignation d’une ville pour l’organisation des Jeux olympiques, explique Sami Kanaan. L’enjeu du vote portera sur les réformes, pas sur Genève.» «L’assemblée générale de l’ITF n’aura qu’une alternative: maintenir le statu quo ou adopter le projet de réformes», résume Robert Hensler.

A Palexpo, on attend désormais la confirmation du vote de l’assemblée générale mais l’on se prépare comme si Genève allait accueillir la World Cup of Tennis. Les dates ont été réservées, à une époque de l’année où les halles sont très sollicitées. Il y a la Cité des métiers, les Automnales, les expositions thématiques, le concours hippique, le Supercross. «Il a fallu jouer des coudes», concède Robert Hensler, qui espère «ne pas devoir renoncer à un certain nombre d’événements». Car pour Genève, les finales de tennis sont désormais une priorité.


Emmanuel Bayle: «L’intérêt de l’événement dépendra de l’affiche»

La World Cup of Tennis sera une fête, mais la Coupe Davis et la Fed Cup auront toujours besoin des stars du tennis, estime le professeur en gestion du sport à l’Université de Lausanne

Le Temps: Que pensez-vous de cette nouvelle World Cup of Tennis, que Genève devrait accueillir dès 2018?

Emmanuel Bayle: Dans la logique de la mondialisation du sport, je pensais qu’elle serait attribuée à une ville chinoise. L’économie du sport penche toujours plus vers l’Asie et cela aurait été un grand pas pour le tennis. Maintenant, Genève présentait plus d’atouts que les autres villes européennes. Il y a la proximité de l’aéroport et l’habitude d’accueillir des personnalités de premier plan en toute sécurité; la possibilité d’adapter la salle pour un public de 5000 à 20 000 personnes; la culture du tennis très implantée en Suisse et la fiabilité de l’organisation. Et enfin, Genève est une ville internationale avec un niveau de vie élevé. Il est assez facile d’y vendre cher du tennis de haut niveau.

- Le concept va donc fonctionner?

- Quelle que soit la ville hôte, l’intérêt de l’événement dépendra de l’affiche. Aujourd’hui, l’économie du tennis repose essentiellement sur Roger Federer et Rafael Nadal. Vraisemblablement, ni l’un ni l’autre ne sera en finale de la Coupe Davis puisqu’ils ne la disputent plus. Il en va peut-être de même pour Djokovic et Murray… Malgré tout mon respect pour ces nations, une finale entre la Croatie et la Belgique n’attirera pas le même nombre de spectateurs que s’il y a Federer ou Nadal sur le terrain. Comme c’est prévu pour la Fed Cup, j’aurais bien vu un final four de la Coupe Davis. Trois équipes s’y qualifieraient sportivement et il y aurait une invitation pour la quatrième, accordée à la nation qui peut aligner les deux joueurs les mieux classés à l’ATP.

- En termes de marketing, quel est l’avantage de réunir les finales de la Fed Cup et de la Coupe Davis?

- C’est un symbole fort: le but est de créer LA grande fête du tennis mondial, en profitant de l’image de sport mixte dont bénéficie la discipline. Avec le temps, la Fed Cup et la Coupe Davis sont devenues, de fait, des championnats du monde par équipes dans un sport individuel. La Fédération internationale de tennis veut désormais les positionner comme tels, ensemble, deux en un…

- Les grands joueurs sont nombreux à bouder la Coupe Davis. Comment les inciter à revenir?

- Ces finales organisées à Genève ne vont clairement pas garantir leur présence. Pour encourager leur participation, il faudrait toucher au format de la compétition, qu’elle demande de bloquer moins de dates dans le calendrier ou qu’elle retrouve, aux yeux des joueurs, plus de valeur. Aujourd’hui, pour eux, un Grand Chelem rapporte plus d’argent et de prestige, ce sera peut-être aussi le cas de la Laver Cup et de l’IPTL en Asie. La concurrence est très relevée.

- L’autre réforme majeure envisagée, c’est le passage des matches de Coupe Davis de trois à deux sets gagnants…

- Cela garantit moins d’usure aux joueurs, donc cela va dans le bon sens. On s’inscrit moins dans le mythe de la Coupe Davis avec ses cinquièmes sets décisifs, mais l’essentiel est de faire en sorte que les meilleurs soient de la partie. Pour faire sens, un championnat du monde a besoin des meilleurs joueurs. (Lionel Pittet)


Genève et la Coupe Davis, une longue histoire

Sur les vingt-cinq dernières années, Swiss Tennis a organisé 13 rencontres à Palexpo. Une fidélité unique

Tout débute dans un mélange d’euphorie et d’insouciance. En 1992, la Suisse reçoit le Brésil en demi-finale de Coupe Davis. Malgré Jakob Hlasek, c’est une affaire romande. Marc Rosset est Genevois, tout comme le capitaine Stéphane Oberer, le médecin Alain Rostan, le physio Thierry Marcante et le promoteur Daniel Perroud, qui lance le pari un peu fou de monter des gradins de 18 000 places dans une halle de Palexpo. Tous ceux qui y étaient n’ont jamais oublié cette ambiance. Une sorte de Woodstock de la balle jaune.

C’est l’acte de naissance de l’histoire d’amour entre Genève et le tennis. Depuis, Palexpo a accueilli dix fois la Coupe Davis et deux fois la Fed Cup: en septembre 1998 lors d’une finale perdue par Martina Hingis et Patty Schnyder contre l’Espagne, puis en février 2017 pour un premier tour gagné contre la France. Cette dernière édition s’est soldée par une lourde perte financière pour Swiss Tennis (entre 300 000 et 400 000 francs).

Un petit pays qui compte

On ne gagne pas à tous les coups mais l’engouement de Genève – et plus largement de la Suisse romande – pour les rencontres de Coupe Davis et de Fed Cup est un phénomène unique. A Lille pour la finale 2014 contre la France, les Suisses étaient supérieurs en nombre parce que Swiss Tennis avait pu au fil des années constituer un épais carnet d’adresses et mobiliser facilement des milliers d’habitués. Ce n’est pas le cas dans les autres pays où les villes changent d’un match à l’autre, et donc les organisateurs, les spectateurs, les habitudes.

C’est cette expertise que Genève et Palexpo ont pu mettre en avant auprès de la Fédération internationale de tennis (ITF). Ils y ont été d’autant plus écoutés que la Suisse est un pays qui compte dans le tennis mondial. René Stammbach est un vice-président influent de l’ITF. Christiane Jolissaint vient d’être élue au Board de Tennis Europe. Avec Bâle, Gstaad (mixte), Genève et Bienne, la Suisse organise désormais cinq tournois professionnels. Et depuis 2012, son palmarès est pratiquement sans équivalent: 25 titres du Grand Chelem, deux titres olympiques, deux médailles d’argent, deux numéro 1 mondiaux, une victoire en Coupe Davis. (Laurent Favre)

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